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Articles

évoluer n'est pas jouer

" L'an prochain, Machin-Truc n'évoluera pas en équipe nationale ". Ce titre de la presse sportive n'a que deux sens dans notre langue, dont ni l'un ni l'autre, hélas, ne correspondent à la pensée du journaliste. Ce joueur de football n'évoluera pas en équipe nationale ? En français cela signifie que Machin-Truc ne fera aucun progrès l'an prochain au sein de l'équipe nationale, que son évolution y sera nulle. Ou bien cela signifie que l'évolution de sa carrière ne le mènera pas en équipe nationale. Mais les amateurs de foot donnent à cela un autre sens qui leur est propre : évoluer est synonyme dans leur esprit de jouer  [au football]. Or, non : évoluer n'est pas jouer ! Violonistes et pianistes restent fiers de jouer de leur instrument. Les footballeurs professionnels et leurs commentateurs, eux, semblent estimer plus valorisant pour un joueur d' évoluer au foot plutôt que d'y jouer . Sans doute espèrent-ils ains...

ambiguïté et ubiquité

Mot d'enfant d'un commentateur sportif radiophonique pourtant adulte, à propos de Machin-Truc, footballeur de son état, pressenti pour jouer à la fois en France et en Espagne :" il n'a pas le don d'ambiguïté ". Contrairement à l'ambiguïté qui ne vous situe nulle part, l' ubiquité est le don d'être partout à la fois. L'étymologie latine en est limpide : ubi signifie où ; de là, ubique, qui signifiait initialement et où, donc là aussi , a fini par prendre en latin le sens de partout . L'ubiquité de la maîtrise approximative de la langue par les professionnels de l'actualité sportive se manifeste au détour de confusions de ce genre... CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•] 

népotisme sans vergogne

Autrefois, certains papes - n'étant pas pères mais ayant la fibre monarchique - avaient tendance à intriguer pour que leur neveu leur succède. Le bénéficiaire de ce favoritisme coupable s'appelait en italien leur nipote (neveu). Le français en a tiré le terme népotisme , qui désigne la conduite des puissants s'employant à réserver des postes enviables à des membres de leur famille. Dimanche soir 25 novembre 2012, vers 19h55 sur France 2, un pape de l'audiovisuel public français achève de présenter sa longue émission dominicale, et rend benoîtement l'antenne en ces termes exacts : " Et maintenant, le journal de Marie Drucker. (sourire) Je t'embrasse, Marie ". S'agissant d'un oncle et de sa nièce, et s'agissant non pas d'une entreprise privée mais d'une entreprise publique, la Mission linguistique francophone relève là un exemple criant de népotisme . Une démonstration de népotisme sans vergogne , c'est-à-dire sans honte (de...

le dadais et la dadette

C'est l'histoire (très courte) d'une présentatrice de l'audiovisuel public qui, sans rire, nous parle d'une " grande dadette ". Moralité : les fautes d'orthographe peuvent s'entendre même quand on n'écrit pas. Et la plus "dadette" des deux n'est peut-être pas celle qu'on croit. En fait, il n'existe pas de féminin pour le mot dadais [ garçon gauche, au maintien embarrassé ], dont l'étymologie serait une onomatopée enfantine. Pour une fois que le vocabulaire n'est péjoratif qu'envers les gars, quelle idée d'en faire profiter les filles ? Écartant donc l'irrecevable "dadette", notre chère présentatrice avait à sa disposition godiche, bécasse, gourde, cruche, nigaude, bringue, etc. Ou, bien sûr, le néologisme " grande dadaise ", si le désir de fournir un peu de compagnie féminine aux grands et malheureux dadais la taraudait. • • • POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE L...

le Cdt n'est pas cordial

En français, les trois lettres Cdt sont l'abréviation du mot Commandant .* Il existe pourtant des correspondants par voie de courriels, nullement titulaires du grade de commandant, qui vous terminent leurs messages par les trois lettres "Cdt". En réalité, ils ignorent les usages épistolaires de base et entendent par là vous saluer  cordialement . Mais ils pourraient aussi bien vous tirer la langue ou vous faire un bras d'honneur. Car si l'on n'est pas cordial au point de prendre la peine d'écrire en toutes lettres une formule de politesse déjà concise à l'extrême (un seul mot !), alors on ne l'est pas du tout. * Tout en capitales, CDT est le sigle des comités départementaux du tourisme. POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

olympisme et sécurité

L'un de nos premiers articles, du 7 avril 2009, remis sur le dessus de la pile, car toujours d'actualité La flamme olympique des Jeux organisés par la Chine traverse difficilement Paris en dépit d'une protection policière considérable. Au pays des Droits de l'homme, il semble que la population ne soit pas en liesse à la vue d'une flamme olympique ternie et si lourdement cuirassée. Selon la presse audiovisuelle qui commente ce parcours, à chaud et en direct, vers 13h15 la flamme a dû être mise "dans un lieu sécurisé" (...) "et le déroulé de l'événement est compromis". En fait, la flamme a été mise en lieu sûr (et non "dans un lieu sécurisé"), et le déroulement ( et non "le déroulé") de l'événement est compromis. Mais cent fois, les commentateurs nous rediront que la flamme est sécurisée, qu'une bulle sécurisée ( ? ) l'entourerait, qu'un bus sécurisé l'abriterait, et qu'il faudrait tout sécuri...

"par contre" est parfaitement correct

Il est tout à fait faux que la locution adverbiale par contre soit grammaticalement incorrecte, comme on l'entend dire aujourd'hui encore. La cabale contre cette expression est ancienne, puisqu'elle est l'œuvre de Voltaire qui fit, on ne sait pas exactement pourquoi, une fixation contre par contre . Il a fallu attendre 1920 pour qu'André Gide s'emploie à contrer définitivement le feu de feu Voltaire en démontrant que non seulement par contre était grammaticalement correct, mais qu'il existait des contextes dans lesquels on ne pouvait pas remplacer par contre par en revanche comme prétendait l'exiger ce bon Voltaire - et comme se croient obligés de le faire ceux qui se laissent piéger par la rumeur discréditant depuis lors l'emploi de " par contre ". • Sur le plan grammatical et syntaxique Par contre est formé sur le modèle de par ailleurs , si l'on considère "contre" comme un adverbe [comme dans : '' seul ...

jeune couple homoparental

" Homoparental " et " homoparentalité " sont des néologismes formés par croisement de grec ( homo ) et de latin ( parent ), ce qui n'est pas recommandé en principe : mieux vaut polychrome (tout grec) et multicolore (tout latin) que polycolore et multichrome qui s'emmêlent les pinceaux. Mais là n'est pas le problème. La Mission linguistique francophone a noté que les néologismes homoparental et homoparentalité étaient employés dans des sens incompatibles avec leur étymologie, donc incohérents avec la langue française. En effet, l'adjectif homoparental est employé aux sens suivants : 1/ constitué de parents homosexuels (couple homoparental) ; 2/ sollicité ou accompli par un couple homosexuel (adoption homoparentale). Le substantif Homoparentalité est employé pour désigner la condition parentale d'un couple homosexuel. Or, le préfixe grec homo signifie de même nature, identique . Il ne signifie pas homosexuel ... Les homo nymes ont le...

une médaille olympique n'est pas une breloque

Cet article publié au terme de Jeux olympiques de 2012 reste d'actualité. Nous le remettons sur le dessus de la pile à l'attention des professionnels du commentaire sportif. La grande fête olympique a rimé, une fois encore, avec grande dé-fête linguistique. Les commentateurs sportifs les plus en vue se sont surpassés dans le dérèglement lexical, syntaxique et phonétique. Ainsi a-t-on pu entendre dire qu'un lutteur avait "bien paradé l'attaque" (sic) de son adversaire (comprenez : "bien paré l'attaque"), et qu'un judoka avait fait preuve de beaucoup de tact (sic) pour arriver en demi-finale (comprenez : beaucoup de sens tactique ). Mais cela ne serait rien sans l'avalanche de termes argotiques que les journalistes sportifs ne perçoivent plus comme tels : les pattes, la tronche, le mec , etc. Summum de cette perte de repères lexicaux et d'incapacité à ajuster le niveau de langue du commentaire sportif : les médailles , si noblemen...

à midi ou ce midi ?

"Ce midi" est une tournure malhabile issue d'une confusion avec • ce soir • ce matin Or soir et matin désignent des portions de journée. Tandis que midi désigne une heure de la journée. Dire "ce midi" revient donc à dire naïvement "ce 12 heures". On s'en abstiendra en disant • à midi . Tout comme on dit exclusivement à minuit et jamais "ce minuit" ; à moins de tomber de sommeil, peut-être.

avoir l'opportunité

L'opportunité n'est pas une bonne occasion qui se présente à nous, c'est le fait d'être opportun. Dans l'expression " avoir l'opportunité de ", la confusion de sens avec célèbre avec le faux ami anglais opportunity a la vie dure depuis une génération déjà, et c'est ce qui la rend agaçante. Ce qui se dit en anglais, to have the opportunity se dit en français " avoir la possibilité " ou " avoir l'occasion ". Toute considération sur l' opportunité est d'un autre ordre, à savoir : est-ce judicieux, est-ce la bonne décision, est-ce le bon moment ? L'opportunité, c'est une appréciation sur ce qu'il y a lieu de faire ou non à un moment donné. Ce n'est pas l'aubaine qui se présente à nous : cela s'appelle une occasion ("j'ai sauté sur l'occasion d'aller au Canada") ou une possibilité ("j'ai eu la possibilité d'aller au Canada"). • J'ai eu la po...