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multi-accueil dé-taché contre multiaccueil attaché



En français, on écrit téléphone et non télé-phone ; détenu et non dé-tenu ; préambule
et non pré-ambule ; intercommunal et non inter-communal, etc.

En français, est intempestive la présence d'un trait d'union entre le radical et le préfixe d'un mot non composé, comme s'il s'agissait au contraire d'un mot composé tel que pique-assiette ou fouille-merde.

Or, multiaccueil, multimédia, multiplication ou microcrèche ne sont pas des mots composés mais des mots constitués d'un radical et d'un préfixe, deux constituants qu'il convient de souder. Quand on sait écrire le français, on n'écrit pas "multi-accueil" mais multiaccueil.

C'est aussi simple que ça.

Mais pas pour tout le monde, manifestement, à en juger par la fréquence de fautes d'orthographe comme "multi-accueil", "co-auteur", "co-gérant", "mini-jupe" ou "pluri-annuel", dans lesquelles le préfixe est, à tort, détaché du radical.

Certains philosophes estiment que l'entêtement dans l'erreur n'est pas l'apanage des imbéciles.

En voici la preuve, avec l'aide de la mairie de S....s.

Au sein des administrations territoriales et ministérielles, une multitude de rédacteurs qui ne sont pas des imbéciles tiennent néanmoins fermement à semer un peu partout d'inutiles traits d'union, ou de désunion, dans des termes de jargon administratif, politique ou juridique tels multiaccueil, écoquartier ou cotraitant (qu'ils cacographient respectivement "multi-accueil", "éco-quartier" et "co-traitant").

Or, quitte à se répandre sous nos yeux, le récent néologisme technocratique et superflu*  "multiaccueil" doit s'orthographier sans trait d'union, tout comme multirécidiviste ou pluridisciplinaire.

La chose est certaine.
 
La Mission linguistique francophone a pourtant reçu [en juin 2013] un courrier du cabinet du maire de S.....s [dans le Val-d'Oise, en France], s'ingéniant à justifier la volonté de persévérer dans l'erreur terminologique et orthographique plutôt que de faire corriger une faute très répandue qui avait été obligeamment signalée à ses services par les nôtres.

Il s'agissait de la présence inappropriée d'un trait d'union entre le radical et le préfixe du mot non composé multiaccueil.

Cette méconnaissance du statut de mot composé ou non est de plus en plus fréquente dans les écrits formulés dans le jargon politique assoiffé d'agglutinations de syllabes plutôt que d'assemblage clair et naturel de mots adéquats. L'agglutination consistant, par exemple, à se proclamer "écoresponsables" (sic), plutôt que d'exprimer la même idée au moyen de deux termes simples reliés entre eux par la syntaxe, comme le veut notre langue.

Ainsi un établissement de puériculture accueillant des enfants d'âges divers et dans des conditions variables devient-il depuis peu, dans la terminologie des collectivités territoriales, non plus une crèche ni une garderie, mais "un multiaccueil" (sic). Il faut s'y résoudre : les administrations ont besoin de créer du jargon pour se sentir exister, comme le corail a besoin de se ramifier pour vivre.

C'est donc ce navrant "multiaccueil" qui nous a valu une marque d'obstination dans l'erreur de la part des services municipaux précités. Comme la majorité des mairies de France, les services en question avaient choisi d'affubler ce néologisme d'une complication graphique consistant à détacher le préfixe du radical : "multi-accueil" au lieu de multiaccueil.

La Mission linguistique francophone n'est pas parvenue à les en dissuader, et c'est sans importance. Mais ce qui est intéressant, c'est l'incohérence et la mauvaise foi avec laquelle des administrations qui détiennent le pouvoir de nuire publiquement à la langue courante s'acharnent à user de ce pouvoir et à rendre le français toujours plus riche en exceptions et paradoxes. Et ce, plutôt que d'adopter une manière d'écrire sobre et homogène qui n'incommoderait personne. Citons la réponse de la ville de S.....s [Île-de-France], sous la plume d'un correspondant énigmatique qui a préféré conserver déplaisamment  l'anonymat tout en usant de l'en-tête municipal :

"Si on écrit multiaccueil, le i de multi risque d'être transformé en semi-consonne. C'est pourquoi on écrira mieux multi-accueil [sic]." (fin de citation)
 
Ah bon.

En suivant ce raisonnement sorti d'un chapeau que notre contradicteur prétend être celui d'un animateur de site internet employé par l'Académie française, mais que l'on reconnaît comme ayant plutôt la silhouette d'un bonnet d'âne copiant sur son cancre de voisin, il faudrait modifier l'orthographe de pluriannuel, de pluriethnique, d'antioxydant, de réinscription et de coauteur, de crainte que les i, les o ou le é "risquent d'y être transformés en semi-consonnes".

Or, non : ici comme ailleurs, le préfixe doit être soudé au radical. Car tel est le principe d'un préfixe, auquel on ne déroge non seulement pas dans les exemples précités mais pas non plus dans des exemples plus "extrêmes", comme coordination, bien que cela aboutisse à lier deux o, sans qu'ils se "transforment en semi-consonnes"...

Pour ne pas tordre les ressorts d'une langue écrite et parlée cohérente et simple, sous des prétextes ébouriffants de pédanterie, laisser aux préfixes le statut de première syllabe des mots non composés ce n'est pas un option, cher interlocuteur anonyme de la mairie de S.....s, c'est une obligation. Presque même une lapalissade. Il n'existe pas d'Académicien français apte à en disconvenir.

Rassurons les services municipaux sur le point qui les inquiète : le "risque" de se transformer en semi-consonne au contact d'un a n'a jamais empêché le i de dormir. Ni de participer à l'effet mélodieux du français dans le concert des langues du monde.

Par contre, le risque de voir l'orthographe du français se compliquer indéfiniment au point d'en décourager l'apprentissage est bien réel. C'est pourquoi, l'Académie française et la Mission linguistique francophone s'activent conjointement à endiguer la multiplication des exceptions orthographique de pur caprice. Telles que la coexistence (et non la co-existence) de pluriannuel et pluri-accueil ou multi-accueil, dont le i du même préfixe s'inquièterait ici d'être "transformé en semi-consonne" et là non.

Relayant en cela l'illustre Académie des Français, la Mission linguistique francophone persiste à mettre en garde les administrations francophones des divers continents, et tout spécialement les administrations territoriales françaises, contre leur propension à créer des néologismes hasardeux dont l'utilité n'est pas démontrée et dont la graphie capricieuse fait l'objet de controverses chronophages**.

*Superflu, puisque nous disposons déjà du joli mot crèche dont il suffit d'élargir le sens et d'actualiser la définition administrative, au besoin.
**Néologisme utile, forgé avec humour, et d'une graphie incontestable.

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Commentaires

SorA a dit…
Bonsoir, il me semble que le mot "en-tête" est masculin et de ce fait, l'adjectif "municipal" utilisé dans cet article devrait être écrit sans "e". Si je me trompe, je serais ravi d'en apprendre plus sur les fonctionnements de notre langue, en attendant, les dictionnaires que j'ai pu consulter (le Larousse et l'Académie Française) semblent confirmer mon intuition.

Merci pour votre défense de la langue française!
Deuxtroy a dit…
hère Miss LF,

Découvrant cet article, je me demande si tu pourrais aider une communauté de personnes qui s'écharpent depuis douze ans sur la question suivante : dans le cadre d'un texte écrit selon les règles de l'orthographe d'avant la réforme de 1990, lorsqu'à mot déjà composé vient s'ajouter un préfixe, comme multi par exemple, quelle règle appliquer ? Le cas se pose sur Wikipédia pour un mot doublement importé de l'anglais, le cas du multi-platform software, soit en français un logiciel multiplateforme selon l'orthographe réformée. Platform s'étant vu affecté d'un tiret après sa traversée de l'Atlantique, et le préfixe multi- devant en théorie s'agglutiner, un intervenant pense que l'orthographe correcte (avant réforme) serait "multiplate-forme". Si une majorité s'accorde à trouver cette écriture fautive, et argue qu'une multiplate, cela ne veut rien dire, elle n'a pas hélas trouvé de références de renommée suffisante pour convaincre le contradicteur d'utiliser une graphie alternative, telle que multi-plate-forme, ou autre. Si tu avais, chère Miss LF, l'occasion de traiter ce point, et idéalement dans un article, je pense que ton intervention pourrait aider la communauté wikipédienne à clore ce sujet pour trouver un nouvel objet de guerre picrocholine, pour le plus grand plaisir des lecteurs dont je fais désormais partie. Et tant qu'à abuser de tes compétences, pourrais-tu confirmer si oui ou nom le mot ainsi formé devient bien un adjectif, devant porter la marque du pluriel lorsqu'il est au pluriel ?

Par avance, et même si cela contrevient à d'autres règles, celles de la politesse, je te remercie de ton avis éclairé.

Deuxtroy.
Miss LF a dit…
Bonjour Deuxtroy.
Après mûre réflexion (un an !), nos observateurs pensent que la question est très judicieuse, mais que la réponse n'est aucune de celles envisagées. Très sérieusement, la réponse est dans l'absolue nécessité de se souvenir que le français n'est pas une langue agglutinante, que le français c'est une langue de la phrase et non du mot, selon l'excellente remarque d'une de nos lexicographes. Il faut donc oublier la francisation directe de cette multi-plateform et créer un binôme substantif+adjectif : plateforme multiple. Ou un néologisme d'un seul tenant.

Cela répond à la question de savoir si multi-plate-forme ou multiplateforme pourrait être un adjectif : non. L'adjectivation des substantifs est propre à de nombreuses langues, pas à la nôtre. "document papier" n'est pas du français.

Mais si vous créez un néologisme bien pensé, rien n'interdit de lui assigner la double fonction de substantif et d'adjectif, comme "homonyme de lui-même" dans ces deux fonctions. Exemple : un idiot (substantif) commet un acte idiot (adjectif).

En tout cas, il faut prohiber absolument la graphie avec un s terminal au singulier de tout terme traduisant l'anglais multi-platform. L'exemple désastreux fourni par "salle omnisports" est d'une grande ineptie. Car si les préfixes exprimant la multiplicité se mettaient à avoir le don de rendre les singuliers pluriels, alors il faudrait écrire "une femme polyvalentes" car elle a de multiples talents ! Nous n'avons pas réussi à convaincre les omnisportifs de renoncer à cette erreur. Mais nous sommes reconnaissants aux informaticiens de ne pas la commettre, qu'il s'agisse d'omni-, de poly- ou de multi-.
Styxmathis a dit…
La ville que vous citez sans la citer, quand je cherche dans le département je n'en trouve que commençant et finissant par un S, Sannois et Sarcelles. Laquelle est-ce ?
De toute façon, les deux cèdent à la mode de ce terme effectivement inutile et commettent la faute d'orthographe que vous expliquez. Vous l'expliquez d'ailleurs très bien. Merci.
Miss LF a dit…
Il semble y avoir Survilliers, aussi. Mais c'est bien l'une des deux autres que vous citez. Nous n'en dirons pas plus pour ne pas faire d'attaque nominative. Ayant changé de maire depuis la rédaction de cet article, donc sans doute de directeur de cabinet au profit d'une autre personne peut-être moins cramponnée à son erreur, on aurait espéré que la nouvelle équipe se montre plus soigneuse que la précédente, mais il semble que non... Il est vrai qu'une fois le mot (mal) écrit au fronton des établissements et dans les publications municipales imprimées, difficile de rectifier le tir sans frais.
3P'titsTours a dit…
Votre ville cachée poliment sous S...S pourrait être Sannois. J'habite Sannois et les textes de la mairie commettent l'erreur de toujours séparer les "pré-fixes" de multiaccueil, de écoresponsable et colocataires. Le directeur dont vous parlez est peut-être le même malgré le changement de maire. Nous ne sommes pas aux USA où toute "l'administration" est concernée par des élections perdues.
Miss LF a dit…
Bravo, "3P'titsTours", c'est effectivement Sannois. Il y a prescription...
mais le directeur de cabinet ne devrait pas s'obstiner dans l'erreur.

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