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Articles

écoquartier ou éco-quartier ?

" É coquartier est un terme abominable. C'est un slogan politique approximatif adossé (...) à beaucoup de cynisme. "   Ce jugement sans appel est celui de l'architecte Rudy Ricciotti**. C'est aussi le nôtre. Rien ne justifie le culte idolâtre organisé dans les métiers du bâtiment et les conseils municipaux autour de ce néologisme de politique locale, si ce n'est le suivisme le moins réfléchi ou l' opportunisme affairiste le plus courtisan. Hélas, les pouvoirs publics voient autrement les choses puisqu'ils distribuent à tours de bras au nom du peuple français le vain " label ÉcoQuartier ", censé attester d'une vertu environnementale ineffable selon les uns, mesurable selon les autres, favorisant pêle-mêle les économies de gazole et " le vivre ensemble " (sic). ÉcoQuartier . Terme mal bâti censé encenser les bâtisseurs. Tout un programme... Ce jargon est suffisamment affligeant en lui-même, suffisamment contraire à l...

pour la survie de pour

Au vingt-et-unième siècle, chacun constate que l'anatomie des tournures administratives françaises n'obéit plus aux lois de la nature de notre langue. Dans cet esprit, la disparition de la préposition pour semble avoir été décrétée par diverses administrations, sans que les usagers de la langue française aient eu leur mot à dire et sans que l'Académie française l'ait entérinée. Ainsi la Ville de Paris, par la voix de sa régie immobilière, annonçait-elle en 2011 l'ouverture d'une " nouvelle résidence jeunes travailleurs ". On pourrait penser qu'il s'agit d'une coquille. Que nenni. Cette " résidence jeune travailleurs " (comprenez résidence  pour jeunes travailleurs ) vient rejoindre les " résidence chercheurs " ( résidences pour chercheurs ) et les " logements étudiants " (des logements pour étudiants ou d' étudiants ) qui pullulent dans les cartons des architectes depuis l'an 2000. Comme si...

développer ou dépister une maladie

S'il est observateur et si son mal est d'apparition lente, le patient peut le voir se développer en lui. Mais une personne ne "développe" pas une maladie. C'est la maladie qui se développe en elle ! Médecins et commentateurs, chassez de votre discours ce lourd contresens, cette inversion entre sujet et complément qui infeste la langue médicale médiatique. Car en français, le patient  souffre  d'une maladie, la  contracte , en  est atteint . Familièrement, il a pu l' attraper   si elle passait par là et s'est transmise par contagion. On entend aussi dire que des personnes doivent se faire dépister . Hou là là, comme c'est méchant ! Ou comme c'est ignorant du sens des mots. Car on dépiste un mal, et non la personne qui est susceptible d'en être atteinte. POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE,  CLIQUEZ ICI

tuer père et mère

Parce qu'ils croient savoir qu'un parricide tue exclusivement son père, les échotiers de France et de Navarre viennent d'exhumer le mot matricide pour relater le meurtre commis par une adolescente sur la personne de sa mère. En fait, le parricide tue un ascendant, qu'il soit père, mère, aïeul ou aïeule. Ce n'est pas un patricide , terme qui désigne exclusivement le meurtrier de son père. Ou le meurtre du père. En effet, les termes parricide, patricide et matricide présentent tous la caractéristique rarissime de désigner aussi bien le crime que l'auteur du crime. Tandis que l'assassin commet un assassinat, tandis que le violeur commet un viol, l'escroc une escroquerie, le parricide commet un parricide. Et comment appelle-t-on le parricide qui a tué son père et sa mère ? Si l'on nous permet une touche d'humour sur un sujet aussi noir, c'est assurément du même coup un orphelin . CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SI...

mur de son et mur du son

À l'occasion du décès en prison à 81 ans de Phil Spector, ingénieur du son fameux, condamné à perpétuité pour le meurtre de sa compagne par arme à feu à bout portant, la presse française titre inlassablement sur la mort de l'inventeur du mur du son . Ben tiens... Phil Spector a en réalité conçu un style d'arrangements et de mixage très fourni qu'on a appelé en anglais Wall of sound . Mur de son , donc. Et non mur du son - qui se dit sonic boom .

grosso modo, grosso merdo

Popularisée au début des années 1970 dans la bouche d'un humoriste radiophonique raillant une mauvais maîtrise du français doublée de la prétention de le parler admirablement, la formule " incessamment sous peu " accumulait deux adverbes ayant strictement le même sens : " sous peu " et " incessamment ". Ce qui reviendrait à dire " fréquemment souvent " ou " gentiment par gentillesse ". Forgée avec l'intention de faire sourire par son ridicule, cette bourde a fini par être prise au sérieux, et trouve depuis pas mal d'années sa place dans des propos qui se veulent respectables. Il commence à en aller de même pour la déformation ordurière et humoristique grosso merdo , dérivée de grosso modo . Elle surgit répétitivement, et sans aucune mine amusée, dans des conversations de travail au cours desquelles personne ne se permet pourtant de dire " c'est un résultat de merdre " au lieu de " c'est un mauvais...

motif utile ou motif futile ?

Certains s'interrogent sur l'utilité de prononcer clairement en français les consonnes redoublées : i mm obile, i mm ense, i mm ature, i mm oral, a ll usion, i ll ogique, etc. Si un professionnel de la parole dit " i-mobile " ou " i-mense " au lieu de [ im-mobile ] ou [ im-mense ], tout le monde le comprendra. De même pour les "fautes d'orthographe sonores" suivantes : ilogique, imature, alusion, imoral , etc. Soumis à ces imprécisions phonétiques dans les médias parlés, nombre de locuteurs francophones perdent graduellement l'habitude de redoubler les consonnes, préférant l'économie d'effort articulatoire à la clarté de leur diction. Cette habitude de paresse s'étend à la prononciation de deux sons consonnes identiques qui ne sont pas au cœur d'un mot, mais se répètent en fin et en début de mots : baobaB Brûlé , par exemple. Certes, il est rare de parler de baoba b b rûlé, de cla m m agnifique, de la c c linquant, ou d...

controverse contre versus

Dans un contexte de type " David contre Goliath ", on note une tendance récente [postérieure à l'an 2000] de la publicité et des médias francophones à remplacer le mot français contre par l'abréviation américaine " vs " [prononcée versus ]. Cette abréviation a été créée par les anglophones pour exprimer le mot latin versus , lequel signifie en anglais contre. Mais, contrairement aux termes latins sternum ou lavabo , la préposition latine versus ne fait pas partie du vocabulaire français. Sous des dehors de latinisme chic, c'est un anglicisme banal et frimeur, qui coûte deux syllabes au lieu d'une, et détrône donc sans nécessité la préposition contre dont l'emploi restera préférable aussi longtemps que l'anglais et le français ne seront pas devenus une seule et même langue, et que ni le snobisme ni le suivisme ne seront devenus des vertus. POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE, CLIQUEZ ICI

un prix n'est pas cher

Certains voudront s'offrir ce camping-car plaqué or mais renonceront, estimant que " son prix est trop cher ". Non : un prix cher , ça n'existe pas. Un prix est élevé , mais un prix n'est pas " cher ". C'est l'objet qui est cher ou non, selon son prix et vos moyens. Amis francophones, ça ne nous vous coûte rien d'en prendre bonne note... POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI  

provincial ou non

Qui habitait en province s'appelait un provincial . Aujourd'hui, en France contrairement à ce qui se constate ailleurs dans le monde francophone, l'adjectif provincial ne conserve plus que son acception péjorative : est provincial ce qui fait preuve d'une absence d'envergure nationale ou internationale, ce qui manque du bon goût parisien ou de la vitalité culturelle cosmopolite. De fait, les Français ne veulent plus être de province et ne disent donc plus qu'ils habitent en province mais en région . Cependant, l'adjectif régional n'est pas encore employé pour qualifier une personne vivant en région (donc en province), ni vivant selon des mœurs régionales (donc provinciales). On ne dit pas " Quel régional, celui-l à !" comme on eut dit " quel provincial !". Cette carence du vocabulaire usuel contemporain de France oblige les orateurs professionnels à des périphrases : en l'absence de connotation hautaine et moqueuse, tout p...

battre son plein : la célèbre erreur de Littré

Subjugués par le prestige du lexicographe Émile Littré, les académiciens français se sont jadis inclinés devant une erreur de jugement qui avait rendu ce savant homme sourd au son limpide qui se fait entendre dans l'expression populaire " battre son plein ". Dans cette formule, les uns estimaient qu'il s'agissait du son des tambours battants. D'autres y entendaient le son des cloches (dont la partie mobile les faisant tinter s'appelle en effet le battant ). D'autres encore, férus de navigation maritime, ont estimé qu'il s'agissait du son de la mer. Et c'est judicieux aussi : un son parfois faible comme un murmure dans le vent, parfois plein comme l'est un roulement de tambour battant. Optant pour cette dernière signification, Littré voulut mettre un terme à une autre controverse qui battit son plein vers 1850. Effort louable. Si ce n'est qu'il se rangea bien à tort du côté des tenants d'une rupture logique et narrative : es...