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Articles

USA : ni comtes ni comtés

Les USA n'ont ni roi ni comtes. C'est pourquoi ils n'ont point de "comtés". Le territoire des USA est plus exactement subdivisé en  états  ( states ) et en  cantons  ( counties  ; et  county,  au singulier). La plupart des politologues de France, des étudiants en géographie ou sciences politiques, des journalistes, et même la quasi totalité des auteurs de dictionnaires, se fourvoient pourtant à traduire des noms d'entités administratives des USA telles que " Madison County " ou " Orange County " par " Comté de Madison " et " Comté d'Orange ", comme s'il existait ou avait existé aux USA un ordre nobiliaire ; et donc des principautés, des duchés et des comtés !   Non, les USA ne sont pas et n'ont jamais été une monarchie aristocratique, les USA n'ont jamais eu de comtes ni de comtesses de San Francisco ni de Miami, et la traduction de l'anglo-américain county par " comté " n'es...

des monts ou démons ?

Le français de France a subi ces vingt dernières années une évolution phonétique alarmante : la quasi disparition du son " ê " en début et en fin de mot ou dans les mots monosyllabiques. "J e veux la paix !"  devient " je veux laper !" Il ne s'agit pas d'accent régional mais de paresse articulatoire : le son ê exige d'ouvrir un peu plus largement la bouche et serait donc trop fatiguant à prononcer. C'est ainsi que  la baie des Anges [avec impérativement deux sons " ê " bien ouverts, comme dans fête ] devient l'abbé Dézange [avec deux sons " é " tout fermés, comme dans bébé , à la place des deux sons " ê " de  baie et des ]. Constatée à chaque instant sur la langue des récitants de la presse parlée de France, la disparition quasi générale de la distinction entre  fée  et  fait , entre  démons  et  des monts , entre poignée et poignet , s'étend immanquablement aux autres locuteurs professio...

taxe carbone et parataxe

Pour venir au secours de la terre, il est actuellement* question d'instaurer une taxe sur les émissions de carbone. Ce projet sans doute louable gagnerait à ne pas s'accompagner d'une création terminologique nuisible à la santé de notre langue. En effet, cédant à la mode de la suppression arbitraire des petits mots de liaison, les orateurs politiques annoncent une future " taxe carbone " (sic). Et les journalistes ne rectifient pas le tir. Ce n'est pourtant tout simplement pas du français. En français, les substantifs sont qualifiés par un adjectif ou par un complément de nom : on mène une vie professionnelle et non " une vie métier " ; on écoute le chant du coq et non " le chant coq ". C'est une donnée syntaxique toute simple qui assure le fonctionnement harmonieux de notre langue. Pour en revenir au jargon " taxe carbone ", ce viol de la syntaxe par la terminologie fiscale est une funeste nouveauté. Jusqu'à pré...

la grande affaire des "supports papier"

Une administration nous écrit : " Vous enverrez le document sous forme numérique et sous forme papier ". La notion difforme de " forme papier " (sic) s'est imprimée depuis quelques années dans les esprits. Il faudrait l'en effacer, et dire tout simplement : " Vous enverrez le document sous forme numérique et sur papier ". Si toutefois les agents administratifs tiennent à employer la locution " sous forme ", la Mission linguistique francophone leur rappelle que cette expression exige d'être suivie soit d'un adjectif (" sous forme liquide "), soit d'un complément de nom (" sous forme de liquide "), soit d'un participe passé passif tenant lieu d'adjectif (" sous forme liquéfiée "). Or, le mot papier n'est ni un participe passé ni un adjectif. Il ne peut donc pas qualifier un autre substantif sans être intégré à un complément de nom correctement formé au moyen d'une préposition...

d'accord OK ça marche (y'a pas d'souci)

Une nette dévalorisation du mot OUI , voilà la note singulière sur laquelle l'année 2009 s'est achevée en Europe francophone. La Mission linguistique francophone a constaté le succès fulgurant d'une nouvelle manière d'acquiescer : il s'agit de répondre que " ça marche ". Dans des contextes où notre langue emploie d'ordinaire les multiséculaires " oui ", "entendu " ou " d'accord ", la tendance est à répondre maintenant " ça marche ". Cet usage semble issu des métiers de la restauration. "- Une choucroute et deux truites aux amandes !" lançait le serveur ; "- Ça marche !" lui répondait-on en cuisine. Cette vogue n'éclipse pas le très international " OK ", mais s'y joint plutôt. Le couple " OK ça marche " est particulièrement prisé. Fin 2009, plus d'un locuteur sur neuf avait même pris le pli de remplacer " oui ", " entendu " ou "...

groupes scolaires

La langue française contemporaine semble soumise à deux forces opposées qui nuisent ensemble à son équilibre : la simplification abusive de la syntaxe ; et la complication inutile du vocabulaire. Dans la deuxième catégorie de nuisances, on constate qu'un peu partout en France, les écoles sont devenues des " groupes scolaires ". Ceux qui promeuvent ce genre de boursouflures vous expliquent que ce n'est pas du tout la même chose, une école et un groupe scolaire . Or, si. Un groupe scolaire, c'est une école ou des écoles. Une école ou des écoles réunissant des classes élémentaires et maternelles, par exemple. Or, c'est bien le propre des écoles que de regrouper des classes différentes. S'en étonner et rebaptiser " groupe scolaire ", jusque sur leurs frontons, les écoles comprenant des classes de niveaux différents, de cycles différents, c'est non seulement compliquer inutilement le vocabulaire mais aussi jargonner sans retenue en arrachant ...

succès : un pays disparaît

C'est avec un vif plaisir que nous avons vu aboutir ce mois-ci notre longue action auprès de l'État français pour le renoncement à l'emploi du terme " pays " quand il s'agit de désigner un échelon administratif autre que l'échelon national. L'emploi du mot "pays" pour dénommer un petit ensemble de communes a son charme dans la langue courante : le Pays d'Auge , le Pays de Montbéliard sont des expressions qui remontent aux temps anciens où " rentrer au pays ", c'était revenir dans son village. Mais au cours des années 1990, diverses administrations territoriales ont créé des structures intercommunales solidaires ; emportées par un passéisme irréfléchi, elles se sont mises en tête de les baptiser pays . Officiellement adoptée en 1995 - et sans relâche combattue depuis par nos soins - cette nouvelle acception administrative du mot " pays " créait indiscutablement une confusion entre un échelon territorial cons...

jeu pense donc jeu suit

Dans une chanson très justement intitulée Droit à l'erreur, l'exquise chanteuse francophone Amel Bent nous apprend ceci : " J'ai deux vents moi un mur qui m'empêche d'avancer " ; après quoi elle ajoute : " et jeu suit là pour peindre un condamné ." En fait, quand Amel Bent prononce " deux vents mois ", il faut comprendre " devant moi " (avec un e ouvert comme dans peur et non e fermé comme dans peu ). Et quand elle articule " jeu suit ", il faut comprendre " je suis ". Mais pour cette jeune femme comme pour des centaines de milliers d'autres professionnels de la communication verbale de langue française, la phonétique n'est pas une dimension pertinente du langage, et la prononciation exacte est un soin inutile. À tel point qu'Amel Bent n'est en réalité même pas là pour " peindre " un condamné, mais pour le " pendre ". Ou pour le " pondre " ? Allez savoir. ...

Outreau : la pudeur d'abord

" Je ne suis pas un technicien du droit qui ne compatit pas à la souffrance des autres mais j'ai d'abord une vraie compassion pour les enfants violés pendant des années ", a déclaré à la presse le juge jadis chargé d'instruire "l'affaire d'Outreau", pour justifier en ces termes son refus d'admettre l'effrayante gravité de ses bévues de juge d'instruction, lesquelles ont directement causé le suicide d'un innocent et mille autres souffrances imméritées. Voilà un professionnel de la langue qui ne sait pas ce qu'il dit. Ou bien un professionnel de la justice qui ne sait pas ce qui est juste. Moralement, Monsieur le juge, la compassion envers certaines victimes ne peut jamais légitimer l'absence de compassion envers d'autres. Un magistrat qui ne partage pas cette philosophie-là est dangereux. Votre mission n'a jamais été et ne sera jamais de protéger l'innocence des uns en foulant celle des autres. Il faut lai...

maximal et minimum

Le français a créé depuis plusieurs siècles les adjectifs maximal, minimal et optimal pour qualifier ce qui constitue un maximum , un minimum ou un optimum . Pourtant, certains lexicographes - dont quelques-uns au sein même de l'Académie française - éprouvent une réticence inexplicable à reconnaître pleinement l'existence de ces adjectifs, et à cesser donc de promouvoir l'emploi des substantifs maximum, minimum et optimum comme adjectifs ou appositions qualificatives, au détriment de maximal, minimal et optimal  - que tout le monde reconnaît ne pas être des substantifs mais uniquement des adjectifs. Cette obstination dans l'imprécision syntaxique est alimentée par les mauvaises traductions de l' adjectif anglais maximum   [ maximum temperature = température maximale ] , faux ami subtil puisque le sens est identique évidemment, et que seule diffère la nature grammaticale. La Mission linguistique francophone se distingue d'autres organismes d'ai...

raz-de-marée de tsunamis

                Ce qui s'appelle en français raz-de-marée se dénomme en japonais tsunami . La vogue de ce terme japonais est telle chez les anglophones que nous avons fini par les imiter en France depuis le début des années 2000, au point que l'anglo-japonisme tsunami tende à éclipser le français raz-de-marée dans la presse, dans à peu près tous les articles de Wikipédia et chez beaucoup de traducteurs scientifiques peu regardants - par la négligence desquels, étudiants, pédagogues et chercheurs croient à leur tour pertinent de remplacer tous les  raz-de-marée  du globe par des tsunamis de la mer du Japon. À propos d'un raz-de-marée déferlant ou ayant déferlé loin des côtes du Japon et sans aucun lien avec l'activité sismique ou météorologique nippone, l'emploi du mot tsunami est totalement impropre par son incongruité culturelle. Concernant la préhistoire, la Grèce antique ou la civilisation inca, par exemple, ce japonisme e...