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Articles

INSEE : personnes questionnées

La Mission linguistique francophone s'inquiète de voir grandir une confusion majeure dans la construction des verbes les plus simples. Ainsi, le verbe enquêter . De nombreux organismes effectuant des enquêtes ne craignent pas d'évoquer "des personnes enquêtées". Le ministère de l'Écologie (décidément très fâché avec le français si l'on en juge par "le Grenelle environnement" et la "taxe carbone") ne craint pas de titrer une rubrique de son site officiel " entreprises enquêtées ". L'INSEE a donné le premier ce très mauvais exemple en jargonnant publiquement à coup de "millions de personnes enquêtées". Ses responsables prétendent même prier l'Académie française d'accepter leur acception... Or, on enquête sur des personnes, mais on n'enquête pas des personnes. Si l'INSEE veut absolument utiliser un forme transitive directe, il lui suffit de changer de verbe. On peut questionner des personnes ("...

buzz et clavardage

En France, le secrétariat d'État à la Francophonie et le ministère de la Culture se partagent les obligations en matière de vitalité de la langue française. Le premier veille plutôt sur son rayonnement international, et le second sur sa vitalité intrinsèque. C'est dans ce cadre que vient d'être organisé un sympathique concours d'idées dont le sujet laisse cependant perplexe par endroits. Les participants ont été invités à inventer des mots francophones nouveaux pour parler du buzz , du talk , du chat , etc. Or, la question n'est pas ici d'inventer des mots nouveaux, mais de se souvenir que des mots français existent déjà. Et de le rappeler. Rappelons donc qu'un talk , c'est une conversation ou un débat , voire une causerie . Que du buzz , c'est de la rumeur ou du bruit (au sens figuré employé dans " beaucoup de bruit pour rien "). Et que to chat signifie très exactement bavarder . Pour franciser le chat anglophone cher aux internautes...

cuisine mercatique

La mercatique [nom français du marketing ] aime en imposer aux masses, fut-ce au prix des pires préciosités de langage. Dans l'univers agro-alimentaire, la tendance actuelle des gens du marketing est à la cuisine lexicale que voici : délaisser les noms de recettes sobres construits sur le modèle de " pommes de terre sautées ", de " canard à l'orange " ou de " poisson pané " ; et réchauffer à satiété le principe du "sauté de veau" . Pour cela, il suffit de faire gonfler le participe passé (sauté) qualificatif  pour le transformer en substantif ( un sauté), puis de l'additionner du nom de l'ingrédient principal (veau), préalablement décortiqué sous forme de complément de nom ( de veau). Ainsi l' orange pressée devient-elle du " Pressé d'orange ". La bonne vieille boîte de thon en miettes devient un " Émietté de thon ". Et la purée congelée, un " Écrasé de pomme de terres au beurre " ...

en illimité et en individuel : ni queue ni tête

Dans la langue médiatique et publicitaire, l'adverbe et l'adjectif sont progressivement supplantés par une tournure employant la préposition " en ". Ainsi, au lieu d'un abonnement forfaitaire illimité , on vous vend les joies de la téléphonie " en illimité ". Au lieu d'un voyage individuel , les professionnels du transport et du tourisme nous proposent des excursions " en individuel ". L'adjectif n'est pas le seul à se retrouver ainsi emberlificoté dans l'ajout superflu de la préposition en . L'adverbe, souvent surnommé "adjectif du verbe", subit ce sort inconfortable jusque dans les colonnes du quotidien Le Monde , où l'on peut lire que " la violence se déchaîne en aveugle ". Ce serait joli si l'on pouvait présumer que la journaliste avait décidé de faire œuvre de poétesse. Hélas non : elle a simplement cédé à la tendance actuelle du français mercatique et médiatique à détruire l'adverbe ...

la mercatique

L' Académie française a administré la démonstration de sa fécondité en créant les néologismes francophones destinés à remplacer " software " ( logiciel ) ou " walkma n" ( baladeur - trouvaille presque géniale, qui renvoie à la fois à la ballade musicale et à la balade à pied ). On ne peut pas dire que la vénérable institution se soit montrée aussi bien inspirée lorsqu'elle s'est mise en tête de forger un terme de remplacement pour le mot anglais marketing , qu'elle a rebaptisé mercatique . À moins qu'il s'agisse d'une sanction délibérée... Car le mot mercatique est tellement voisin des adjectifs merdique et mercantile , l'un et l'autre péjoratifs, qu'on peut se demander si les académiciens français n'ont pas voulu châtier les praticiens du marketing, grands massacreur de la langue française, en imposant à leur discipline un nom aux saveurs infâmes. CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE...

jeter des pierres ou caillasser ?

" Caillasser " est un verbe argotique que les dictionnaires les plus indulgents qualifient de familier. Les journalistes et politiciens nous relatent " le caillassage " d'une permanence politique ou d'un autobus de banlieur difficile, en supposant convenable cette manière de nous informer, alors qu'elle est grossière. Bientôt les éditeurs de dictionnaires, eux aussi, entérineront ce terme strictement argotique comme ne l'étant pas. Or, balancer des caillasses sur une saloperie de bahut pour tout péter, c'est sans doute ce qui s'appelle caillasser . Mais jeter des pierres sur un véhicule, c'est le lapider . Ou lui jeter des cailloux . Des cailloux, pas des " caillasses ", ce qui est argotique ou pour le moins familier. Chez tout professionnel de la langue, le choix d'un juste niveau de langue (littéraire, courant, familier, ordurier, argotique), c'est aussi la preuve d'un juste niveau de compétence profession...

coopérants, coopératifs

Il y a impropriété de terme dans cette information : " Le suspect ne s'est pas montré coopérant ". Coopérant n'est pas un adjectif mais un nom commun employé pour désigner divers spécialistes envoyés en mission à l'étranger pour apporter à un pays ami leur coopération d'expert ou de pédagogue. L'adjectif qualifiant quiconque coopère est coopératif / coopérative . " Témoins et victimes se montrent plus coopératifs ." Ici,  coopératifs est le pluriel neutre mixte de cet adjectif. À ne pas confondre avec un odieux pluriel masculin patriarcal dominateur...

relamping

Avis aux amatrices et amateurs de frime techno-anglomane. La Mission linguistique francophone relève cette terminologie en ingénierie du bâtiment : " Prévoir le relamping de tous les luminaires par installation de lampes à basse consommation ". Donc, ne dites plus : " Zut ! L'ampoule des waters a encore pété, faut que je la change …"  Mais : " Trop nul ! Faut encore que je fasse du relamping dans les chiottes… ". [NDE : On trouve aussi la francisation relampage ] CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•] 

digital

En (vrai) français, le mot digital  est un adjectif. Et il n'a qu'une seule acception : est digital ce qui concerne les doigts ou se pratique avec les doigts. Tout dictionnaire qui vous soutient le contraire est bon à mettre au pilon, et sans regrets. Tournez-vous plutôt vers celui de l'Académie française... ou le nôtre !*. Vous y apprendrez que l'emploi fautif de " digital " au sens de " numérique " remonte aux années 1970 et résulte d'un mélange de snobisme anglomane et d'ignorance crasse de la langue anglaise alliée à une méconnaissance navrante de la langue française. Car nous vivons à l'ère numérique et non digitale, avec son économie et son marketing numériques et non digitaux, nous prenons des photos numériques et non digitales, nous écoutons des enregistrements numériques et non digitaux, etc. Sauf, bien sûr, pour ceux qui compteraient encore sur leurs doigts. * Les Faux amis de l'anglais , aux estimables éditions Be...

températures en hausse, cours de la bourse en baisse

" Les températures sont reparties à la baisse ". Voilà comment une préciosité de la langue des chroniqueurs boursiers apparue dans les années 1980 (" le cours du dollar est reparti à la hausse ") influe sur le climat actuel de la langue française. La Mission linguistique francophone émet un avis de tempête sur les justes locutions en baisse et en hausse dont le naufrage est en vue, noyées sous les torrents de " à la baisse ", " à la hausse ". Cette substitution fautive est issue de la vaine adjonction du verbe "repartir", causant le tic journalistique  "sont repartis à la hausse"  au lieu du simple " sont en hausse".  Comme si toute baisse et toute hausse avait une précédente baisse ou précédente hausse mémorable dont il fallait faire état pour ne pas oublier que ce qui grimpe avait chuté après avoir déjà grimpé, déjà chuté, etc. Le verbe "repartir" est ensuite sous-entendu, et il ne reste que ce...

C navrant

La Mission Linguistique Francophone constate avec embarras l'obstination dans l'erreur des directeurs des programmes de France 5 - pourtant définie comme "la chaîne du savoir" du groupe audiovisuel public France Télévisions. Ces fonctionnaires du savoir se flattent d'intituler leurs émissions C à dire (au lieu de C'est-à-dire ) ou C à vous (au lieu de C'est à vous), comme si la liaison [obligatoire en français dans les locutions usuelles ou lexicalisées] n'existait pas. À cela, nos décideurs culturels éminents ajoutent une faute de phonétique, puisque la syllabe " C'est " doit se prononcer avec un son Ê comme dans cerf ou fête , et non avec un son É comme dans l'épellation de la lettre C. Laquelle lettre C, par ailleurs, est communément admise en français comme abréviation pudique de mots obscènes :''c..'' [con], ''c..'' [cul] et ''c..illes'' [couilles]. Apparemment, nul conseill...