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Articles

braquage, braqueur, braquer : c'est de l'argot

Les journalistes nous informent généralement qu'un suspect a parlé et non " jacté ". Nous leur savons gré de ne pas s'adresser à nous en argot. On s'agace donc légitimement de leur propension à employer sans clairvoyance les mots " braquage ", " braqueur " et le verbe " braquer " comme si ces mots n'étaient pas du registre argotique alors qu'ils le sont, lorsqu'ils sont employés avec le sens de dévaliser, voler ( à main armée ), cambrioler, commettre un hold-up . Idem pour les satanés " papiers " évoqués par les journalistes, en lieu et place des articles (de presse) . Ou les " breloques " olympiques que tant de commentateurs sportifs croient sérieusement être un synonyme acceptable des médailles *. Gardez ces familiarités pour vous, ou certains finiront par aller dans votre sens et militer pour qu'on vous désigne officiellement, vous aussi, par des noms argotiques comme si de rien n'était...

désimlocker

Les commerciaux du secteur de la téléphonie se gargarisent actuellement d'un terme sauvage, le désimlockage (sic). Qui désigne dans leur esprit l'action de désimlocker (sic). C'est-à-dire, le fait de rendre une carte SIM utilisable par un opérateur concurrent. Attention : ce terme est un barbarisme. Et ce barbarisme n'est pas américanisant , malgré les apparences, mais magyarisant : il transforme le français en hongrois, langue agglutinante (1). Son usage est à réserver à des conversations en jargon de métier, entre adorateurs du très grand n'importe quoi sémantique. En français courant, et entre gens qui parlent pour se faire comprendre et non pour s'écouter parler, les verbes déverrouiller ou débloquer font parfaitement l'affaire, suivis du complément approprié : débloquer un téléphone, débloquer un abonnement, débloquer un numéro, débloquer une carte, etc. Se flatter de dire " désimlocker un compte " au lieu de " débloquer un co...

je vais pour

Toute langue vivante tend à se charger de tournures incorrectes puis à les assimiler ou les écarter. La Mission linguistique francophone se réjouit de constater la disparition à peu près complète d'une tournure incorrecte apparue au début du vingtième siècle et quasi absente aujourd'hui du français courant. La formule " aller pour " était employée par certains locuteurs au sens de " s'apprêter à ", dans des phrases comme celle-ci : " Je vais pour lui emprunter cent sous, mais voilà que je trouve un billet de mille au fond ma poche ". On ne regrettera pas l'extinction de ce " je vais pour ". Et on continuera à œuvrer pour la disparition des irritants " suite à " (au lieu de "après") et " au final " (au lieu de "finalement"), deux plaies infectées du français médiatique actuel, que la Mission linguistique francophone vous invite à panser.

si elle ne chante que le matin, c'est une manécanterie

Apparu voici moins de deux cents ans, le mot manécanterie (du latin mane cantare : chanter le matin) n'a jamais été bien vivace. Sa santé délicate et son sens obscur lui valent notre affection. Mais son peu d'utilité nous permet aussi de constater son agonie sans trop de chagrin. Qu'il s'éteigne en paix dans notre langue, au son matinal d'un chœur d'enfant à bouche fermée... POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE , CLIQUEZ ICI

la consultance : du conseil barbare

On trouve avec effroi le terme de " consultance " (sic) employé depuis quelques années déjà par certaines universités françaises (Lyon, Grenoble , Toulon, Pau) pour désigner en réalité l'activité de conseil [aux entreprises]. Ce néologisme " consultance " est un barbarisme sorti du sac à snobismes de quelques marchands de poudre aux yeux mercatique, et repris sans rire par un tout petit nombre de pédagogues impressionnables ou distraits. C'est au mieux le fruit d'un moment d'égarement, au pire de l'ignorance crasse en habits savants. La malformation de ce néologisme inutile est tellement criante qu'elle se passerait de commentaire. Nous allons quand même en faire deux. D'abord, il faudrait sérieusement s'alarmer du peu de vigilance lexicale de certains directeurs d'établissements d'enseignement supérieur. Les universités précitées ne sont pas les seules en cause. Il existe de belles grandes écoles, d'ac...

de dont

Faut-il dire " c'est de ça que je parle " ou " c'est de ça dont je parle " ? On apprend dès l'école élémentaire que dont signifie " de...que ". Le pronom dont ne doit donc jamais être précédé de la préposition " de ". Il la contient déjà. Seules ces deux tournures, exactement synonymes et exactement aussi élégante l'un que l'autre, sont donc correctes :  • " c'est de cela que je parle " • " c'est cela dont je parle ". Cependant, un nombre impressionnant de professionnels de la parole croient devoir nous dire " c'est de ça dont je vous parle ",  commettant ainsi une indigeste faute de grammaire. Si un cuisinier versait systématiquement double dose de sel comme ces orateurs nous versent systématiquement double dose de " de ", nul doute qu'il serait vite contraint de changer de métier.

nom de code CMR

Une CMR, savez-vous ce que c'est ? Non ? C'est bon signe. Signe que vous parlez encore un français à base de mots ayant un sens et assemblés entre eux de manière à préciser au besoin les subtilités de votre propos. Signe que vous ne réduisez pas les idées ni les choses à des sigles abscons. Signe que vous ne parlez pas juste pour vous-même, ou en connivence exclusive avec ceux qui jargonnent selon les mêmes snobismes que vous. Signe que vous utilisez la langue française avec le souci d'être compris de vos interlocuteurs. Et le souci de les informer s'ils sont désireux de l'être. " Bientôt une CMR près de chez vous !" Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ? Demandez donc aux élus locaux friands de ce nom de code. Ou à leurs courtisans qui ne s'alarment pas de tant d'obscurité, ni de tant de mépris des obligations de protection de la langue française qui s'imposent aux administrations publiques, en France (loi de 1994) comme au Canada. ...

la technopole et le pôle de technologie

Voilà trente-cinq ans déjà que l'Académie française a tranché la question des technopoles . Le mot est féminin et s'écrit sans accent circonflexe sur le O : on doit dire et écrire une technopole . Le mot " un technopôle " n'existe pas - si ce n'est en tant que faute de français appelée cuistrerie (étalage d'un faux savoir). Sur le modèle de métropole , le terme technopole est formée à partir du grec polis , qui signifie ville , et non à partir du français pôle . Il reste pourtant une importante proportion de maires et de directeurs de la communication qui vantent "un technopôle " au lieu d'une technopole. Constatant cette fixation sur l'idée de pôle, l'Académie française propose à ceux qui ne veulent pas d'une sobre technopole d'employer alors l'expression pôle de technologie . Cette discorde entre technopole et technopôle n'aurait jamais eu lieu, sans doute, si les sons voyelles étaient correctement prononc...

sur l'assassin

Un directeur de la police judiciaire française a déclaré à la télévision de son pays : " nous sommes remontés sur l'assassin " (sic). On l'imagine juché sur les épaules d'un assassin. Fâcheuse posture ou fâcheux discours que de " remonter sur " un assassin. Les ravages causés par l'abus de la préposition sur à la place de presque toutes les autres prépositions (" sur Bruxelles " au lieu de " à Bruxelles " ; " sur l'île " au lieu de " dans l'île " ; " là vous êtes sur un Modigliani " au lieu de " vous avez devant vous un Modigliani ", etc) s'étendent donc sans répit. Aujourd'hui, un haut fonctionnaire de police, membre de l'élite intellectuelle donc, et francophone de naissance, ne dit plus que son enquête lui a permis de remonter jusqu'à l'assassin, mais qu'elle lui a permis de remonter sur l'assassin. Ainsi la pauvreté du vocabulaire devient-elle...

Les 24 prochaines heures ou les prochaines 24 heures ?

À l'occasion d'une affaire de spéculation banquière, un journal télévisé s'interroge sur " les fameux cinq milliards " envolés. Au lieu des " cinq fameux milliards ".  Quel professionnel francophone de la langue écrite ou parlée peut se permettre d'ignorer qu'en français, l' adjectif cardinal [ici, " cinq "] doit toujours être placé avant le qualificatif [ici, " fameux "], jamais après lui ? Aucun. Car parmi leurs lecteurs et auditeurs, qui ignore qu'en français on a deux beaux enfants , et non " beaux deux enfants " ? Personne. Cette règle instinctive de la juste place de l'adjectif cardinal vaut pour les cinq fameux milliards comme pour les 24 prochaines heures et les 48 dernières heures . Tandis que "les prochaines 24 heures" (sic) ou "les dernières 48 heures" (sic) n'appartiennent pas à notre langue mais relèvent de la grammaire anglaise ( the last two days ), dont l...

loin s'en faut

Très prisée de certains orateurs politiques et commentateurs médiatiques, l'expression " loin s'en faut " (sic) est une contorsion vide de sens, qui résulte de l'hybridation difforme de deux ou trois expressions, toutes parfaitement correctes quand on ne les mélange pas : loin de là et il s'en faut de beaucoup ou il s'en faut de peu , avec un zeste de loin de moi cette idée. On s'étonne que des êtres doués de raison, et ayant pour mission ou pour ambition de régler le fonctionnement de la vie sociale, s'égarent à ce point dans l'absurde et soient à ce point privés de la capacité de s'assurer qu'une formule dont ils se gargarisent possède bien une queue et une tête. Car vraiment,  c'est quoi Monsieur le Sénateur un loin qui s'en faut ? Vous pouvez nous en faire l'analyse grammaticale ? Certes non. Vous qui ne pérorez pas dans les médias, n'allez pas non plus imaginer que " loin s'en faut " vous fer...