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jeter des pierres ou caillasser ?

" Caillasser " est un verbe argotique que les dictionnaires les plus indulgents qualifient de familier. Les journalistes et politiciens nous relatent " le caillassage " d'une permanence politique ou d'un autobus de banlieur difficile, en supposant convenable cette manière de nous informer, alors qu'elle est grossière. Bientôt les éditeurs de dictionnaires, eux aussi, entérineront ce terme strictement argotique comme ne l'étant pas. Or, balancer des caillasses sur une saloperie de bahut pour tout péter, c'est sans doute ce qui s'appelle caillasser . Mais jeter des pierres sur un véhicule, c'est le lapider . Ou lui jeter des cailloux . Des cailloux, pas des " caillasses ", ce qui est argotique ou pour le moins familier. Chez tout professionnel de la langue, le choix d'un juste niveau de langue (littéraire, courant, familier, ordurier, argotique), c'est aussi la preuve d'un juste niveau de compétence profession...

coopérants, coopératifs

Il y a impropriété de terme dans cette information : " Le suspect ne s'est pas montré coopérant ". Coopérant n'est pas un adjectif mais un nom commun employé pour désigner divers spécialistes envoyés en mission à l'étranger pour apporter à un pays ami leur coopération d'expert ou de pédagogue. L'adjectif qualifiant quiconque coopère est coopératif / coopérative . " Témoins et victimes se montrent plus coopératifs ." Ici,  coopératifs est le pluriel neutre mixte de cet adjectif. À ne pas confondre avec un odieux pluriel masculin patriarcal dominateur...

relamping

Avis aux amatrices et amateurs de frime techno-anglomane. La Mission linguistique francophone relève cette terminologie en ingénierie du bâtiment : " Prévoir le relamping de tous les luminaires par installation de lampes à basse consommation ". Donc, ne dites plus : " Zut ! L'ampoule des waters a encore pété, faut que je la change …"  Mais : " Trop nul ! Faut encore que je fasse du relamping dans les chiottes… ". [NDE : On trouve aussi la francisation relampage ] CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•] 

digital

En (vrai) français, le mot digital  est un adjectif. Et il n'a qu'une seule acception : est digital ce qui concerne les doigts ou se pratique avec les doigts. Tout dictionnaire qui vous soutient le contraire est bon à mettre au pilon, et sans regrets. Tournez-vous plutôt vers celui de l'Académie française... ou le nôtre !*. Vous y apprendrez que l'emploi fautif de " digital " au sens de " numérique " remonte aux années 1970 et résulte d'un mélange de snobisme anglomane et d'ignorance crasse de la langue anglaise alliée à une méconnaissance navrante de la langue française. Car nous vivons à l'ère numérique et non digitale, avec son économie et son marketing numériques et non digitaux, nous prenons des photos numériques et non digitales, nous écoutons des enregistrements numériques et non digitaux, etc. Sauf, bien sûr, pour ceux qui compteraient encore sur leurs doigts. * Les Faux amis de l'anglais , aux estimables éditions Be...

températures en hausse, cours de la bourse en baisse

" Les températures sont reparties à la baisse ". Voilà comment une préciosité de la langue des chroniqueurs boursiers apparue dans les années 1980 (" le cours du dollar est reparti à la hausse ") influe sur le climat actuel de la langue française. La Mission linguistique francophone émet un avis de tempête sur les justes locutions en baisse et en hausse dont le naufrage est en vue, noyées sous les torrents de " à la baisse ", " à la hausse ". Cette substitution fautive est issue de la vaine adjonction du verbe "repartir", causant le tic journalistique  "sont repartis à la hausse"  au lieu du simple " sont en hausse".  Comme si toute baisse et toute hausse avait une précédente baisse ou précédente hausse mémorable dont il fallait faire état pour ne pas oublier que ce qui grimpe avait chuté après avoir déjà grimpé, déjà chuté, etc. Le verbe "repartir" est ensuite sous-entendu, et il ne reste que ce...

C navrant

La Mission Linguistique Francophone constate avec embarras l'obstination dans l'erreur des directeurs des programmes de France 5 - pourtant définie comme "la chaîne du savoir" du groupe audiovisuel public France Télévisions. Ces fonctionnaires du savoir se flattent d'intituler leurs émissions C à dire (au lieu de C'est-à-dire ) ou C à vous (au lieu de C'est à vous), comme si la liaison [obligatoire en français dans les locutions usuelles ou lexicalisées] n'existait pas. À cela, nos décideurs culturels éminents ajoutent une faute de phonétique, puisque la syllabe " C'est " doit se prononcer avec un son Ê comme dans cerf ou fête , et non avec un son É comme dans l'épellation de la lettre C. Laquelle lettre C, par ailleurs, est communément admise en français comme abréviation pudique de mots obscènes :''c..'' [con], ''c..'' [cul] et ''c..illes'' [couilles]. Apparemment, nul conseill...

l'assistanat est le fait d'être assistant et non assisté

Depuis quelques mois, le Président de la République française Nicolas Sarkozy et son Premier Ministre communiquent en termes strictement identiques - et strictement impropres - sur " l'assistanat " (aux personnes en situation matérielle difficile). Il s'agit en réalité d' assistance . Le terme assistanat désigne la situation d'un assistant , d'un adjoint. Ainsi, l'assistant-réalisateur de cinéma espère que ses années d'assistanat (c'est-à-dire durant lesquelles il a fait fonction d' assistant et non d'assisté !) lui permettront de se voir confier un jour la réalisation de ses propres films. Mais une personne qui vole au secours d'une autre ne lui porte pas assistanat, elle lui porte assistance . Quelques ouvrages lexicographiques francophones [dont l'encyclopédie collaborative en ligne Wikipédia ] se sont hâtés de propager cette faute de français. Ils fournissent ainsi une caisse de résonance à une terminologie...

participer à / participer de

La Mission linguistique francophone met en garde contre cette confusion, fréquente dans la langue châtiée, entre les deux constructions du verbe participer : participer à et participer de ne sont pas interchangeables, et moins encore synonymes. Participer à la fête , c'est y prendre part, y apporter sa contribution. Tandis que participer d e la fête, ce n'est pas en faire partie ni y participer ni y contribuer, c'est en avoir certaines caractéristiques. Ainsi peut-on dire très justement que "les bombardements de civils participent du meurtre" [ils ne participent pas au meurtre, ils y ressemblent à bien des égards]. Le psychiatre et infatigable mystificateur Jacques Lacan (1901-1981) était passé maître dans l'art d'impressionner ainsi à peu de frais son auditoire en nimbant de fausse profondeur des propos dont le sens échappait à tous, grâce à l'emploi de mots de liaison inattendus, de verbes dévoyés, de termes arbitrairement redéfinis. Il ...

nommage

Les polyglottes s'esclaffent devant certaines bévues lexicales francophones, comme " le nommage ". Cette création malhabile est un néologisme québécois supposé traduire le participe anglais " naming ". Or, l'anglais naming - lorsqu'il désigne le fait d'attribuer un nom propre - se traduit parfaitement à l'aide de termes irréprochables inscrits depuis des siècles dans la langue française. Selon le contexte, l'un ou l'autre de ces mots fait l'affaire : désignation, appellation, dénomination, intitulé, ou même onomastique . "Défendre sa langue pour la protéger ou restaurer sa prétendue pureté originelle me répugne. Se résigner à ce qu’au fil des jours sa langue soit défigurée par de petits et grands outrages déclenche néanmoins en moi de petites et grandes colères." Jean-Marie Borzeix , Les carnets d’un francophone . Éditions Bleu Autour, 2006 (p 42). CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE...

les bonzes amis de la francophonie

En 1818, un voyageur palois parvenu au Tibet apporta dans son havresac une édition des contes de Charles Perrault. Très impressionnés par la lecture qu'il leur en fit, les jeunes moines de Kumbum se prirent d'amitiés pour lui, et par-delà sa personne, pour la fiction francophone. Il en résulta ce dicton fameux, rapporté du plus haut pays du monde jusqu'à nous : les bons contes font les bonzes amis . Amis de la francophonie et des poissons d'avril, bien entendu .

autant pour moi ? au temps pour moi ?

La forme sensée de l'expression en question est bien " autant pour moi ", et non " au temps pour moi ", comme certains le soutiennent. Initialement, " autant pour moi !" était une sorte d'interjection militaire, par laquelle un supérieur, reconnaissant une bévue devant ses subalternes - et initialement, une injustice - s'attribue fictivement, en signe de contrition et de bonne foi, le même quantum de sanction (autant de pompes, autant de jours de consigne, autant de kilos de patates à éplucher, autant de réprimandes) que celui qu'il infligerait à un subalterne pareillement pris en faute : " autant pour moi ". Contrairement à une rumeur qui va se propageant dans certains dictionnaires de difficultés du français, et jusque sur les bancs de l' Académie française , il ne s'agit nullement d'une affaire de temps musical ni de défilé militaire. Selon cette explication compliquée dont nul bidasse n'a le souvenir, l...