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pas de futur après si

Ce que les linguistes appellent joliment le sentiment linguistique, c'est l'instinct qui nous permet d'identifier sans réfléchir les fautes de grammaire dans notre langue maternelle. Donc de ne pas les commettre. Les journalistes semblent souvent très peu sentimentaux sur ce plan-là... Au point d'utiliser, pour certains d'entre eux, le futur après si. Ce qui donne par exemple [ dans Le Progrès de Lyon ] cette tournure que l'on croirait tout juste digne d'un enfant en très bas âge : "Si la construction sera abandonnée" (sic).

En anglais, when (quand) est suivi du présent pour exprimer le futur : "when I am 64" [The Beatles] signifiant "quand j'aurai 64 ans". En français, c'est la conjonction si qui est suivie du présent pour exprimer une éventualité future : il faut dire "si vous venez, j'en serai ravi", et non "si vous viendrez, j'en serai ravi". On s'étonne de devoir le rappeler à des professionnels de la langue. Mais on s'étonne plus encore qu'ils s'obstinent dans l'erreur et tentent de démontrer à nos observateurs, avec beaucoup d'acrobatie, que la conjonction si accepte le futur. Or, non.*

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*Ceux qui soutiennent ne pas commettre de faute estiment avoir droit au futur lorsque si exprime davantage une comparaison qu'une hypothèse, par exemple dans des phrases alambiquées, comme : "Si, malgré une opposition farouche au tracé choisi par la SNCF, le TGV arrivera bien en gare de Toulouse centre, il n'en va pas de même pour Montpellier."  En réalité, ils commettent bien une lourde faute mais s'expriment de façon tellement tortueuse qu'ils perdent le fil du lien entre leur "si..." de début de phrase et l'action future qui tarde à lui succéder dans leur propos.

Commentaires

Chambaron a dit…
Même si cela est littéraire (donc pas d'usage oral), l'emploi du futur peut être justifié par les règles de concordance des temps. Ici, dans un texte écrit au passé simple : « Si l'inauguration attendra encore quelques années, la ligne sera ensuite en service pour plus d'un siècle. »
Pas sûr effectivement que les journalistes maitrisent les subtilités du Grevisse, mais c'est en soi irréprochable…
Miss LF a dit…
Bonjour et merci pour votre fidélité.
On sait que le Grevisse répertorie aussi des fautes carabinées pour signaler que de grands auteurs les ont commises.
Dans le cas du futur après "si", une fois refermé le Grevisse, c'est un solécisme qui doit être rejeté sans merci ni exception aucune, à l'oral comme à l'écrit.

Il est facile de s'en convaincre par ces monstruosités.
NON : "Si tu viendras, je serai contente."
OUI : "Si tu venais, je serais etc" ou "Si tu viens, je serai etc".

NON : "Si parfois on trouvera des gorilles albinos, ils restent rarissimes."
OUI : "On a pu / on peut / on pourra parfois trouver des gorilles albinos, mais ils restent rarissimes."

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