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Articles

groupes scolaires

La langue française contemporaine semble soumise à deux forces opposées qui nuisent ensemble à son équilibre : la simplification abusive de la syntaxe ; et la complication inutile du vocabulaire. Dans la deuxième catégorie de nuisances, on constate qu'un peu partout en France, les écoles sont devenues des " groupes scolaires ". Ceux qui promeuvent ce genre de boursouflures vous expliquent que ce n'est pas du tout la même chose, une école et un groupe scolaire . Or, si. Un groupe scolaire, c'est une école ou des écoles. Une école ou des écoles réunissant des classes élémentaires et maternelles, par exemple. Or, c'est bien le propre des écoles que de regrouper des classes différentes. S'en étonner et rebaptiser " groupe scolaire ", jusque sur leurs frontons, les écoles comprenant des classes de niveaux différents, de cycles différents, c'est non seulement compliquer inutilement le vocabulaire mais aussi jargonner sans retenue en arrachant ...

succès : un pays disparaît

C'est avec un vif plaisir que nous avons vu aboutir ce mois-ci notre longue action auprès de l'État français pour le renoncement à l'emploi du terme " pays " quand il s'agit de désigner un échelon administratif autre que l'échelon national. L'emploi du mot "pays" pour dénommer un petit ensemble de communes a son charme dans la langue courante : le Pays d'Auge , le Pays de Montbéliard sont des expressions qui remontent aux temps anciens où " rentrer au pays ", c'était revenir dans son village. Mais au cours des années 1990, diverses administrations territoriales ont créé des structures intercommunales solidaires ; emportées par un passéisme irréfléchi, elles se sont mises en tête de les baptiser pays . Officiellement adoptée en 1995 - et sans relâche combattue depuis par nos soins - cette nouvelle acception administrative du mot " pays " créait indiscutablement une confusion entre un échelon territorial cons...

jeu pense donc jeu suit

Dans une chanson très justement intitulée Droit à l'erreur, l'exquise chanteuse francophone Amel Bent nous apprend ceci : " J'ai deux vents moi un mur qui m'empêche d'avancer " ; après quoi elle ajoute : " et jeu suit là pour peindre un condamné ." En fait, quand Amel Bent prononce " deux vents mois ", il faut comprendre " devant moi " (avec un e ouvert comme dans peur et non e fermé comme dans peu ). Et quand elle articule " jeu suit ", il faut comprendre " je suis ". Mais pour cette jeune femme comme pour des centaines de milliers d'autres professionnels de la communication verbale de langue française, la phonétique n'est pas une dimension pertinente du langage, et la prononciation exacte est un soin inutile. À tel point qu'Amel Bent n'est en réalité même pas là pour " peindre " un condamné, mais pour le " pendre ". Ou pour le " pondre " ? Allez savoir. ...

Outreau : la pudeur d'abord

" Je ne suis pas un technicien du droit qui ne compatit pas à la souffrance des autres mais j'ai d'abord une vraie compassion pour les enfants violés pendant des années ", a déclaré à la presse le juge jadis chargé d'instruire "l'affaire d'Outreau", pour justifier en ces termes son refus d'admettre l'effrayante gravité de ses bévues de juge d'instruction, lesquelles ont directement causé le suicide d'un innocent et mille autres souffrances imméritées. Voilà un professionnel de la langue qui ne sait pas ce qu'il dit. Ou bien un professionnel de la justice qui ne sait pas ce qui est juste. Moralement, Monsieur le juge, la compassion envers certaines victimes ne peut jamais légitimer l'absence de compassion envers d'autres. Un magistrat qui ne partage pas cette philosophie-là est dangereux. Votre mission n'a jamais été et ne sera jamais de protéger l'innocence des uns en foulant celle des autres. Il faut lai...

maximal et minimum

Le français a créé depuis plusieurs siècles les adjectifs maximal, minimal et optimal pour qualifier ce qui constitue un maximum , un minimum ou un optimum . Pourtant, certains lexicographes - dont quelques-uns au sein même de l'Académie française - éprouvent une réticence inexplicable à reconnaître pleinement l'existence de ces adjectifs, et à cesser donc de promouvoir l'emploi des substantifs maximum, minimum et optimum comme adjectifs ou appositions qualificatives, au détriment de maximal, minimal et optimal  - que tout le monde reconnaît ne pas être des substantifs mais uniquement des adjectifs. Cette obstination dans l'imprécision syntaxique est alimentée par les mauvaises traductions de l' adjectif anglais maximum   [ maximum temperature = température maximale ] , faux ami subtil puisque le sens est identique évidemment, et que seule diffère la nature grammaticale. La Mission linguistique francophone se distingue d'autres organismes d'ai...

raz-de-marée de tsunamis

                Ce qui s'appelle en français raz-de-marée se dénomme en japonais tsunami . La vogue de ce terme japonais est telle chez les anglophones que nous avons fini par les imiter en France depuis le début des années 2000, au point que l'anglo-japonisme tsunami tende à éclipser le français raz-de-marée dans la presse, dans à peu près tous les articles de Wikipédia et chez beaucoup de traducteurs scientifiques peu regardants - par la négligence desquels, étudiants, pédagogues et chercheurs croient à leur tour pertinent de remplacer tous les  raz-de-marée  du globe par des tsunamis de la mer du Japon. À propos d'un raz-de-marée déferlant ou ayant déferlé loin des côtes du Japon et sans aucun lien avec l'activité sismique ou météorologique nippone, l'emploi du mot tsunami est totalement impropre par son incongruité culturelle. Concernant la préhistoire, la Grèce antique ou la civilisation inca, par exemple, ce japonisme e...

mûr et immature

L'adjectif mûr possède un antonyme bien connu : immature . La force de cet antonyme est telle qu'un grand nombre de professionnels de la langue (journalistes, essayistes, politiciens, publicitaires) et de professionnels de la maturité (psychologues, enseignants) en perdent leur français. La Mission linguistique francophone relève en effet que l'adjectif mûr est devenu minoritaire dans les médias écrits et parlés, au bénéfice de " mature " (sic). Ce terme est impropre et son emploi déconseillé. " Mature " n'est admis que dans le jargon piscicole, où il qualifie un poisson prêt à frayer. Et encore ne s'agit-il là que d'entériner l'adoption ancienne, par toute une profession, de la mauvaise traduction technique du terme anglais " mature " qui signifie simplement mûr , parvenu à maturité et par extension, adulte . En français, la situation est claire - ou devrait l'être et gagnerait à le redevenir : puisque l...

robe de mariée tachée

La tournure " une offre prestigieuse de formations " (1) peut sembler sans défaut. Elle est pourtant plus que malhabile, en style et en syntaxe. Car il existe une règle instinctive, qui souvent nous échappe : on n'intercale pas d'adjectif entre un nom et son complément de nom. • " Bon chef de service " et non "chef bon de service" ! • " Robe de mariée tachée " et non "robe tachée de mariée". • " Fin de vie paisible " et non "fin paisible de vie". Dans notre exemple initial, la faute est peu flagrante, peut-être, mais à corriger. Ce qu'on fera en plaçant le qualificatif non pas au milieu mais devant le bloc insécable formé par le nom offre et son complément de nom de formations . Ce qui donne : " une prestigieuse offre de formations ". (1) Cet exemple fautif est emprunté à une publication de la mairie de Paris, capitale mondiale de la francophonie, qui gagnerait à intégrer dans son service de c...

prêt et emprunt immobiliers

  " Pour l'achat de votre maison, vous ferez un prêt ?" - demandent les agents immobiliers et promoteurs à leurs acheteurs. La réponse à cette question doit toujours être négative. Car, c'est l'établissement de crédit qui " fera " éventuellement un prêt à l'acheteur. L'acheteur, lui, fera un emprunt . Ou une demande de crédit . Quant au prêt, il n'en "fera" pas, mais il en demandera ou en sollicitera un. Une langue professionnelle dans laquelle les verbes faire et demander sont synonymes est déjà bâtie sur le toc plutôt que sur le roc. Mais quand des antonymes - tels prêt et emprunt - sont considérés comme synonymes, alors le langage parlé est en ruines. CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•]

subjonctifs imparfaits

L'imparfait du subjonctif [... si j'avais un tel nez, Il faudrait sur- le-champ que je me l' amputasse !] a fini par prêter à sourire. Aujourd'hui, c'est le présent du subjonctif qui prête à rire jaune, par sa disparition dans la bouche de nombreux journalistes de la presse parlée - chaînes et stations de l'audiovisuel public comprises. Une phrase comme "Il est probable que le Président vient ce soir " n'alarme ni le journaliste qui l'a écrite ni celui qui la prononce à l'antenne, d'heure en heure, ni son ingénieur du son, ni le réalisateur du journal d'information ni son rédacteur-en-chef. Elle alarme pourtant les francophones qui n'ignorent pas que leur langue exige ici, soit un futur de l'indicatif [" il est probable qu'il viendra "], soit un présent du subjonctif [" il est probable qu'il vienne "]. La première solution est plus affirmative, la seconde plus dubitative. Toute autre soluti...

assistés publics ou assistants publics ?

L' assistanat , ce n'est pas le fait d'être l'assisté mais au contraire l' assistant de quelqu'un, c'est-à-dire son second. Les politiciens qui veulent " en finir avec l'assistanat" veulent donc que nous nous passions tous d'assistants. Leurs propres assistants parlementaires doivent être de sacrées plaies pour que ces politiciens-là fassent une telle fixation sur l'éradication de leur fonction : l'assistanat... Ou peut-être ces orateurs de profession sont-ils égarés dans leur propre langue ? Peut-être ont-ils besoin de notre assistance ? Auquel cas, nous leur rappelons que se porter au secours des personnes en péril ou en difficulté même minime, ce n'est pas de l'assistanat mais de l' assistance . Et que l'assistance est non seulement un devoir moral soutenu par la plus élémentaire bienveillance , mais une obligation légale dont atteste le principe du délit de non-assistance à personne en danger. CLIQUEZ I...