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les faux amis modestes et fastidieux

La traduction française du remarquable essai de Charles Sprawson sur la natation à travers les siècles et les cultures est de grande qualité. Héros et nageurs est le titre de cet ouvrage au sujet singulier. Dans les deux langues, le style en est soutenu autant que fluide, à l'image de l'effort natatoire. Le traducteur ne s'est pas noyé, loin de là. C'est pourquoi nous ne nous permettons pas sans cette précaution oratoire de relever un piège dans lequel même un bon traducteur a pu tomber. Selon un mode de pensée quelque peu... immodeste, l'anglais appelle aussi "modesty" la pudeur. Et quand des baigneuses se mettent à l'abri des regards sous des toiles tendues, ce n'est pas par modestie (p. 28) mais par pudeur bien sûr.

Le livre n'en tombe pas des mains pour autant !

Contrairement au livret de CD d'un très grand éditeur discographique, dans lequel on peut lire que Maurice Ravel était un compositeur fastidieux (sic), au lieu de méticuleux et sensible. Gros faux ami qui n'aurait jamais dû piéger la traductrice ni ses relecteurs mais les mettre sur le qui-vive dans une phrase très élogieuse par ailleurs. À se demander s'ils ont jamais écouté du Ravel, lui tellement soigneux des détails et profondément incapable de susciter l'ennui.

Même quand la sensibilité, la délicatesse et le soin méticuleux qu'exprime cet adjectif sont extrêmes, fastidious ne signifie jamais fastidieux, sens réservé à l'adjectif tedious, aphérèse du précédent au prix d'une petite évolution orthographique [l'aphérèse étant le raccourcissement d'un terme par son début, tel bus au lieu d'omnibus ou les Stones au lieu de les Rolling Stones, tandis que les raccourcissements par la fin s'appellent apocope, tels restau ou Béné pour Bénédicte].

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