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les nouveaux Incroyables

À la fin du dix-huitième siècle, il y eut en France des excentriques des deux sexes qui se plaisaient à ne pas prononcer la consonne R. On les appelait les Incroyables ["Inc'oyables"] et les Merveilleuses ["Me'veilleuses"]. Cette toquade phonétique dura dix ans et passa de mode.

La fin du vingtième siècle a vu apparaître de nouveaux Incroyables qui se plaisent, eux, à ne pas prononcer le son Ê en fin de mot [comme à la fin de sifflet] et le transforment en son É [comme à la fin de sifflez]. Trente ans après, leur toquade dure encore et s'amplifie même.

Ces partisans de la transformation du son Ê terminal se comptent aujourd'hui par millions [1]. Ils revendiquent d'être sont sourds à la musique des phonèmes francophones. À les entendre, leur langue n'est pas le français mais le francé (sic). Ils nous racontent ce qu'ils faisez (sic) au lieu de ce qu'ils faisaient ; entre la main et l'avant-bras, ils ont des poignées au lieu de poignets ; ils connaissent des violonistes qui ont un joli coup d'archer et non d'archet ; ils ne font pas le guet mais le gué. Et bien sûr, ils boivent ensemble du "lé", breuvage merveilleux entre tous, qui a fait disparaître le lait de leur propos sinon de leur alimentation...

Ces nouveaux Incroyables n'ont pas encore attaqué le son Ê en début ni en milieu de mot. Ils ne disent pas égle au lieu de aigle ni biére au lieu de bière. Leur maniérisme ne s'attaque qu'aux désinences, aux sons finissants, comme le chacal ne s'attaque qu'aux bêtes fragilisées traînant à la queue du troupeau.

[1] Dont un Président de la République française en retraite, connu pour avoir souvent déclaré "je veux laper dans le monde", au lieu de "je veux la paix dans le monde".

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Commentaires

Anne a dit…
Vous ne tenez pas compte des accents régionaux. Et vous oubliez la tendance des Parisiens à confondre intrinsèque avec un train sec. Puis, je viens de voir quelqu’un s’arque-bouter, et j’ai entendu parler de Géraldeu Darmanin.
Anne
Miss LF a dit…
Bonjour Anne.

Oh ! Si, nous tenons compte pas les accents. Nous précisons même que la transformation galopante des sons Ê en sons É en fin de mots constituent un nouvel accent. Mais il n'est pas régional, il fut d'abord une coquetterie médiatique. Puis, imité instinctivement par le public soumis à cette préciosité, Il est devenu un accent de mode. Comme en 1790 ne plus prononcer les R fut en accent de mode et de pure coquetterie.

Non, nous n'oublions pas les accents locaux ni individuels. Mais nous n'oublions pas non plus les impératifs de la prononciation porteuse de sens ("venez", "venaient" ; "dans l'ode", "dans l'Aude" ?) chez les PROFESSIONNELS de la parole (journalistes, politiciens, enseignants, gens de loi, comédiens, etc). Nos observations s'adressent à eux. Les non-professionnels dela langue parlent et écrivent exactement comme ils veulent, leur métier n'est pas d'être compris. Par parabole, peu importe qu'un oète confonde le 72 et 27. Mais à un comptable ou un ingénieur, cette interversion est interdite.

De même, à un orateur de métier, il est interdit de confondre "il été" et "il était" ou de faire abstraction de l'accent circonflexe sur "rôle" et "pâtes". Car ces signes exigent une certaine prononciation, connue de tout francophone sachant lire. À quoi sert l'accent circonflexe sur le O ? La réponse est apprise dès l'école élémentaire. On s'afflige qu'elle soi oubliée dans les écoles de journalisme...

Quant aux autres erreurs que vous mentionnez, en linguistique elles 'appellent "paragoges" (ajout d'un son voyelle fictif). Nous avons écrit un article à ce sujet aussi, si le cœur vous en dit !

Amicalement,

Miss L.F.

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