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Articles

dédier

L'action décrite par le verbe dédier possède toujours en français une valeur d'hommage. Dédier une sonate à sa bien-aimée, c'est lui faire symboliquement don de cette composition pour louer ses sublimes qualités. Dédier n'a aucun autre sens en français - hormis les sens erronés qu'on tend à lui donner depuis trente ans, sous l'influence de mauvais traducteurs de l'anglais technique. Dédier une conférence à Beethoven, c'est  honorer la mémoire de Beethoven en l'associant symboliquement au thème cette conférence. Ce n'est pas lui consacrer une conférence, ni donner une conférence sur Beethoven. Mais on peut donner une conférence sur la surdité, et la dédier à Beethoven ; c'est-à-dire rendre hommage au passage à l'héroïsme de Beethoven face à ce handicap, bien qu'il ne soit pas le sujet de la conférence. Hélas, cette claire et forte singularité de sens, que personne n'ignorait au vingtième siècle, tend à se perdre dans ...

morbide, sordide et macabre

Parce que sa première syllabe est homonyme du mot mort , l'adjectif morbide est souvent employé par erreur pour désigner ce qui se rapporte à la mort, ce qui évoque des idées de mort. De même, en raison de la rime très riche qui les rapproche, les sens des adjectifs morbide et sordide sont fréquemment confondus. Or, ce qui est morbide se rapporte à la maladie et non à la mort (du latin morbidus : malsain ou maladif). Ce qui est sordide n'est pas maladif mais d'une repoussante bassesse. Ce qui apporte la mort est mortifère ou mortel . Ce qui évoque la mort ou s'y rapporte, ce qui se veut familier de la mort n'est pas morbide ni sordide mais macabre . Les idées morbides ne sont donc pas des idées de mort, mais des idées malsaines . Parmi lesquelles peuvent apparaître éventuellement des idées de mort (mort d'autrui ou suicide), qui sont alors des idées macabres . C'est bien parce que les concessions faites, parfois stoïquement, à l'idée ...

compte bancaire

Cette entente n'est malheureusement pas illicite, mais on jurerait que les grandes banques françaises se sont entendues pour que leur langue commerciale se fasse plus bête qu'elle n'est. Autrefois, le titulaire d'un compte bancaire [couple nom commun et adjectif] avait un numéro de compte [nom et complément de nom correctement formé]. Il a désormais un numéro client (sic) et un compte client (re-sic). Le mot client n'étant pas un adjectif, ces deux formules sont ce qu'on appelle couramment du charabia et savamment une parataxe . Quel que soit le nom qu'on leur donne, ce sont des fautes qui abrutissent le client. Ou le tiennent déjà pour un abruti, un assoifé de flagornerie commerciale auquel il faut rappeler que son compte est celui d'un client (on se doute que ce n'est pas celui d'un étranger à la banque...) et que le numéro qu'on lui demande, on le lui demande en tant que client bien-aimé. Qui cela gêne-t-il ? Ceux qui préfèreraie...

un bien-cuit

"Alexandre Barrette sert un bien-cuit à Ludivine Reding." Les francophones non canadiens ne peuvent que saluer bien bas la détermination des Québécois à parler français contre vents et marées. Aucune faute de français dans le titre ci-dessus, en dépit de son obscurité pour la plupart d'entre nous. Au contraire : un bien-cuit est la francisation de roast , terme désignant une réception donnée en l'honneur d'une personne qui fera l'objet de vacheries bien senties mais dont toute méchanceté sera désamorcées par l'outrance même des attaques. Par exemple, au cours de ce bien-cuit, Alexandre Barrette dit à Ludivine Reding : " Il y a des choses qui ne sont pas belles dans la vie, comme la guerre, le racisme et la manière dont tu fais tes créneaux ." Tandis qu'au Canada les chaînes francophones organisent des bien-cuits , en France elles nous servent des talk shows de prime time que l'on peut se réchauffer en replay . Cherchez l'er...

un adjectif pour internet et ses surfeurs

Ceux qui naviguent sur internet sont appelés internautes . Pour qualifier ce qui se rapporte à la navigation sur internet, La Mission linguistique francophone recommande donc l'usage de l'adjectif internautique . En toute cohérence avec le substantif internaute . Le principe de création de ce néologisme nécessaire se fonde sur le modèle de la série aéronef, aéronaute, aéronautique : internet, internaute, internautique. Exemple : "S a frénésie internautique, de nature purement ludique, nuit à ses études ".  POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI NDE : Cet article remonte à 2010. Comme il est souvent consulté, nous le remettons sur le dessus de la pile. On peut lire aussi, ci-dessous, deux commentaires très intéressants qui prolongent cette proposition terminologique et en évoquent une autre , complémentaire. Miss L.F.

les deux derniers mois, les trois premiers jours, les 48 prochaines heures

La langue française subit depuis l'an 2000 une sévère poussée de désorganisation dans l'emploi des adjectifs dernier, premier, prochain placés au contact d'un nombre. La grande majorité des journalistes, des orateurs politiques et des rédacteurs publicitaires s'obstinent à nous parler des " prochaines 48 heures " ou des " dernières 24 heures ". Entraînant le public dans les fautes qu'ils banalisent, ces professionnels de la langue oublient que le français ne se construit pas comme l'anglais. En français, l'adjectif cardinal ( un, deux, trois, etc ) doit toujours se situer avant l'adjectif qualificatif. Ce n'est pas une option, c'est une obligation. Le français exige que l'on dise : " j'ai trois grands enfants ", et non : " j'ai grands trois enfants ". On ne peut donc en aucun cas dire non plus " les dernières vingt-quatre heures ". Le seul ordre correct de ces mots est : ...

vol, viol, dol, bol et grivèlerie

Le dol , c'est le refus prémédité d'honorer une clause d'un contrat. La similitude d'aspect entre dol , vol et viol est flagrante. mais une autre forme d' extorsion se distingue de ce lot, quant à la forme du mot qui la désigne : le fait de filer sans payer son repas au restaurant s'appelle grivèlerie . Ce terme de grivèlerie est sans parenté notable avec vol, dol, viol . Toutefois certains estimeront que ne pas payer son repas au restaurant, ce n'est pas de la grivèlerie... c'est du bol ! CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•]  

les nouveaux Incroyables

À la fin du dix-huitième siècle, il y eut en France des excentriques des deux sexes qui se plaisaient à ne pas prononcer la consonne R. On les appelait les Incroyables [" Inc'oyables "] et les Merveilleuses [" Me'veilleuses "]. Cette toquade phonétique dura dix ans et passa de mode. La fin du vingtième siècle a vu apparaître de nouveaux Incroyables qui se plaisent, eux, à ne pas prononcer le son Ê en fin de mot [comme à la fin de sifflet ] et le transforment en son É [comme à la fin de sifflé ].(1) Ces partisans de la transformation du son Ê terminal se comptent aujourd'hui par millions [dont un Président de la République, connu pour avoir souvent déclaré " je veux laper dans le monde ", au lieu de " je veux la paix dans le monde "]. À les entendre, leur langue n'est pas le français mais le francé (sic). Ils sont sourds à la musique des voyelles et nous racontent ce qu'ils faisez (sic) au lieu de ce qu'ils faisai...

qualitatif et requalification

A-t-on le droit d'être gêné par l'emploi surabondant de l'adjectif " qualitatif " dans le français courant et les échanges professionnels depuis 2010 ? Oui. Voici pourquoi. Cet adjectif, en vogue sous un sens faux, n'est pas du tout synonyme de " de bonne qualité " et ne convient donc pas dans une formule comme : " nos produits sont très qualitatifs ". L'adjectif qualitatif signifie "concernant la qualité"... bonne ou mauvaise. Porter un jugement qualitatif, c'est porter un jugement sur la qualité ; ce n'est pas un porter un jugement qui impressionne par sa qualité ; ce n'est pas non plus juger que la qualité est bonne. Il est un autre terme impropre, lié à l'idée de qualité, dont les urbanistes et les élus locaux abusent : la " requalification " architecturale ou urbaine, devenue dans leur esprit un synonyme de la notion de rénovation, de réhabilitation. Or, la requalification, en vrai françai...

aliments essentiels

Pour désigner une liste de produits alimentaires de première nécessité proposés à prix modérés, le gouvernement français vient de forger la notion de " panier des essentiels ". On y retrouve deux tics de la préciosité du français médiatique et administratif contemporain : l'abus des métonymies ( panier ) et la substantivation des adjectifs ( les essentiels ). En fait, il s'agit d' aliments essentiels . Mais la formule aliments essentiels disconvient aux précieux d'aujourd'hui à double titre. D'une part l'adjectif ne se substitue pas au mot qu'il qualifie, il lui succède selon notre syntaxe. D'autre part le contenu ( aliments ou produits ou sélection ) n'est pas traduit par son contenant ( panier ). Autrement dit, la langue est simple, claire, directe, intemporelle. Et cela paraît bien fâcheux aux inventeurs d'écrans de fumée communicationnels, spontanément friands de vocables fumeux. NDA : Cette formule que nous critiquions lo...

le ridicule tuera-t-il incessamment sous peu ?

Popularisée, et peut-être inventée, dans les années 1970 par un animateur de radio français nommé Gérard Klein, la formule " incessamment sous peu " visait un effet comique par l'association de deux synonymes en une expression sottement redondante et ampoulée. En effet, comme chacun le savait encore dans les années 1970, les adverbes incessamment et sous peu sont deux exacts synonymes signifiant l'un comme l'autre d'un instant à l'autre , dans peu de temps , avant longtemps , bientôt, très bientôt, rapidement, etc. Il est particulièrement navrant, voire inquiétant, d'entendre un demi-siècle plus tard des professionnels du discours sérieux (pédagogues, politiciens, journalistes, rédactrices et rédacteurs divers) ignorer la synonymie entre incessamment et sous peu , au point de reprendre l'expression comique " incessamment sous peu " avec gravité, en imaginant s'exprimer ainsi de façon raffinée. Dans d'autres métiers...