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suite à

Initialement, l'expression '' suite à' ' n'était employée que par dérision, au même titre que " rapport à ". Pour singer la langue administrative ou militaire malhabile, dans des phrases comme : " Mon adjudant, j'voudrais vous causer rapport à l'invasion de punaises de cavalerie ". L'effet était comique car chacun sait d'instinct que la construction des locutions '' suite à '' et '' rapport à '' est absolument défectueuse ; puisque le complément de nom se construit avec la préposition de et non la préposition à : il convient de dire " le père de Louis " et non " le père à Louis ".  De même : " la suite de l'action ", et non " la suite à l'action ". En France, contrairement au Québec , cette dimension sarcastique a récemment été perdue de vue par des professionnels de la langue écrite et parlée devenus coutumiers d'employer suite à au l...

les personnels de l'entreprise face aux publics du musée

" Les publics ", " les personnels " : la préciosité et le dogmatisme s'allient ici pour nier l'existence en français d'un singulier général. Celui grâce auquel nous aimons le bon vin, allons faire bronzette en été et voyageons par le train. Alors qu'il existe certes une multitude de bons vins, plus d'un été dans nos vies et plus d'un train dans nos voyages.   Dans une sorte d'entomologie sociale de mauvais aloi, épinglant chaque sous-groupe humain selon sa spécificité, la langue syndicale et celle du tourisme sont tombées tacitement d'accord pour imposer peu à peu dans le discours des pluriels vains . En France, plus un musée ne reçoit du public. Tous reçoivent désormais des publics. Ce pluriel est vain car appliqué à un terme que la linguistique qualifie de " massif " : il désigne au singulier une masse composite, plurielle. Aimer le vin, c'est aimer les multiples vins produits en diverses régions et pays...

lettre ouverte à tout proviseur en délicatesse avec son nom de fonction

Mesdames et Messieurs les proviseurs, Le 10 octobre 2014, l'Académie française a publié une déclaration solennelle et très circonstanciée, rappelant à toutes et à chacun que : " des formes telles que professeure, recteure, auteure, ingénieure, procureure, chercheure, etc, constituent de véritables barbarismes . " C'est donc avec étonnement et contrariété que nous voyons des proviseurs contentes de se parer du titre de " proviseure " (sic), bien que cette féminisation mal ficelée soit réprouvée par la seule autorité linguistique incontestée en matière d'usages francophones. Ce n'est pas mener un combat d'avant-garde que de commettre cette faute d'orthographe tout en étant parée de l'autorité pédagogique d'un chef d'établissement du second degré. C'est au contraire donner l'exemple du mépris de sa propre langue - non dans la féminisation de son titre s'il peut l'être, mais dans la manière irréfléchie de le f...

en finir avec au final

La faute de français " au final " (sic) a connu une propagation fulgurante, entre 2005 et 2008. Depuis, la contagion de notre langue par cette expression fautive s'est stabilisée mais son succès ne se dément pas. C'est pourtant une locution que les professionnels de la langue ne devraient ni employer ni accréditer auprès du public. Car le barbarisme " au final " (sic) est formé de manière défectueuse sur le modèle de " au total ", par oubli de l'existence du nom commun fin qui a déjà fourni la locution à la fin . Or, la fin , ça existe ; le total (au total) aussi ; le départ (au départ) aussi ; le fond (au fond) aussi. Mais " un final ", ça n'existe pas. La langue française ne connaît que  la finale [la finale d'un championnat, par exemple] mot féminin, ou le finale [le finale d'une symphonie, par exemple] mot masculin malgré son E ... final. Oui, qu'il soit féminin ou masculin, le substantif français...

matériel et matériaux

Une journaliste d'une chaîne d'information de la télévision française [  LCI  ] décrit le sable naturel comme étant " un matériel indispensable à la fabrication des semi-conducteurs ". Comique involontaire. Car le sable est un matériau de fabrication et non un matériel (tel un outillage). Mais son rédacteur en chef et elle présument manifestement que matériel  est le singulier de matériau ... Rappelons donc qu'il n'en est rien : • un matériel, des matériels ; comme un miel, des miels. • un matériau, des matériaux ; comme un étau, des étaux.

danger et dangerosité

0 Un officier de police soucieux de parler savamment à la télévision explique que les scooters " présentent une dangerosité pour les piétons ". Comme des dizaines de millions d'autres francophones, et la quasi totalité des orateurs publics en France sinon dans le reste du monde, il ne sait plus que le mot juste est danger : si les scooters sont dangereux, alors ils présentent un danger ; pas une "dangerosité". Quiconque évoque la "dangerosité" au lieu du danger est emporté par l'élan de se mettre en valeur en croyant parler savamment. Pourtant, la pataude "dangerosité" n'a aucun besoin d'exister puisqu'elle signifie exactement la même chose que le danger : la dangerosité est définie, par les professionnels qui ont adopté ce terme tarabiscoté, comme le fait d'être dangereux. C'est donc bien le danger. Car est dangereux ce qui constitue un danger. C'est même une lapalissade. Avec deux fois et demi plus de s...

en même temps

La simple et modeste conjonction de coordination mais n'est plus en vogue. Elle est délogée du discours ambiant par deux locutions adverbiales : en revanche , plus ronflant ; ou en même temps , plus gonflant - et dont le récent glissement de sens ne cesse de prendre de l'ampleur. Initialement adverbe de temps, la locution en même temps fut employée par quelques humoristes vers l'an 2000 comme adverbe restrictif substitué à toutefois, cependant, néanmoins , simplement, cela dit , quoi qu'il en soit . Une dizaine d'années plus tard, cette pointe d'humour est passée dans la langue au premier degré du sérieux, et gagne chaque mois du terrain en dévorant même la conjonction mais . " Il est con comme un balai, en même temps il baise comme un dieu " déclare aujourd'hui une connaisseuse des hommes. Tandis qu'une connaisseuse de la langue dira plutôt : " Il est con comme un balai mais il baise comme un dieu ". La différence est ici l...

adorés et adoraient ne sont pas homophones

• Mes parents adorés, regardez les étoiles. • Mes parents adorés regardaient les étoiles. • Mes parents adoraient regarder les étoiles. Depuis plus de trente ans, un lourde et très négligente tendance du style oratoire médiatique consiste à ne plus prononcer correctement les sons Ê en fin de mots (comme dans  épais , benêt, Morlaix  ou  Manet ). Cette renonciation ne permet plus de distinguer laquelle des trois phrases ci-dessus est prononcée, puisque adorés et adoraient, regardaient et regarder  sont à tort prononcés de façon exactement semblable. Les terminaisons - ais , - aient, -ez, -er, és, êt, -et (jouet) ou -ée (jouée) ne sont pourtant pas homophones [contrairement à regardez/ regarder / regardé dont la prononciation correcte est rigoureusement la même]. Une génération montante d'orateurs professionnels [journalistes, enseignants, politiciens, comédiens, avocats] ne ne parle plus des faits (double son Ê) mais  "dé fées" . Et prononce parquée de do...

J'ai rhum ou Jérôme ?

Les aventures d'un boursicoteur de métier (alias " trader ") nommé Jérôme K. nous apportent une nouvelle manifestation du désintérêt massif des professionnels de l'information parlée envers la phonétique. En français, il existe pourtant des signes graphiques élémentaires qui ne laissent aucun doute ni aucune liberté d'action quant à la prononciation des phonèmes. L'accent circonflexe sur le Ô en est un. Quand 100% des journalistes féminines d'une tranche horaire de grande écoute (7h - 8h) sur France Inter choisissent d'ignorer l'orthographe de " Jérôme " et prononcent " j'ai rhum " comme si ce prénom s'écrivait " Jérome ", notre langue vit-elle une saine évolution, ou la profession de journaliste s'enferre-t-elle dans ses lacunes ? CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE

l'envie frénétique de parler une langue inepte

Une entreprise industrielle du Haut-Rhin [France] convie les professionnels de son secteur à découvrir ses " nouveautés produits ". Le marketing n'excuse pas tout. Quand on se souvient combien les Alsaciens ont ardemment souhaité demeurer français, on s'étonne que la société B*** agresse aussi cruellement la langue française. Petit rappel : en français, on dit " les nouveaux produits " et non " les nouveautés produits ". Si B*** nous vantait ses " nouveautés produit es ", on supposerait qu'il s'agit des nouveautés qu'elle a produites... Mais les " nouveautés produits ", on suppose qu'il s'agit d'une folle perte de repères grammaticaux, par la faute de laquelle le nom " produits " devient un qualificatif (masculin) du nom " nouveautés " (féminin). L'entreprise B*** et toutes celles qui jargonnent de la sorte seront bien inspirées de rectifier leurs messages publicitaires pour...

le vyomanaute est sur orbite

Le mot vyomanaute désignerait un astronaute originaire d'Inde ou navigant à bord d'un vaisseau spatial indien. Avec une bonne dose d'inauthenticité, son étymologie mêle le sanskrit व्योम vyoma (ciel) et le latin nautes (marin). Au même titre que le terme " taïkonaute ", l'usage de ce néologisme ébouriffant est à réserver aux professionnels du commentaire spatial qui ont perdu le sens commun.  Ceux qui jonglent, selon les fusées, avec les cosmonautes, spationautes, astronautes, taïkonautes, coréonautes ou vyomanautes, et ne perçoivent pas l'absurdité de prétendre imposer à la langue française la complication inouïe de désigner une même activité professionnelle par un nom différent selon la nationalité de qui exerce la profession ou pratique l'activité. On plane dans une incohérence intersidérale. Un skieur, une infirmière ou un pâtissier changent-ils de désignation selon leur pays d'origine ? Aux tenants du terme " vyomanaute...