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Articles

éco-lettre éco-ouverte à des éco-responsables fiers de leurs éco-hameaux

Les observateurs et commentateurs de la Mission linguistique francophone vous prient de pardonner leur coup de gueule unanime ci-après, mais trop c'est trop, comme dit la tautologie populaire. Le vent, non pas de folie, mais de profonde imbécilité sémantique qui souffle à nos oreilles des éco-naiseries et des éco-lapalissades ininterrompues souffle maintenant jusque dans les hameaux de nos campagnes, que voici rebaptisés, sans rire et par des esprits malades de suivisme technocratique, des " éco-hameaux ". Il semble que la traduction de "éco-hameau" en vrai français encore sain d'esprit, soit hameau écologique . Inventer le "hameau écologique", c'est-à-dire le hameau en prise avec la nature environnante et féru de voisinage de proximité, c'est se qui s'appelle inventer l'eau froide, non  ? En Auvergne, par exemple, " l'éco-hameau " (sic) de Bertignat [Puy-de-Dôme] se caractériserait, selon le Palmarès des jeun...

l'avenir est passé (de mode)

Le contraire du passé, en français, c'est l'avenir . Mais une langue vivante est vulnérable par nature. Et certains de ses mots les plus nécessaires peuvent mourir sous les coups de l'ignorance. Dès le début des années 1990, la Mission linguistique francophone constatait qu'une forte majorité de professionnels de la langue française (journalistes, publicitaires, dialoguistes) ignorait l'existence de l' avenir , et notamment du proche avenir , obstinément appelé " le futur proche ", sous l'influence de mauvaises traductions de l'anglais [en anglais, l'avenir se dit " the future " ; et " dans un proche avenir " se dit " in the near future "]. Rien n'ayant été fait pour remédier à la diffusion omnidirectionnelle de cette bévue, les moins de 25 ans ont été soumis toute leur vie à l'idée que le contraire du passé était le futur. Ils s'étonnent qu'on s'étonne de cette méprise anglomane. Car p...

cheffe ou chef de service ?

" Un véritable barbarisme ", voilà l'arrêt de mort qu'a signé l' Académie française [dès 2002 , avec confirmation en 2014 ] contre la féminisation inepte de chef en cheffe . La respectable assemblée rappelle qu'il importe peu que telle ou tel ministre ponde une circulaire prônant l'adoption d'un barbarisme comme " cheffe de service "ou " proviseure ", car nul gouvernement n'est habilité à décider de ce qui constitue le bon usage de la langue française. La Mission linguistique francophone ajoute à cette mise au point sa propre démonstration : la féminisation de chef par cheffe n'a, en tout état de cause (reconnaissance de l'autorité des académiciens ou non), ni légitimité ni pertinence, puisque la désinence -effe n'est aucunement le propre du féminin comme en atteste le greffe du tribunal. Réciproquement, la désinence -ef n'est nullement d'une insupportable masculinité , comme en atteste l'existen...

initier, générer, impacter

Le verbe initier n'a qu'un seul sens correct en français : procéder à une initiation, à un rite initiatique ; tous les autres sens qu'on lui donne depuis vingt ans sont faux, tels ceux dont la formulation correcte est en réalité : prendre une initiative , être l'initiateur de , être à l'origine de ou lancer une action. Le verbe générer n'a qu'un seul sens correct en français, dans diverses acceptions essentiellement scientifiques : une fonction génère une courbe . Tous les autres sens sont faux ou approximatifs, sous l'influence envahissante de mauvaises traductions de l'anglais to generate , verbe signifiant : engendrer , causer, créer, susciter, produire ; et très rarement générer . Ainsi, en français, une mauvaise nouvelle suscite ou cause de l'inquiétude, elle n'en "génère" pas. Le verbe " impacter " est un anglicisme et un barbarisme. Il n'a aucun sens correct en français. "À côté des verbes i...

prejudice ou préjudice ?

L'un des faux amis les plus trompeurs entre le français et l'anglais est le mot prejudice (anglais, sans accent aigu) ou préjudice (français). En anglais, your prejudice , ce sont vos préjugés . Ce sont souvent eux qui porteront préjudice et non l'inverse ! On notera que l'anglais prejudice est invariable : prejudice, ce sont les préjugés. De même, le verbe to prejudice ne signifie pas porter préjudice . Le 16 mars 2017, l' AFP s'est engouffrée dans ce piège et a entraîné tous les médias francophones d'Europe à sa suite. Au sujet d'un décret présidentiel repoussé, la veille aux USA par un magistrat hawaïen, on nous a répété que ce décret avait été reconnu susceptible de causer " un préjudice irréparable ", alors qu'il a été déclaré de nature à inscrire des préjugés (religieux, en la circonstance) de façon irrémédiable dans la législation américaine.

"être vent debout" : sens et contresens

Vent de bout est un terme de navigation à voile indiquant qu'un bateau se trouve exactement face au vent et n'avance donc plus. Qu'il est privé de vitesse et de possibilité de manœuvre, toutes voiles dégonflées, inerte. C'est donc dans un sens faux que cette expression est devenue insidieusement un tic de la langue médiatique et politique, une dizaine d'années après l'an 2000. Lorsqu'un orateur politique nous annonce aujourd'hui que ses partisans sont " vent debout contre " telle ou telle réforme, il s'imagine nous annoncer qu'ils s'y opposent avec vigueur, comme redoutablement campés sur leurs deux jambes dans un vent funeste. Mais il dit exactement le contraire : il nous apprend qu'ils sont réduits à l'impuissance et immobiles dans une mer qui s'agite sans eux... Ce n'est pas une lourde impropriété de terme, juste une petite erreur de cap sémantique. Car à 15° près dans la rose des vents, ces opposants pourr...

donneurs d'ordres et commanditaires

Le " donneur d'ordres " est une expression employée à mauvais escient dans le jargon des affaires pour désigner le client, et plus exactement le commanditaire : celui qui passe commande d'un bien ou d'un service. Et non celui qui donne des ordres sous prétexte qu'il a de l'argent... Voici d'où vient la méprise. Le mot anglais order signifie ordre , à tous les sens du terme français : l'ordre ordonné ( remettre en ordre, mettre de l'ordre dans ses affaires ), ou l'ordre ordonnant ( donner des ordres, être aux ordres de quelqu'un ). Mais l'anglais order doit parfois se traduire par portion ( une portion de frites ), car le verbe to order signifie aussi commander, passer commande ; or une portion de frites est comprise par la langue anglaise comme une commande de frites , c'est-à-dire comme l' ordre donné et reçu de servir une certaine quantité de frites. Le mot anglais order est donc en partie un faux ami. À ce...

pour que + forme négative

À titre exceptionnel, nous ne nous lancerons pas dans de grandes ni petites explications, car la délit est flagrant et se passe de décorticage : le désordre de mots aboutissant à l'informe " pour ne pas que " est une faute de construction effondrante, au sens propre : elle fait s'effondrer toute phrase. "Pour que (+) tu viennes" donne naturellement à la forme négative "Pour que (+) tu ne viennes pas". C'est clair, net et précis.

être en possession de

" Depuis son arrivée à Beyrouth, des questions se posent notamment sur le fait qu'il ait pu voyager alors que ses passeports étaient en possession de ses avocats japonais ." (BFMTV, LCI) Les rédacteurs de presse se divisent ici en deux catégories : ceux qui savent manier l'expression " être en possession de " et ceux qui seraient bien avisés de s'en abstenir si c'est pour écrire une telle ineptie. Ce ne sont pas les passeports qui possèdent les avocats japonais mais l'inverse : les avocats sont en possession des passeports de leur client - qui a manifestement pu s'en passer pour aller de port en port. Heureusement, tout le monde ou presque est en mesure de rétablir la juste information et le bon ordre des termes. Mais pourquoi les rédacteurs n'en furent-ils pas capables eux-mêmes et pourquoi leurs vérificateurs (secrétaires de rédaction, rédacteurs en chef) laissent-ils filtrer régulièrement cette inversion ? Dans un ouvrage ...

halte à la confusion entre "vous" et "je"

Combien d'années d'études brillantes et d'examens difficiles, combien de prodiges d'arrivisme il faut avoir réussis pour se retrouver président ou directeur général d'institution du service public ! On s'étonne d'autant plus des égarements grammaticaux et sémantiques les plus ineptes qui sont avalisés par ces gens admirables, dans les messages émis par les organismes dont ils ont obtenu la responsabilité. L'un de ces égarements connaît une vogue sournoise dont attestent, par exemple, les messages émis par d'innombrables sociétés de service public de premier plan comme la RATP ou les offices de gestion des logements à loyers modérés des villes de Caen, de Paris ou des départements du Rhône ou du Tarn. Les unes comme les autres se sont dotées de dirigeants et de communicants affectant de croire que le pronom personnel convenable pour s'adresser à quelqu'un n'est ni tu (singulier de proximité) ni vous (pluriel de nombre ou de politess...

bleu cocu

Aujourd'hui, l'infidélité est jaune. Jaune cocu. Sous Louis XI, en France, elle était bleue : " les bleu-vêtus ", c'étaient les maris trompés. La langue évolue avec liberté, la condition humaine se perpétue avec libertinage... Mais quand un évènement devient un événementiel (sic), et quand de bonnes relations deviennent un bon relationnel (sic), la langue évolue-t-elle ou se dénature-t-elle ? La réponse est dans la question : ici la nature des mots s'altère. Les adjectifs dérivés des substantifs évincent les substantifs eux-mêmes. Ils les font cocus. Sans liberté ni libertinage, hélas, mais dans une vaniteuse surcharge de syllabes. CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE