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c'est énorme

"Le public il est énorme" déclare sur France Info [en 2015] le basketteur vedette Tony Parker, commettant ainsi trois fautes de français en une seule courte phrase de cinq mots.

• 1°/ ajout infantile du pronom personnel en doublon du sujet ("la maîtresse elle est gentille", "le public il est énorme")

• 2°/ absence de prononciation d'une liaison obligatoire en français (prononcé "il-ê-énorm" au lieu de "il-ê-t-énorm")

• 3°/ emploi inapproprié de l'adjectif énorme.

Dans le vocabulaire des sportifs de haut niveau et des commentateurs de leurs exploits, l'adjectif "énorme" bat tous les records. En tout cas, celui de la fréquence et celui de la niaiserie. C'est le champion des lieux communs. En cas de victoire, il se rabâche dans les médias sous la forme de cette déclaration enthousiaste : "C'est énorme !" Incrédule devant sa propre excellence, le sportif s'ébahit en ces termes : "Ce que j'ai fait, c'est énorme." Et la journaliste abonde avec beaucoup de cœur à l'ouvrage : "Ce que vous avez fait, c'est énorme !"

Le choix de ce qualificatif est pourtant une énormité, puisque l'adjectif "énorme" n'est pas laudatif par nature mais péjoratif !

Autrement dit, ce n'est pas en principe un compliment mais un reproche. Ce qui est énorme n'est pas immense ni gigantesque ni colossal, c'est-à-dire d'une grandeur imposante et noble. Ce qui est énorme est trop grand, (trop, et non très ; trop, au sens exact), d'une taille critique et même critiquable. Des yeux immenses sont indéniablement beaux, des yeux énormes sont certainement disgracieux. "Ce que j'ai fait, c'est immense" serait tout aussi immodeste mais plus judicieux.

Ce glissement de sens de l'adjectif négatif énorme pourrait s'analyser comme une touche d'autodérision plaisante, si toutefois l'emploi à outrance de cet adjectif ne relevait pas simplement de la maîtrise défaillante du sens des mots, qui caractérise trop souvent la pratique journalistique en général et particulièrement la langue exténuée du commentaire sportif. Cet univers passionné de vainqueurs et de vaincus, où l'on croit aussi que breloque [1] est l'exact synonyme de médaille, avec la même perte de repères entre le noble et le ridicule.

Dans l'hommage de Tony Parker cité en introduction, on ne sait pas exactement quelle est la qualité du public que l'adjectif sportif passe-partout "énorme" est censé exprimer, puisque le contexte de l'entretien indique qu'il ne s'agit pas d'un public nombreux ni d'un public d'obèses. Ben... il'ê'énorm. Rien n'est dit donc tout est dit.

[1] Une breloque est un pendentif de pacotille, un bijou de mauvais goût et de peu de valeur. Une médaille est une distinction honorifique de grande valeur.

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