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Articles

Affichage des articles du septembre, 2026

cancérigène ou cancérogène ?

Apparu le premier dans notre langue, en un temps où les médecins étaient tous d'excellents latinistes et de bons hellénistes, le mot cancérigène s'est vu ultérieurement attaquer par un agent perturbateur : son synonyme mal lettré, "cancér o gène". Bien que les dictionnaires, dont celui de l'Académie française, entérinent les deux termes et leurs reconnaissent exactement le même sens, l'un seulement est correctement construit. Et c'est cancérigène , avec un i. Nul n'en disconviendra après la petite leçon d'anatomie que voici. Dans sa langue d'origine, la déclinaison du mot latin  cancer  signifiant crabe lui confère des formes tantôt en canceris tantôt en cancri   [d'où viennent les cancres et les chancres ] ou en  canceri , mais jamais en canceros ni cancero ni cancro. Pas de O dans ses articulations. Pourtant - au risque de sombrer dans une préciosité éclaboussée de faux savoir - une partie du corps médical francophone semble avo...

Kiev reste Kiev

La tentation est grande d'exprimer notre indignation devant l'invasion de l'Ukraine en rejetant tout ce qui est russe ou semble russe. Mais c'est évidemment se tromper de combat. Ni Prokofiev ni Mendeleïev ne sont en cause. Ni Kiev. Or, quelques médias sont en train de se tromper de combat en rejetant le toponyme francophone et anglophone Kiev . De bonnes âmes leur emboitent hâtivement le pas, convaincues qu'écrire Kiev , c'est écrire le nom de cette ville en russe. Or non, Poutine écrit Киев . Kiev est la translittération latine proposée au monde par la France dès le 12e siècle, et adoptée depuis sans discontinuer par la diplomatie, la littérature et les sciences de langue française. Certains Ukrainiens eux-mêmes ont mené campagne pour convaincre les médias francophones et anglophones de renoncer à la graphie Kiev au profit de la graphie "Kyiv " qui leur semble plus proche de l'articulation du nom propre ukrainien Київ , par qui maîtrise cette ...

pluriel ok après "sans, pas, aucun, nul"

Il n'existe pas de langue sans pièges. Vous remarquerez que nous venons d'écrire "sans pièges" et non "sans piège". Beaucoup de francophones croient que tous les termes marquant une privation, une absence - tels aucun, nul, pas de, sans - commandent le singulier, puisque zéro n'est pas un pluriel... Vous savez peut-être déjà que c'est un paralogisme. Bref, que c'est faux. Car il peut y avoir un piège ou des pièges. Et il peut n'y avoir ni ce piège unique ; ni, dans le cas contraire, l'ensemble des divers pièges susceptibles de nous compliquer la vie. S'il n'y a qu'un unique piège (piège d'accent par exemple), il faut écrire "sans piège" (aucune devinette sur la prononciation). Mais si les pièges peuvent être ou sont multiples (phonétique, conjugaison, orthographe, faux amis, étrangetés syntaxiques, déclinaison, etc), alors c'est rigoureusement une faute logique d'écrire "sans piège". Il est obl...

passer à la caisse

En France et en Suisse, vous entendez ceci : " le magasin va bientôt fermer, veuillez vous rendre en caisse ". N'en faites rien. Car seuls les billets de banque et les pièces de monnaie sont susceptibles d'aller " en caisse " ; ils y sont d'ailleurs encaissés . Mais les humains, eux, se rendent  à la caisse . De même qu'ils vont au comptoir, au bar, au rayon boucherie , aux toilettes, au jardin, au garage, au vestiaire ou à l'infirmerie.   Avec beaucoup de mauvaise foi ou quelque manque de clairvoyance, un webmestre s'exprimant au nom d'une haute institution académique française a pris l'initiative personnelle de répondre qu'il n'y avait rien à redire à l'injonction de "passer en caisse", invoquant l'expression "se marier en l'église Saint-Louis". Or, il s'agit là d'un rapprochement doublement spécieux, car : • primo : il se réfère au parler médiéval ecclésiastique ...

égoportrait : le selfie francophone

Francisation magistrale par les Québecois de l'anglais  selfie , on peut regretter que l' égoportrait n'ait pas pris un essor fulgurant dans notre langue, contrairement à tant de termes inutiles ou tournures maladroites. Le portrait de soi, c'était déjà de longue date l' autoportrait . Mais on sait qu'un selfie n'est qu'un autoportrait bâclé à bout de bras ou à bout de perche, sans réelle portée créatrice, et donc un miroir présenté à soi-même pour s'admirer ou se souvenir de soi, plutôt qu'une œuvre donnée à voir au monde pour se dépeindre. Abandonnant le préfixe grec auto- qui renvoie à soi après un détour par l'extérieur, les Canadiens lui ont substitué le latin ego signifiant moi. Moi, moi, moi, encore et toujours moi ! C'est bien l'état d'esprit que revendique la pratique de l' égoportrait -  dont la parenté sémantique avec égotisme et égoïsme n'est pas accidentelle. Illustration : cette image d'un j...