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listing, naming, pressing

Académie française (12 juillet 2016) : " On rappellera qu’appeler listing une liste n’améliore en rien la qualité ou la valeur de cette dernière, sauf à penser que l’emploi d’anglicismes, fussent-ils de mauvais aloi, est une marque de modernité . " Et toc. Il en va de même pour le ridicule bedding , cher à quelques professionnels de l'ameublement et du snobisme, qui désignent ainsi la literie . Même pichenette pour se débarrasser du grotesque naming , jargon riche en poudre aux yeux et empoisonnée par une anglomanie de carnaval, supposé exprimer l'action de donner un nom ou d'inventer un nom avec beaucoup de flair commercial. Ce qui s'appelle en français la dénomination , l' appellation ou la création de marque . Enfin, même coup pied au derrière des commentateurs sportifs adeptes de l'inepte pressing , qu'ils croient voir exercé par une équipe affrontant une autre. Il s'agit peu probablement de blanchisserie et sans doute d'exerce...

note sur les memos et les focus

La Mission linguistique francophone [M•L•F•] ne manifeste aucune aversion pour la langue anglaise, bien au contraire. C'est ce qui la distingue d'autres organisations dites " de défense de la langue française ". Dans sa tâche permanente d'observation des coups portés à la langue française par les professionnels francophones de la communication, la M•L•F• ne s'emploie qu'à dépister les atteintes morbides (1) au vocabulaire et à la syntaxe de notre langue, celles qui lui occasionnent des pertes de sens, de substance ou de cohérence : lorsque le vocabulaire ou la syntaxe d'une autre langue font insidieusement irruption dans la nôtre, par ignorance, par incompétence, par snobisme, par suivisme, par corporatisme parfois, et non par choix créatif ou stylistique. La Mission linguistique francophone ne s'autorise à émettre aucune objection à la libre anglophilie, voire anglomanie, de certains auteurs ou locuteurs francophones. Elle ne mène ni ce ...

attention : hotte tonsion

Pendant que des êtres humains décident de se montrer aptes à concevoir et bâtir un édifice de mille mètres de haut, à la fois sûr et élégant ( illustration ci-contre : le pied de ce futur immeuble à Jeddah, par Adrian Smith et Gordon Gill architectes à Chicago), d'autres humains cultivés décident qu'il est au-dessus de leurs forces et de leurs compétences de prononcer proprement la langue qu'ils font profession de prononcer. C'est cette disparité de hauteur de vues qui ne cesse de nous intriguer. Tout comme nous intrigue le maintien à leur poste de ces innombrables journalistes de la presse parlée francophone qui ne parviennent rigoureusement pas à se montrer rigoureux dans leur parler. Que la grammaire soit retorse ? Admettons. Que le vocabulaire soit foisonnant et donc propice aux fourvoiements ? Admettons encore. Mais que la confusion entre les phonèmes (les sons) de la langue française soit une fatalité professionnelle, non. Un journaliste de ra...

Hop ! En marche ! Debout !

Incorporer un signe de ponctuation à un nom propre est une idée à demi heureuse seulement, apparue dans le secteur de la publicité au cours des années 1970. Plusieurs mouvements politiques et diverses marques ont récemment eu recours au point d'exclamation pour s'inventer une appellation. Dans le secteur des transports, c'est Hop !, nouvelle marque d'Air France. Dans le monde politique, ce sont Debout la France ! et En marche ! Il n'y a là aucune maltraitance de notre langue. Mais la décision d'inscrire un point d'exclamation dans les noms d'institutions ou d'entreprises ne présage rien de bon. Outre le suivisme que cela dénote, on peut en effet se demander si les garants de notre liberté, ceux qui briguent du pouvoir ou en détiennent déjà, font un choix judicieux en se donnant pour dénomination une injonction. "Une injonction ? Mais non ! Une exhortation - diront certains - une simple et joyeuse exhortation." Si l'onomatopée H...

métier et clientèle

La Mission linguistique francophone constate depuis dix ans la progression dans les jargons professionnels de la double faute constituée par l'emploi d'un substantif désaccordé à la place d'un adjectif accordé. Ainsi le substantif "métier" désaccordé (" domaines métier ", "activités métier", "compétence métiers") est-il de plus en plus fréquemment employé à la place de l'adjectif "professionnel" correctement accordé ("domaines professionnels", "activités professionnelles", "compétence professionnelle") . Des entreprises revendiquent même dans leur organigramme l'existence d'un directeur métiers - personnage à la mission énigmatique. Pour constater de vos propres yeux cette étrangeté, cliquez ici . C'est l'un des symptômes d'une paresse linguistique caractéristique du début du XXIe siècle : quand l'adjectif et le substantif n'ont pas une parenté d'a...

devoirs maison et devoirs sur table

Il y a 900 000 professeurs de français dans le monde. Hors de France, ces professeurs veillent jalousement sur la qualité du français qu'ils enseignent. En France aussi, bien entendu, mais avec moins de vaillance si l'on en juge par leur absence de protestation unanime et véhémente contre les "devoirs maison". On s'étonne et s'afflige qu'ils n'aient pas obtenu de leur ministère, de leur hiérarchie administrative ni de leurs collègues en délicatesse avec la langue française la disparition de ce monstre : le devoir maison. À qui n'en verrait ni la monstruosité ni la vanité, on doit rappeler qu'en français, avant cette déraison sémantique, un élève qui faisait ses devoirs les faisait par définition à la maison, pas en salle de classe ni en cours de récréation. Il était donc inutile - et ce l'est toujours - d'ajouter la périssologie "maison". De surcroît, il est affligeant de massacrer la syntaxe en accolant les substantifs ...

les pro-brexit

Le suivisme médiatique a marqué un point décisif : le calamiteux néologisme journalistique britannique Grexit = Greek exit , qui n'aurait jamais dû apparaître dans les gros titres de la presse francophone, s'est imposé dans le discours ambiant sous sa forme anglo-anglaise : Brexit = British exit . Il est vrai que les grands bouleversements politiques à portée historique ont souvent enrichi la langue française par l'apport de termes étrangers qu'elle a adoptés en raison de leur authenticité et de leur capacité à nous transporter dans le contexte international. Après le Diktat , l' Ukaze , l' Anschluß , nous voici équipés du Brexit. La Mission linguistique francophone prend acte de l'entrée fulgurante dans le lexique français, en juin 2016, de cette fusion de syllabes exogène qu'est le "brexit". On note toutefois avec inquiétude que l'adoption de ce jargon atrophié s'opère aux dépens de notre syntaxe. Car le français n'est pa...

agalmatophilie et autres paraphilies

L'attirance sexuelle pour les statues s'appelle agalmatophilie . En nosographie psychiatrique, on parle aussi de pygmalionisme. Mais il est préférable d'employer ce terme uniquement lorsque l' agalmatophilie s'applique à une œuvre dans la création de laquelle le sujet excité à son contact s'est impliqué. Ces attirances sexuelles singulières - parmi lesquelles on trouve aussi le désir de lavements ou de copulation avec des arbres ou des automobiles - sont des  paraphilies . Les poupées gonflables ne sont pas considérées comme des statues, si cela peut vous rassurer. Illustration : un homme politique français irrésistiblement attiré par un buste en bronze de Jean Jaurès. POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE,  CLIQUEZ ICI   Pour prendre directement connaissance des missions de la Mission,  cliquez ici.

louer solidaire

Cherchant à concurrencer les sites de location de particulier à particulier, la mairie de Paris a créé un service municipal spécifique (1). Personne n'a été en mesure de lui trouver un nom en vrai français. La première magistrate de la ville semble avoir jugé préférable d'accélérer l'effondrement de la syntaxe et du vocabulaire en choisissant la dénomination " louez solidaire ", qui viole durablement la grammaire du français. La Fondation Abbé Pierre tombe dans le même travers, sans davantage d'égards pour ce trésor premier des humbles : la langue qu'ils parlent sans bourse délier. On apprend pourtant dès l'école primaire que les verbes (ici le verbe louer à l'impératif) sont qualifiés non par des adjectifs (ici solidaire ) mais par des adverbes. En français, on participe activement , on donne généreusement , on informe charitablement et on agit solidairement . La Mission linguistique francophone invite donc les propriétaires parisiens à ...

cocorico

Il y a vingt ans, la Mission linguistique francophone - encore à l'état de club facétieux qui décochait des courriers moqueurs à l'attention des professionnels de la langue les plus obstinés dans l'erreur - a dressé une liste de mots anglais dont la mauvaise compréhension par les journalistes et traducteurs de l'audiovisuel et du marketing risquait de déborder le seul cadre des fautes de traductions pour se répandre et s'installer massivement dans le français courant. C'est chose faite. Ces mots anglais avaient leur juste équivalent en français, mais des traducteurs négligents ont fini par imposer dans notre langue un terme de la forme la plus ressemblante et non la plus juste. Ainsi, en matière de cinéma, le mot latin studio désigne en français un lieu de prise de vues ou d'enregistrement. Pourtant aujourd'hui, quand on vous parle de " grands studios américains " on évoque en fait " les grandes sociétés de production américaines ...

gêne occasionnée par la RATP ou la SNCF

A juste titre, de nombreux usagers jugent horripilante la formule apparue au début du XXIe siècle : " veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée ". Inventée par la RATP, la " gêne occasionnée " a fait tache d'huile dans pas mal de cerveaux, au point de s'y imposer comme un nouveau cliché : un cercle vicieux, une fausse joie, un panier percé, une gêne occasionnée . Apparemment anodine et pleine de sollicitude, la formule " veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée " offense non seulement la langue mais la logique et la morale. En voici la démonstration. Sur le plan linguistique et logique, on déplorera dans " la gêne occasionnée " deux choses qui vont de pair :  1• un abus de précision voisin du pléonasme, appelé périssologie : toute gêne est occasionnée, inutile de le préciser ; 2• l'absence d'un complément d'agent ou d'objet : occasionnée par qui, par quoi, à qui ? Si la précision par qui, par quoi...