Accéder au contenu principal

Le Monde choisit les autrices

Le 29 mai 2020, se pliant de bonne grâce à la préconisation de l'Académie française, le célèbre quotidien francophone Le Monde a décidé d'abandonner la maladroite féminisation purement graphique "auteure", et d'opter pour la féminisation en profondeur autrice, dont le son et l'image s'allient pour distinguer, avec netteté, ce féminin du masculin ou neutre auteur.

Nous ne pouvons que l'en féliciter et inviter le monde entier à faire de même.

AUTRICE s’harmonise avec actrice. Mais surtout avec lectrice, rédactrice et toute la chaîne de l'écriture et de la lecture (éditrice, correctrice, traductrice, etc), comme auteur s'harmonise avec lecteur, rédacteur et toute la chaîne précitée.
Cette cohérence interne est salutaire à toute langue vivante :  elle en consolide la clarté et la simplicité au lieu de les saper.

AUTRICE sonne aussi agréablement qu’actrice, cantatrice, médiatrice, institutrice, éducatrice, directrice, et tous les autres féminins formés dans la même matrice.

AUTRICE vient aussi nous rappeler que le féminin et le masculin ne sont pas condamnés à se rejeter, puisque la désinence en -ICE n'est pas confisquée par le féminin ! Comme en attestent ...un novice, un édifice, un supplice, un caprice. Ou encore l'adjectif factice, très approprié pour qualifier le faux féminin "auteure".

 

Notre illustration : Béatrice Uria-Monzon, cantatrice volontiers lectrice d'autrices, doublée d'une grande bienfaitrice de nos yeux et de nos oreilles. (photo DR)

NDE : le journal Le Monde et l'Académie française unissent leurs efforts à ceux de La Mission linguistique francophone pour nous exhorter à reconnaître que "une auteure" est... une erreure. Tout comme l'est "une professeure", graphie militante fourvoyée, sans aucune légitimité orthographique puisqu'en français, les féminins rimant avec le masculin auteur ou professeur s'écrivent sans -e terminal : une hauteur, une fleur, une ardeur, une consœur, et bien sûr une erreur ! *
CLIQUEZ ICI  POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE

* Dans notre langue, les mots féminins rimant avec le nom masculin "auteur" conservent une désinence en -EUR et non en -EURE. Une sorte de transe collective semble empêcher de le remarquer, mais nous écrivons bel et bien une splendeur, une valeur, une blancheur, une saveur, une senteur, une fleur, etc. C'est pourquoi une auteure, une chercheure, une docteure et une professeure sont à proscrire ; pour leur atteinte à la cohérence interne du féminin dans notre langue, contrairement à une professeur (comme une valeur), une chercheuse (comme une malheureuse) ou un autrice (comme une actrice).

Si introduire des étrangetés est porteur d'innovation dans presque toutes les activités humaines, introduire des incohérences formelles dans le langage n'est jamais le signe d'un progrès mais d'une perte de repères. 

Avec ce fétichisme du -E terminal, il y a une confusion lexicale majeure. Car l'ajout du -E est certes la marque du féminin de nos ADJECTIFS (bleu, bleue), mais absolument pas la marque du féminin de nos substantifs ! Comme le prouve la famille des féminins se terminant en -EUR (couleur, fleur) mais aussi en -ON (passion, raison, maison, saison, décision, etc), ou celle des féminins en -TÉ et non en "-TÉE" (beauté, majesté, clarté, rareté, entité, sommité, santé, etc). Et comme le prouvent un FRÈRE et une SŒUR ; un ÂNE ou un HONGRE et une JUMENT ; le -e terminal étant ici l'apanage du masculin !

Conclusion : en français, le -E terminal n'est ni anti-masculin ni pro-féminin en matière de noms communs. En attestent un POÈTE et un GÉNIE, ces masculins ou neutres mixtes terminés par un -E, face à une DIVA, une MAMAN, une NANA, une JUMENT, une GUENON et une grande SŒUR, sans -E terminal et pourtant féminins absolus.

Commentaires

Miss LF a dit…
La journaliste Emmanuelle Daviet, médiatrice des antennes de Radio France, nous faisait récemment l'amitié de partager cette répartie de Marie Curie à qui l'on demandait quel effet cela faisait de vivre avec un génie. "Demandez à mon mari" rétorqua la brillante polonophone de naissance.

C'est pourquoi nous avons ci-dessus classé le mot GÉNIE comme mixte. Ce qu'il est.

De fait, nous militons depuis plus de dix ans pour la reconnaissance d'un genre mixte en français, en vue d'éviter les guéguerres vindicatives de "démasculinisation" du vocabulaire, menées par des personnalités très oublieuses du fait qu'il faudrait alors procéder aussi à une "déféministation" de mots comme victime, personne, célébrité, racaille ou sentinelle.

De forme tantôt masculine (témoin, génie), tantôt féminine (personne, sommité), tantôt ambisexe (un/une harpiste, un/une contribuable, un/une chef de service), une multitude de termes non exclusivement féminins ni exclusivement masculins mais mixtes gagneront à ne plus pouvoir être perçus par quiconque comme la marque détestée d'une intolérable domination du sexe opposé, masculin ou féminin.

Alors les pluriels neutres que sont déjà "nos chers parents", "tous les gens", "les pauvres étudiants", "les invités d'honneur", "les témoins de leur temps", "les nouveaux arrivants", "les victimes du devoir", "les célébrités locales", "les pires racailles" ne seront plus taxés de sexisme mais reconnus comme des entités grammaticales mixtes n'appelant aucune levée de bouclier ni aucun bégaiement typographique prétendument "inclusif".

F.A.
Solveig67 a dit…
Vous citez quelques termes masculins qui partagent la rime "-ice" avec les métiers féminins. Je me suis amusée à en trouver d'autres : un délice, un calice, un sacrifice, un service, un office, un orifice, et bien entendu un vice !

(Mon mari me souffle : un tourne-vis, un pastis et une saucisse... Vous voyez le niveau.)
Miss LF a dit…
... Des vices, oui Solveig, et même des sévices !
NB : sévices est un des rares mots n'existant qu'au pluriel dans notre langue.

Articles les plus lus cette semaine

à très vite ou à très bientôt ?

Évidemment, seuls " à bientôt " et " à très bientôt " sont corrects, tandis que " à très vite " est un monstre grammatical dont la présence étonne dans la bouche et sous la plume de personnes qui ne sont ni ennemies de la logique ni esclaves des bourdes en vogue. En effet, la préposition à ne peut introduire ici que l'annonce d'un moment dans le temps. Or, " très vite " n'est pas une indication de temps mais de manière. On ne peut donc pas faire précéder " très vite " d'une préposition introduisant une indication de moment dans le temps, comme à demain , à jeudi , à plus tard , à dans deux mois ou à bientôt . De fait, personne ne dit " à vite !" au lieu de " à bientôt !", comme si seul le petit mot très avait permis la propagation du barbarisme " à très vite " en empêchant la transmission de sens entre la préposition à et l’adverbe vite , nous déconnectant ainsi de l’instinct gram...

passer à la caisse

En France et en Suisse, vous entendez ceci : " le magasin va bientôt fermer, veuillez vous rendre en caisse ". N'en faites rien. Car seuls les billets de banque et les pièces de monnaie sont susceptibles d'aller " en caisse " ; ils y sont d'ailleurs encaissés . Mais les humains, eux, se rendent  à la caisse . De même qu'ils vont au comptoir, au bar, au rayon boucherie , aux toilettes, au jardin, au garage, au vestiaire ou à l'infirmerie.   Avec beaucoup de mauvaise foi ou quelque manque de clairvoyance, un webmestre s'exprimant au nom d'une haute institution académique française a pris l'initiative personnelle de répondre qu'il n'y avait rien à redire à l'injonction de "passer en caisse", invoquant l'expression "se marier en l'église Saint-Louis". Or, il s'agit là d'un rapprochement doublement spécieux, car : • primo : il se réfère au parler médiéval ecclésiastique ...

similitudes et similarité

Le fait de présenter plusieurs aspects similaires sans être totalement identique se dit comment en anglais ? Similarities (pluriel de similarity) . You are right. Et comment cela s'appelle-t-il en français ? Des similarités ? Non : des  similitudes , ou même une  similitude . La Mission linguistique francophone relève une mise en péril de l'avenir du mot similitude par la mauvaise traduction généralisée de similarity et de son pluriel similarities . Les professionnels concernés (traducteurs, journalistes, pédagogues friands de publications scientifiques en anglais) sont invités à ne pas confondre le français et l'anglais, ni se tromper de désinence. Et donc, à se méfier presque autant du piège tendu aux similitudes par les "similarités", que du piège tendu à la bravoure par la "bravitude"... En français, on emploiera le singulier " la similitude " pour traduire l'idée d'une complète analogie (" la similitude de leurs deux t...

Kiev reste Kiev

La tentation est grande d'exprimer notre indignation devant l'invasion de l'Ukraine en rejetant tout ce qui est russe ou semble russe. Mais c'est évidemment se tromper de combat. Ni Prokofiev ni Mendeleïev ne sont en cause. Ni Kiev. Or, quelques médias sont en train de se tromper de combat en rejetant le toponyme francophone et anglophone Kiev . De bonnes âmes leur emboitent hâtivement le pas, convaincues qu'écrire Kiev , c'est écrire le nom de cette ville en russe. Or non, Poutine écrit Киев . Kiev est la translittération latine proposée au monde par la France dès le 12e siècle, et adoptée depuis sans discontinuer par la diplomatie, la littérature et les sciences de langue française. Certains Ukrainiens eux-mêmes ont mené campagne pour convaincre les médias francophones et anglophones de renoncer à la graphie Kiev au profit de la graphie "Kyiv " qui leur semble plus proche de l'articulation du nom propre ukrainien Київ , par qui maîtrise cette ...

bon déroulement et mauvais déroulé

La Mission linguistique francophone et l' Académie française unissent leurs efforts pour rappeler d'une même voix qu'une action se déroule selon son déroulement et non selon son " déroulé " (sic) - contrairement à ce que l'on lit depuis peu d'années sous la plume de rédacteurs professionnels adeptes de l'approximation. Faute que l'on entend par contagion dans la bouche des francophones que la répétition des erreurs de langage nouvelles attirent irrésistiblement, par la seule vertu de leur nouveauté. Pour ces francophones-là, que nous avons sondés, le bon déroulement est un mot éculé qui manque de dynamisme. Selon eux, le " déroulé " (sic) d'une cérémonie, c'est plus actif [*]. De toute façon - tranchent-ils - on est libre de dire ce qu'on veut quand même, non ? Ce dévoiement (et non ce dévoyé ) de la notion de liberté ne suscite ni le "consternement" ni le "consterné", mais bien la consternation . ...

goûtu, gourmand ou savoureux ?

L'adjectif savoureux , au sens propre, est en voie d'extinction dans les médias audiovisuels et la publicité, au bénéfice de goûtu et de gourmand . Deux termes rendus indigestes par leur emploi inadapté. Est goûtu ce qui a un goût prononcé, éventuellement très déplaisant (comme la désopilante liqueur d'échalote au crapaud de la comédie Les Bronzés font du ski , dans les dialogues de laquelle ce mot fait surface). Est savoureux ce qui a une saveur agréable, voire succulente, ce qui a bon goût , voire très bon goût . Popularisé il y a une trentaine d'années dans le registre drôlatique et familier, le régionalisme  goûtu n'a pas sa place dans un commentaire gastronomique châtié. Mais de nombreux professionnels de la langue perdent de vue les notions de registre ou de niveau de langue, et emploient un terme comme goûtu sans aucune conscience de sa rusticité ni de la connotation humoristique qui s'y attache. Quant à " goûteux " (sic), q...

"être vent debout" : sens et contresens

Vent de bout est un terme de navigation à voile indiquant qu'un bateau se trouve exactement face au vent et n'avance donc plus. Qu'il est privé de vitesse et de possibilité de manœuvre, toutes voiles dégonflées, inerte. C'est donc dans un sens faux que cette expression est devenue insidieusement un tic de la langue médiatique et politique, une dizaine d'années après l'an 2000. Lorsqu'un orateur politique nous annonce aujourd'hui que ses partisans sont " vent debout contre " telle ou telle réforme, il s'imagine nous annoncer qu'ils s'y opposent avec vigueur, comme redoutablement campés sur leurs deux jambes dans un vent funeste. Mais il dit exactement le contraire : il nous apprend qu'ils sont réduits à l'impuissance et immobiles dans une mer qui s'agite sans eux... Ce n'est pas une lourde impropriété de terme, juste une petite erreur de cap sémantique. Car à 15° près dans la rose des vents, ces opposants pourr...

peut-on coconstruire ?

Néologisme inutile à souhait, le verbe coconstruire signifie simplement construire . Ou éventuellement construire ensemble , si l'on aime les périssologies [précisions redondantes]. Car dans con struire, le préfixe con- signifie déjà ensemble ! Mais surtout, parce que le contexte indique toujours que la prétendue " coconstruction " se fera à plusieurs : dans " nous allons coconstruire ", le sujet pluriel est déjà là pour exprimer la communauté d'action. Et dans "je vais coconstruire", on voit que l'énoncé est absurde (construire ensemble mais seul ?), ou bien qu'il manque le complément précisant avec qui je vais construire. Or, "je vais coconstruire une maison avec mes cousins" serait un pléonasme, qu'on s'évitera en disant tout simplement " je vais construire une maison avec mes cousin s". La réponse est donc : non, on ne peut pas "coconstruire" sans commettre une maladresse de langage. Ma...

questionner, interroger, demander

Il existe une subtilité de sens entre interroger et questionner . Quand faut-il employer l'un ou l'autre de ces verbes ? Très simple : quand vous posez UNE question, vous ne questionnez pas ; vous interrogez ou vous demandez. • Vous demandez au pâtissier le prix d'une tartelette. • Vous interrogez l'office du tourisme sur les heures d'ouverture d'un musée. Toutefois, interroger peut aussi consister à poser plusieurs question, avec ou sans insistance : un juge d'instruction interroge ou questionne. Interroger et questionner sont alors synonymes. Tandis que le verbe questionner  suppose toujours que vous posiez plusieurs questions, et veilliez à en obtenir la réponse de façon suivie voire insistante . • Vous questionnez depuis des années la mairie sur la dégradation de votre quartier. • Les PUF  questionnent le monde (slogan publicitaire des Presses Universitaires de France, judicieux pour des ouvrages posant une multitude de questions sur le monde, et d...