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Articles

sérendipité : fortuité

En anglais, on appelle serendipity le fait d'effectuer une découverte inespérée. On cherchait quelque chose, on en trouve une autre. Et cette autre chose s'avère plus importante, plus précieuse, plus fructueuse. Internet est un lieu de recherches propice à de telles trouvailles. Inventé par Horace Walpole [ ci-contre portraituré par Ramsay, et ci-devant Comte d'Oxford ] en 1754, le mot serendipity a été importé par certains dans notre langue sous sa forme francisée sérendipité . Un peu pédant, très obscur, ce néologisme n'a pas eu grand succès dans le langage courant. Des Canadiens francophones lui ont récemment (vers 2000) trouvé un substitut autrement plus savoureux : la fortuité . Plus concis que la sérendipité [trois syllabes au lieu de cinq], plus euphonique et plus lumineux, le mot fortuité est immédiatement compréhensible. En prime, il agrandit à point nommé la petite famille déjà composée du couple fortuit et fortuitement , qui l'ad...

live : en direct en franglais

"Suivez toutes les rencontres en direct et retrouvez tous les scores en live." (Sport24.Le Figaro.fr) "Philharmonie de Paris live." (site officiel de la Philharmonie de Paris, annonçant un concert dirigé par Klaus Mäkelä, ci-contre) Dans ce match d'annonces publicitaires en franglais, c'est la Philharmonie de Paris qui fait un sans faute. La chaîne sportive du Figaro, elle, marque contre son camp. Animée initialement de l'excellente intention de s'en tenir à la langue française avec "toutes les rencontres en direct ", elle se déconcentre avant la fin de sa phrase et se trouve hors-jeu par son catastrophique " en live " qui n'est ni de l'anglais ni du français et viole la grammaire de ces deux langues. Ici la faute " en live " est commise de surcroît au détriment d'une expression bien plus appropriée : "Retrouvez tous les scores en temps réel "   À la Philharmonie de Paris, au contraire, o...

écoquartier ou éco-quartier ?

" É coquartier est un terme abominable. C'est un slogan politique approximatif adossé (...) à beaucoup de cynisme. "   Ce jugement sans appel est celui de l'architecte Rudy Ricciotti**. C'est aussi le nôtre. Rien ne justifie le culte idolâtre organisé dans les métiers du bâtiment et les conseils municipaux autour de ce néologisme de politique locale, si ce n'est le suivisme le moins réfléchi ou l' opportunisme affairiste le plus courtisan. Hélas, les pouvoirs publics voient autrement les choses puisqu'ils distribuent à tours de bras au nom du peuple français le vain " label ÉcoQuartier ", censé attester d'une vertu environnementale ineffable selon les uns, mesurable selon les autres, favorisant pêle-mêle les économies de gazole et " le vivre ensemble " (sic). ÉcoQuartier . Terme mal bâti censé encenser les bâtisseurs. Tout un programme... Ce jargon est suffisamment affligeant en lui-même, suffisamment contraire à l...

pour la survie de pour

Au vingt-et-unième siècle, chacun constate que l'anatomie des tournures administratives françaises n'obéit plus aux lois de la nature de notre langue. Dans cet esprit, la disparition de la préposition pour semble avoir été décrétée par diverses administrations, sans que les usagers de la langue française aient eu leur mot à dire et sans que l'Académie française l'ait entérinée. Ainsi la Ville de Paris, par la voix de sa régie immobilière, annonçait-elle en 2011 l'ouverture d'une " nouvelle résidence jeunes travailleurs ". On pourrait penser qu'il s'agit d'une coquille. Que nenni. Cette " résidence jeune travailleurs " (comprenez résidence  pour jeunes travailleurs ) vient rejoindre les " résidence chercheurs " ( résidences pour chercheurs ) et les " logements étudiants " (des logements pour étudiants ou d' étudiants ) qui pullulent dans les cartons des architectes depuis l'an 2000. Comme si...

développer ou dépister une maladie

S'il est observateur et si son mal est d'apparition lente, le patient peut le voir se développer en lui. Mais une personne ne "développe" pas une maladie. C'est la maladie qui se développe en elle ! Médecins et commentateurs, chassez de votre discours ce lourd contresens, cette inversion entre sujet et complément qui infeste la langue médicale médiatique. Car en français, le patient  souffre  d'une maladie, la  contracte , en  est atteint . Familièrement, il a pu l' attraper   si elle passait par là et s'est transmise par contagion. On entend aussi dire que des personnes doivent se faire dépister . Hou là là, comme c'est méchant ! Ou comme c'est ignorant du sens des mots. Car on dépiste un mal, et non la personne qui est susceptible d'en être atteinte. POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE,  CLIQUEZ ICI

tuer père et mère

Parce qu'ils croient savoir qu'un parricide tue exclusivement son père, les échotiers de France et de Navarre viennent d'exhumer le mot matricide pour relater le meurtre commis par une adolescente sur la personne de sa mère. En fait, le parricide tue un ascendant, qu'il soit père, mère, aïeul ou aïeule. Ce n'est pas un patricide , terme qui désigne exclusivement le meurtrier de son père. Ou le meurtre du père. En effet, les termes parricide, patricide et matricide présentent tous la caractéristique rarissime de désigner aussi bien le crime que l'auteur du crime. Tandis que l'assassin commet un assassinat, tandis que le violeur commet un viol, l'escroc une escroquerie, le parricide commet un parricide. Et comment appelle-t-on le parricide qui a tué son père et sa mère ? Si l'on nous permet une touche d'humour sur un sujet aussi noir, c'est assurément du même coup un orphelin . CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SI...

mur de son et mur du son

À l'occasion du décès en prison à 81 ans de Phil Spector, ingénieur du son fameux, condamné à perpétuité pour le meurtre de sa compagne par arme à feu à bout portant, la presse française titre inlassablement sur la mort de l'inventeur du mur du son . Ben tiens... Phil Spector a en réalité conçu un style d'arrangements et de mixage très fourni qu'on a appelé en anglais Wall of sound . Mur de son , donc. Et non mur du son - qui se dit sonic boom .

grosso modo, grosso merdo

Popularisée au début des années 1970 dans la bouche d'un humoriste radiophonique raillant une mauvais maîtrise du français doublée de la prétention de le parler admirablement, la formule " incessamment sous peu " accumulait deux adverbes ayant strictement le même sens : " sous peu " et " incessamment ". Ce qui reviendrait à dire " fréquemment souvent " ou " gentiment par gentillesse ". Forgée avec l'intention de faire sourire par son ridicule, cette bourde a fini par être prise au sérieux, et trouve depuis pas mal d'années sa place dans des propos qui se veulent respectables. Il commence à en aller de même pour la déformation ordurière et humoristique grosso merdo , dérivée de grosso modo . Elle surgit répétitivement, et sans aucune mine amusée, dans des conversations de travail au cours desquelles personne ne se permet pourtant de dire " c'est un résultat de merdre " au lieu de " c'est un mauvais...

motif utile ou motif futile ?

Certains s'interrogent sur l'utilité de prononcer clairement en français les consonnes redoublées : i mm obile, i mm ense, i mm ature, i mm oral, a ll usion, i ll ogique, etc. Si un professionnel de la parole dit " i-mobile " ou " i-mense " au lieu de [ im-mobile ] ou [ im-mense ], tout le monde le comprendra. De même pour les "fautes d'orthographe sonores" suivantes : ilogique, imature, alusion, imoral , etc. Soumis à ces imprécisions phonétiques dans les médias parlés, nombre de locuteurs francophones perdent graduellement l'habitude de redoubler les consonnes, préférant l'économie d'effort articulatoire à la clarté de leur diction. Cette habitude de paresse s'étend à la prononciation de deux sons consonnes identiques qui ne sont pas au cœur d'un mot, mais se répètent en fin et en début de mots : baobaB Brûlé , par exemple. Certes, il est rare de parler de baoba b b rûlé, de cla m m agnifique, de la c c linquant, ou d...

controverse contre versus

Dans un contexte de type " David contre Goliath ", on note une tendance récente [postérieure à l'an 2000] de la publicité et des médias francophones à remplacer le mot français contre par l'abréviation américaine " vs " [prononcée versus ]. Cette abréviation a été créée par les anglophones pour exprimer le mot latin versus , lequel signifie en anglais contre. Mais, contrairement aux termes latins sternum ou lavabo , la préposition latine versus ne fait pas partie du vocabulaire français. Sous des dehors de latinisme chic, c'est un anglicisme banal et frimeur, qui coûte deux syllabes au lieu d'une, et détrône donc sans nécessité la préposition contre dont l'emploi restera préférable aussi longtemps que l'anglais et le français ne seront pas devenus une seule et même langue, et que ni le snobisme ni le suivisme ne seront devenus des vertus. POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE, CLIQUEZ ICI

un prix n'est pas cher

Certains voudront s'offrir ce camping-car plaqué or mais renonceront, estimant que " son prix est trop cher ". Non : un prix cher , ça n'existe pas. Un prix est élevé , mais un prix n'est pas " cher ". C'est l'objet qui est cher ou non, selon son prix et vos moyens. Amis francophones, ça ne nous vous coûte rien d'en prendre bonne note... POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI