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Articles

devoirs maison et devoirs sur table

Il y a 900 000 professeurs de français dans le monde. Hors de France, ces professeurs veillent jalousement sur la qualité du français qu'ils enseignent. En France aussi, bien entendu, mais avec moins de vaillance si l'on en juge par leur absence de protestation unanime et véhémente contre les "devoirs maison". On s'étonne et s'afflige qu'ils n'aient pas obtenu de leur ministère, de leur hiérarchie administrative ni de leurs collègues en délicatesse avec la langue française la disparition de ce monstre : le devoir maison. À qui n'en verrait ni la monstruosité ni la vanité, on doit rappeler qu'en français, avant cette déraison sémantique, un élève qui faisait ses devoirs les faisait par définition à la maison, pas en salle de classe ni en cours de récréation. Il était donc inutile - et ce l'est toujours - d'ajouter la périssologie "maison". De surcroît, il est affligeant de massacrer la syntaxe en accolant les substantifs ...

les pro-brexit

Le suivisme médiatique a marqué un point décisif : le calamiteux néologisme journalistique britannique Grexit = Greek exit , qui n'aurait jamais dû apparaître dans les gros titres de la presse francophone, s'est imposé dans le discours ambiant sous sa forme anglo-anglaise : Brexit = British exit . Il est vrai que les grands bouleversements politiques à portée historique ont souvent enrichi la langue française par l'apport de termes étrangers qu'elle a adoptés en raison de leur authenticité et de leur capacité à nous transporter dans le contexte international. Après le Diktat , l' Ukaze , l' Anschluß , nous voici équipés du Brexit. La Mission linguistique francophone prend acte de l'entrée fulgurante dans le lexique français, en juin 2016, de cette fusion de syllabes exogène qu'est le "brexit". On note toutefois avec inquiétude que l'adoption de ce jargon atrophié s'opère aux dépens de notre syntaxe. Car le français n'est pa...

on ne renseigne pas un formulaire

RENSEIGNEZ VOTRE NOM. Voilà l'absurdité abyssale qu'on lit désormais dans une multitude de formulaires mal formulés. Au lieu de INDIQUEZ VOTRE NOM.  C'est pourquoi nous remettons sur le dessus de la pile cet article que nous avions publié dès 2010. Il y est rappelé ce que signifie le verbe renseigner, constamment employé à tort au sens de  remplir, fournir, indiquer, etc. " On lit presque partout cette injonction, qui n'est même plus perçue par les moins de 30 ans comme une énormité : " Renseignez le questionnaire ". Et pire : " renseignez votre nom ". Dans le français spontané des francophones que ces énormités n'ont pas encore désorientés, on renseigne des touristes égarés mais on remplit un formulaire (ou une fiche, une case, un questionnaire, etc), et on indique son nom, on donne son nom, on précise son nom. Mais dans la langue dénaturée que pratiquent désormais la plupart des administrations, " renseigner un formulaire ...

agalmatophilie et autres paraphilies

L'attirance sexuelle pour les statues s'appelle agalmatophilie . En nosographie psychiatrique, on parle aussi de pygmalionisme. Mais il est préférable d'employer ce terme uniquement lorsque l' agalmatophilie s'applique à une œuvre dans la création de laquelle le sujet excité à son contact s'est impliqué. Ces attirances sexuelles singulières - parmi lesquelles on trouve aussi le désir de lavements ou de copulation avec des arbres ou des automobiles - sont des  paraphilies . Les poupées gonflables ne sont pas considérées comme des statues, si cela peut vous rassurer. Illustration : un homme politique français irrésistiblement attiré par un buste en bronze de Jean Jaurès. POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE,  CLIQUEZ ICI   Pour prendre directement connaissance des missions de la Mission,  cliquez ici.

louer solidaire

Cherchant à concurrencer les sites de location de particulier à particulier, la mairie de Paris a créé un service municipal spécifique (1). Personne n'a été en mesure de lui trouver un nom en vrai français. La première magistrate de la ville semble avoir jugé préférable d'accélérer l'effondrement de la syntaxe et du vocabulaire en choisissant la dénomination " louez solidaire ", qui viole durablement la grammaire du français. La Fondation Abbé Pierre tombe dans le même travers, sans davantage d'égards pour ce trésor premier des humbles : la langue qu'ils parlent sans bourse délier. On apprend pourtant dès l'école primaire que les verbes (ici le verbe louer à l'impératif) sont qualifiés non par des adjectifs (ici solidaire ) mais par des adverbes. En français, on participe activement , on donne généreusement , on informe charitablement et on agit solidairement . La Mission linguistique francophone invite donc les propriétaires parisiens à ...

cocorico

Il y a vingt ans, la Mission linguistique francophone - encore à l'état de club facétieux qui décochait des courriers moqueurs à l'attention des professionnels de la langue les plus obstinés dans l'erreur - a dressé une liste de mots anglais dont la mauvaise compréhension par les journalistes et traducteurs de l'audiovisuel et du marketing risquait de déborder le seul cadre des fautes de traductions pour se répandre et s'installer massivement dans le français courant. C'est chose faite. Ces mots anglais avaient leur juste équivalent en français, mais des traducteurs négligents ont fini par imposer dans notre langue un terme de la forme la plus ressemblante et non la plus juste. Ainsi, en matière de cinéma, le mot latin studio désigne en français un lieu de prise de vues ou d'enregistrement. Pourtant aujourd'hui, quand on vous parle de " grands studios américains " on évoque en fait " les grandes sociétés de production américaines ...

gêne occasionnée par la RATP ou la SNCF

A juste titre, de nombreux usagers jugent horripilante la formule apparue au début du XXIe siècle : " veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée ". Inventée par la RATP, la " gêne occasionnée " a fait tache d'huile dans pas mal de cerveaux, au point de s'y imposer comme un nouveau cliché : un cercle vicieux, une fausse joie, un panier percé, une gêne occasionnée . Apparemment anodine et pleine de sollicitude, la formule " veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée " offense non seulement la langue mais la logique et la morale. En voici la démonstration. Sur le plan linguistique et logique, on déplorera dans " la gêne occasionnée " deux choses qui vont de pair :  1• un abus de précision voisin du pléonasme, appelé périssologie : toute gêne est occasionnée, inutile de le préciser ; 2• l'absence d'un complément d'agent ou d'objet : occasionnée par qui, par quoi, à qui ? Si la précision par qui, par quoi...

candidater

Dérivé du mot candidat  par un chemin paresseux, le verbe " candidater " (sic) est un barbarisme. Son emploi - c'est le cas de le dire - n'est pas opportun. Pas davantage que ne le serait le recours au même raccourci menant à un verbe "lumièrer" au lieu d' éclairer  ou "propreter" au lieu de nettoyer ... À dire vrai, est-on digne de la fonction à laquelle on se porte candidat quand on ne se montre pas apte à faire l'effort infime d'aller chercher sur le bout de sa propre langue le verbe approprié ( postuler )  ou l'expression juste ? À savoir : être candidat, se porter candidat, présenter sa candidature, faire acte de candidature, solliciter un poste, briguer une distinction, etc. Que dire des recruteurs qui précisent aux candidats qu'ils devront faire preuve d'excellentes capacités rédactionnelles, puis leur demandent de "candidater", indiquant ainsi que des qualités rédactionnelles authentiques ne sauront ...

on ne tire pas les conséquences

" Il faut en tirer les conséquences " ne veut rien dire (*) : ce n'est qu'un nœud dans la langue de bois. On tire le diable par la queue, on tire une histoire par les cheveux, mais on ne tire pas des conséquences, on tire des conclusions . On peut aussi tirer des leçons ou des enseignements . Tandis que les conséquences, on les assume . Éventuellement après les avoir mesurées (" mesurez-vous les conséquences de vos actes ?"). Le monde politique francophone fourmille pourtant d'orateurs haut placés qui "tirent des conséquences" (sic) à tout propos ou exigent que d'autres s'en chargent, par amalgame entre deux expressions justes : tirer des conclusions et assumer des conséquences . Cette confusion est à rapprocher du cafouillage " loin s'en faut " (sic), lui aussi vide de sens et qui résulte également de l'incorrecte hybridation de deux expressions correctes : loin de là et il s'en faut de beaucoup . (*) ...

métier n'est pas un adjectif

Le site officiel du ministère de l'Intérieur français a annoncé simultanément un bonne et une mauvaise nouvelle, et l'a fait en ces termes, extraits d'une offre d'emploi : "intégrer une direction qui comporte une grande diversité de domaines « métier » avec de hauts niveaux d’expertise, c'est l'opportunité que vous propose [le] ministère de l'intérieur." Cherchant à se libérer de l'obligation de trouver le mot juste, on remarque que le rédacteur de l'annonce du ministère, gêné par sa propre carence, s'est senti obligé d'entourer " métier " de guillemets, comme si cela gommait ou atténuait la faute de français. Détrompons-le charitablement : 1°/ non, "métier" n'est pas un adjectif qualificatif ; 2°/ non, un mot au singulier ne peut pas qualifier un mot au pluriel (ici, le nom commun  domaines ) ; 3°/ non, les guillemets ne gomment pas les fautes, ils les enjolivent à peine. Il n'est donc pas perm...

à propos du dû

Un ancien président de grande association de cadres prend la plume dans son blogue pour demander la démission d'une ministre du travail française qui vient de choquer ses concitoyens par son ignorance patente de la législation la plus fondamentale en matière de contrats de travail précaires. Cet excellent homme est fâché contre la ministre, et il y a sans doute lieu de l'être, mais il est aussi fâché avec l'accent circonflexe puisqu'il l'omet quand il en faut un et qu'il l'ajoute où il n'y en a pas. Ainsi évoque-t-il "le respect qui lui est du" au lieu du respect qui lui est dû , puis une "côte de popularité" au lieu d'une cote de popularité . A force de ne plus prononcer correctement les sons voyelles selon la présence ou l'absence d'un accent circonflexe (1), un nombre croissant de professionnels de la communication s'égarent à confondre la tâche qu'ils accomplissent avec la tache que leur ignorance de la ...