Accéder au contenu principal

l'art du parolier francophone : Idylle Philoménale

Yves Montand avait fait connaître un texte drolatique, d'une ingéniosité rédactionnelle délectable et d'une vitalité francophone éclatante.

Voici ces paroles d'une chanson aux rimes richissimes dans leur concept savoureux : une terminaison de sonorité féminine est appariée avec sa sonorité masculine équivalente, sans crainte du calembour ni de l'à-peu-près ; tel ce parallèle phonétique jouissif : Helvétienne > élever le sien ! Sur ce plaisant pied d'égalité, le féminin et le masculin font route ensemble en toute légèreté.

Voici ce texte sans autre commentaire qu'un hommage posthume à son auteur, René Rivedoux, dont nous ne savons à peu près rien.

Idylle Philoménale
 
Quand j'ai croisé la Martine,
C'était par un beau matin
J'allais acheter des bottines
Et lui trouvai très beau teint.
Nous partîmes en limousine,
Visiter le Limousin.
Après, comme on le devine,
Ma petite femme elle devint.

Ma concierge qui est amène
Tous les matins m'serre la main.
Même qu'au moment des étrennes,
Dans ses bras elle m'étreint.
Cela m'attire des scènes
Que je supporte à dessein
Pour éviter qu’ma Philomène
Un beau jour ne me file aux mains.

Son manteau de ballerine
Gentiment lui bat les reins,
Sa robe de percaline
Lui vient de son père câlin.
Pendant que je me surmène
Dans un travail surhumain,
Elle arpente l'avenue du Maine
En tenant son fichu d'une main.

Comme j'ai un chiot et une chienne
Qui me viennent d'un Autrichien,
Ma petite femme, qui est Vosgienne,
Me dit: "Pour élever vos chiens,
Vous aurez beaucoup de peine.
Car au pays transalpin,
J'ai connu une Helvétienne
Qui a jamais pu élever le sien".


• • •
POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI
Pour prendre directement connaissance des missions de la Mission, cliquez ici.

Commentaires

Miss LF a dit…
Cette version présente deux retouches par rapport à celle enregistrée par Yves Montand.

* Deuxième strophe, avant-dernier vers. Perfectionnement du texte d’origine, initialement « Pour ne pas que (Philomène file) » au lieu de la tournure correcte « Pour que (Philomène) ne (file) pas » ; une faute de syntaxe et de style fréquente, manifestement assumée par l’auteur pour obtenir sa rime, mais ici corrigée sans saper la syntaxe ni la rime : « Pour éviter que (Philomène file) ». De plus, il y avait dans la version d'origine un surnombre de "ne" : Pour ne pas que (Philomène) ne file. Lourdeur allégée.

* Dernière strophe, premier vers. Perfectionnement du texte d’origine, initialement « un chien et une chienne », duo qui présente ici la faiblesse de déflorer la rime féminin/masculin à venir avec « AutriCHIEN / CHIENNE » en mettant prématurément en relation les mots chien/chienne. Par ailleurs, il est question textuellement "d’élever" ces chiens, et non de les "dresser", ce que justifie beaucoup mieux la présence d’un chiot (un « enfant chien ») puisque ce sont les enfants que l’on élève et non les adultes.
Unknown a dit…
Concernant la première retouche, l'erreur de syntaxe est certes résolue mais le nombre de pieds du vers devient défaillant ( 8 pieds au lieu de sept)
Miss LF a dit…
Merci pour votre lecture attentive ! Mais, non, le nombre de pieds est soigneusement respecté. Dans un cas le -e terminal de Philoméne n’est pas muet, dans l’autre il l’est, et le tour est joué 😉.

Articles les plus lus cette semaine

à très vite ou à très bientôt ?

Évidemment, seuls " à bientôt " et " à très bientôt " sont corrects, tandis que " à très vite " est un monstre grammatical dont la présence étonne dans la bouche et sous la plume de personnes qui ne sont ni ennemies de la logique ni esclaves des bourdes en vogue. En effet, la préposition à ne peut introduire ici que l'annonce d'un moment dans le temps. Or, " très vite " n'est pas une indication de temps mais de manière. On ne peut donc pas faire précéder " très vite " d'une préposition introduisant une indication de moment dans le temps, comme à demain , à jeudi , à plus tard , à dans deux mois ou à bientôt . De fait, personne ne dit " à vite !" au lieu de " à bientôt !", comme si seul le petit mot très avait permis la propagation du barbarisme " à très vite " en empêchant la transmission de sens entre la préposition à et l’adverbe vite , nous déconnectant ainsi de l’instinct gram...

Mbappé ne s'appelle pas M-Bappé

La prononciation correcte du patronyme camerounais Mbappé ne tend aucun piège. Les journalistes de France et de Navarre s'en inventent pourtant un, et le prononcent majoritairement de façon fautive, en créant une séparation fictive entre la consonne M et les autres lettres. Ce qui donne l'étrange lecture "Êm' Bappé", qui est une absurdité comme le serait "Êss' Tendhal" au lieu de Stendhal, "Zêd Idane"" au lieu de Zidane, ou "Tom Cé Ruise" au lieu de Tom Cruise. Si les professionnels de la parole ont du mal à articuler la succession de consonnes - mb -, ils peuvent s'y exercer en répétant sans la moindre difficulté : " sa mba pé rilleuse sans Mba ppé rieur ". Ou encore : " je m'bats  contre Mba ppé", puis " Mba ppé m'bat ", et finalement "si tu m'bats , je m'ba rre !" PS : L'articulation subtile d'un M directement accolé à un B, nous la réussissons sa...

similitudes et similarité

Le fait de présenter plusieurs aspects similaires sans être totalement identique se dit comment en anglais ? Similarities (pluriel de similarity) . You are right. Et comment cela s'appelle-t-il en français ? Des similarités ? Non : des  similitudes , ou même une  similitude . La Mission linguistique francophone relève une mise en péril de l'avenir du mot similitude par la mauvaise traduction généralisée de similarity et de son pluriel similarities . Les professionnels concernés (traducteurs, journalistes, pédagogues friands de publications scientifiques en anglais) sont invités à ne pas confondre le français et l'anglais, ni se tromper de désinence. Et donc, à se méfier presque autant du piège tendu aux similitudes par les "similarités", que du piège tendu à la bravoure par la "bravitude"... En français, on emploiera le singulier " la similitude " pour traduire l'idée d'une complète analogie (" la similitude de leurs deux t...

peut-on coconstruire ?

Néologisme inutile à souhait, le verbe coconstruire signifie simplement construire . Ou éventuellement construire ensemble , si l'on aime les périssologies [précisions redondantes]. Car dans con struire, le préfixe con- signifie déjà ensemble ! Mais surtout, parce que le contexte indique toujours que la prétendue " coconstruction " se fera à plusieurs : dans " nous allons coconstruire ", le sujet pluriel est déjà là pour exprimer la communauté d'action. Et dans "je vais coconstruire", on voit que l'énoncé est absurde (construire ensemble mais seul ?), ou bien qu'il manque le complément précisant avec qui je vais construire. Or, "je vais coconstruire une maison avec mes cousins" serait un pléonasme, qu'on s'évitera en disant tout simplement " je vais construire une maison avec mes cousin s". La réponse est donc : non, on ne peut pas "coconstruire" sans commettre une maladresse de langage. Ma...

a minima

En français, on peut préciser qu'une équipe doit être constituée de trois personnes au moins ou constituée de trois personnes au minimum . Les deux expressions sont exactement synonymes et elles sont l'une et l'autre irréprochables. Mais il existe depuis les années 2000 une tendance à remplacer ces locutions adverbiales françaises au moins et au minimum par la locution juridique latine " a minima ". Cette regrettable latinisation, d'inspiration pédante, est fautive car le sens en est inexact, voire opposé. C'est typiquement ce qu'on appelle un abus de langage . En effet, la formule latine a minima n'est utilisée à bon escient que dans l'expression juridique " appel a minima ". Il s'agit d'un appel que le ministère public interjette lorsqu'il estime qu'une peine prononcée par une juridiction est trop clémente. Il y a alors protestation du ministère public " issue de l'insuffisance de la sanction ...

goûtu, gourmand ou savoureux ?

L'adjectif savoureux , au sens propre, est en voie d'extinction dans les médias audiovisuels et la publicité, au bénéfice de goûtu et de gourmand . Deux termes rendus indigestes par leur emploi inadapté. Est goûtu ce qui a un goût prononcé, éventuellement très déplaisant (comme la désopilante liqueur d'échalote au crapaud de la comédie Les Bronzés font du ski , dans les dialogues de laquelle ce mot fait surface). Est savoureux ce qui a une saveur agréable, voire succulente, ce qui a bon goût , voire très bon goût . Popularisé il y a une trentaine d'années dans le registre drôlatique et familier, le régionalisme  goûtu n'a pas sa place dans un commentaire gastronomique châtié. Mais de nombreux professionnels de la langue perdent de vue les notions de registre ou de niveau de langue, et emploient un terme comme goûtu sans aucune conscience de sa rusticité ni de la connotation humoristique qui s'y attache. Quant à " goûteux " (sic), q...

le masculin ne l'emporte pas (en paradis)

Voici déjà quatorze ans, b ien avant le déferlement de la cacographie surnommée "écriture inclusive", n ous avions publié cette analyse apaisante.  Elle est lumineuse et imparable. Mais rien n'y fait : l'obscurantisme de la guerre des genres prend de la vigueur. Nous remettons donc cet article sur le dessus de la pile, compte tenu de l'obstination générale à ressasser que " le masculin l'emporte " - ce qui est faux - et à s'en plaindre, voire s'en venger, ce qui n'est pas plus judicieux. Il faut au contraire admettre ceci : la forme francophone des pluriels mixtes se montre alternativement masculine (par exemple : les individus dépravés, les gens connus, tous les témoins ) ou féminine (par exemple : les personnes présentes, les innocentes victimes, les personnalités invitées ). Il en résulte que la guéguerre des sexes ne devrait pas avoir sa place dans cette question grammaticale. Mais il apparaît aussi que la formule " le mas...

long terme, moyen terme, court terme

Terme est ici à comprendre au sens d' échéance, au sens de fin , comme dans le verbe terminer et le mot latin devenu français terminus. Pourquoi ne faut-il jamais dire " sur le long terme " ni " sur le court terme " ? En quoi est-ce une faute indéniable, doublée d'une inutile complication ? Parce que toute langue a besoin de cohérence pour sa vitalité. Or, dans notre langue, les chose se font à terme , et non sur terme : un enfant naît à terme , un loyer se paie à terme , un train arrive au terminus , etc.  Un enfant ne naît pas "sur terme", et encore moins "sur le terme". " Sur terme " est donc faux, et " sur le terme " l'est plus encore. Que le terme soit long, moyen ou court, ni " sur " ni " sur le " ne peuvent le précéder. Pour cette raison, on dira donc exclusivement " à long terme, à moyen terme, à court terme ", et on se désintoxiquera de l'incohérent " s...

bon déroulement et mauvais déroulé

La Mission linguistique francophone et l' Académie française unissent leurs efforts pour rappeler d'une même voix qu'une action se déroule selon son déroulement et non selon son " déroulé " (sic) - contrairement à ce que l'on lit depuis peu d'années sous la plume de rédacteurs professionnels adeptes de l'approximation. Faute que l'on entend par contagion dans la bouche des francophones que la répétition des erreurs de langage nouvelles attirent irrésistiblement, par la seule vertu de leur nouveauté. Pour ces francophones-là, que nous avons sondés, le bon déroulement est un mot éculé qui manque de dynamisme. Selon eux, le " déroulé " (sic) d'une cérémonie, c'est plus actif [*]. De toute façon - tranchent-ils - on est libre de dire ce qu'on veut quand même, non ? Ce dévoiement (et non ce dévoyé ) de la notion de liberté ne suscite ni le "consternement" ni le "consterné", mais bien la consternation . ...