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Articles

l'envie frénétique de parler une langue inepte

Une entreprise industrielle du Haut-Rhin [France] convie les professionnels de son secteur à découvrir ses " nouveautés produits ". Le marketing n'excuse pas tout. Quand on se souvient combien les Alsaciens ont ardemment souhaité demeurer français, on s'étonne que la société B*** agresse aussi cruellement la langue française. Petit rappel : en français, on dit " les nouveaux produits " et non " les nouveautés produits ". Si B*** nous vantait ses " nouveautés produit es ", on supposerait qu'il s'agit des nouveautés qu'elle a produites... Mais les " nouveautés produits ", on suppose qu'il s'agit d'une folle perte de repères grammaticaux, par la faute de laquelle le nom " produits " devient un qualificatif (masculin) du nom " nouveautés " (féminin). L'entreprise B*** et toutes celles qui jargonnent de la sorte seront bien inspirées de rectifier leurs messages publicitaires pour...

le vyomanaute est sur orbite

Le mot vyomanaute désignerait un astronaute originaire d'Inde ou navigant à bord d'un vaisseau spatial indien. Avec une bonne dose d'inauthenticité, son étymologie mêle le sanskrit व्योम vyoma (ciel) et le latin nautes (marin). Au même titre que le terme " taïkonaute ", l'usage de ce néologisme ébouriffant est à réserver aux professionnels du commentaire spatial qui ont perdu le sens commun.  Ceux qui jonglent, selon les fusées, avec les cosmonautes, spationautes, astronautes, taïkonautes, coréonautes ou vyomanautes, et ne perçoivent pas l'absurdité de prétendre imposer à la langue française la complication inouïe de désigner une même activité professionnelle par un nom différent selon la nationalité de qui exerce la profession ou pratique l'activité. On plane dans une incohérence intersidérale. Un skieur, une infirmière ou un pâtissier changent-ils de désignation selon leur pays d'origine ? Aux tenants du terme " vyomanaute...

course contre la montre

Joliment trouvée, l'expression " course contre la montre " s'est imposée pour désigner une épreuve sportive chronométrée dans laquelle les concurrents prennent le départ successivement et non simultanément, sans possibilité de caler leur rythme sur celui d'un voisin d'effort. En corps à corps, ils ont le temps pour adversaire. Dans l'idée de courir contre la montre , peu à peu, dans la langue médiatique puis courante, seule la partie adverbiale "contre la montre" a été conservée : les étapes du Tour de France courues contre la montre sont devenues des contre-la-montre . Pourquoi pas. Ce qui est ici discordant, c'est d'avoir ensuite opté sans réfléchir pour l'article masculin : " un contre-la-montre" , alors que le substantif sous-entendu est toujours un neutre de forme féminine : une étape, une course, une épreuve, une compétition , donc une contre-la-montre . Quitte à s'économiser une infime syllabe d'effor...

multi-accueil dé-taché contre multiaccueil attaché

En français, on écrit  téléphone  et non  télé-phone  ;  détenu  et non  dé-tenu ; préambule et non pré-ambule ; intercommunal et non inter-communal , etc. En français, est intempestive la présence d'un trait d'union entre le radical et le préfixe d'un mot  non  composé, comme s'il s'agissait au contraire d'un mot composé tel que  pique-assiette  ou  fouille-merde . Or,  multiaccueil,  multimédia,   multiplication ou microcrèche   ne sont pas des mots composés mais des mots constitués d'un radical et d'un préfixe, deux constituants qu'il convient de souder. Quand on sait écrire le français, on n'écrit pas "multi-accueil" mais multiaccueil . C'est aussi simple que ça. Mais pas pour tout le monde,  manifestement, à en juger par la fréquence de fautes d'orthographe comme "multi-accueil", "co-auteur", "co-gérant", "mini-jupe" ou "pluri-annuel", dans lesquelles le pré...

oui

Le 9 décembre 2010, nous publiions ce constat : " Une nette dévalorisation du mot OUI, voilà la note singulière sur laquelle s'achève l'année 2009 des francophones ." Un an plus tard, l' Académie française s'inquiéta à son tour de cette dévalorisation, au point de publier le 11 octobre 2011 sur son site internet une mise en garde, reprise alors dans la presse nationale française. Et aussitôt oubliée. Mais en vérité, signaler le déclin de la simple réponse " oui " au bénéfice de préciosités contemporaines comme " absolument " ou " ça marche " ou " y'a pas d'souci ", est-ce bien sérieux en ces temps où la pénurie de logements et le chômage instillent une anxiété à laquelle n'échappe qu'une minorité ? La réponse de la Mission linguistique francophone est oui . Oui, tout court. Car, pour le stomatologue comme pour le linguiste, la boursouflure d'une langue est toujours signe d'une altératio...

liaisons mal t'à propos

"Des ex-e-z'employées municipales l'accusent."   (un journaliste de BFM TV, flash-back de mai 2011 concernant la pratique de la réflexologie par Georges Tron, ministre démissionnaire) La foule des professionnels de la parole qui pratiquent la paragoge ne cesse de grossir. La paragoge consiste à prononcer une voyelle qui n'existe pas. Cette faute de phonétique était autrefois réservée aux enfants en bas âge et aux accents méridionaux emportés par leur fougue chantante. Lorsque le journal Ouest-France devient " Ouest'e-France ", il y a paragoge. Quand l' ex-femme devient ex'e-femme ou quand l' expatrié devient ex'e-patrié , il y a paragoge. Et quand un commentateur professionnel de l'actualité politique nous parle des accusatrices d'un ministre démissionnaire en les désignant, non pas comme d'ex-employées municipales ni, par paragoge, comme des "ex'e-employées", mais carrément comme des "ex...

et autres quoi ?

Dans les pages du journal Le Monde, un article intitulé " Adidas et autres Coca-cola misent gros " semble ainsi affirmer qu'Adidas est un Coca-cola parmi d'autres ... Ce qui ne veut strictement rien dire - à moins que le jus de chaussette de sport soit depuis peu mis en bouteille. Cet usage impropre de la locution " et autres " tend à se répandre en France. Ainsi entend-on dire : " tigres, panthères et autres lions ". Or, ni les tigres ni les panthères n'étant des lions, il ne peut exister "d'autres lions" que les tigres et les panthères ! La formule " et autres " doit toujours être suivie - explicitement ou implicitement - d'une catégorie commune à tous les éléments de l'énumération. Dans l'exemple ci-avant, il faudrait dire : " tigres, panthères et autres fauves " ou " tigres, panthères et autres félins ". À la rigueur, on peut aussi placer " et autres " en extrême fin d...

être démis ou démissionner, telle est la question

La Mission linguistique francophone a pris la peine de signaler aux rédacteurs concernés la lourde faute de français qui entachait les gros titres de la presse française - et par contrecoup leur crédibilité en matière rédactionnelle : " Delphine Batho démissionnée " (sic). Pour mémoire, on ne "démissionne" pas quelqu'un, on le démet (de ses fonctions). La femme politique en question a donc été démise - ou poussée à la démission - et non "démissionnée". De même, une personne qui s'alimente n'est pas "mangée", elle mange. La confusion entre les significations d'un même verbe selon qu'il est employé à la forme active ou passive est en principe une erreur qu'on ne commet plus au sortir de l'école élémentaire ; faute de quoi on n'est pas admis au collège. Et moins encore admis à rédiger les titres de la presse francophone.

procédé, procédure, processus, process

Le monde de l'industrie se plaît à employer en français le mot " process ". Il s'agit pourtant d'un terme anglais que notre langue n'a pas incorporé, à la différence de concerto  ou cocktail  devenus français. Elle ne l'a pas incorporé car les francophones n'en ont aucun besoin. Sauf par snobisme ou par inculture, bien sûr. Le snobisme consite à parer de vertus valorisantes tout jargon emprunté à l'anglais ou inspiré de lui. Ou à s'exprimer le plus obscurément possible entre membres d'un corporation pour toiser ceux qui n'en font pas partie. L'inculture consiste à ne pas posséder dans son vocabulaire de base les termes français dont " process " est la traduction en langue étrangère. Comme le souligne ici Christian Hohmann , le français est en la circonstance plus précis que l'anglais " en distinguant le procédé du processus et de la procédure , ce que la langue anglaise s'économise en concentrant les...

anacoluthe

" Anacoluthe !" est un insulte chère au Capitaine Haddock . C'est aussi un terme de linguistique désignant une acrobatie grammaticale hasardeuse : une rupture logique dans la construction de la phrase. Une anacoluthe fréquemment lue et entendue dans les médias consiste à rompre le lien logique entre le pronom et le nom, comme ici : " Le couple McCann et leurs trois enfants ". Puisque "le couple" est un terme singulier, c'est bien sûr " le couple McCann et ses trois enfants " qu'il faut dire. Si l'on veut exprimer un pluriel, alors il faudra préférer " les époux McCann et leurs trois enfants ". Dans " le couple et leurs trois enfants ", un pronom personnel pluriel est employé à tort pour renvoyer à un nom singulier. C'est une anacoluthe. Rappelons ici aux professionnels de la langue que les substantifs singuliers exigent en français un pronom singulier, même s'ils évoquent un ensemble d'éléme...

concours d'architecture

La Mission linguistique francophone note une tendance persistante de la presse française à évoquer malencontreusement des " concours d'architectes " voire des "concours d'architecte", au singulier (concours dont l'issue serait donc sans surprise, puisque comprenant un seul concurrent !). La presse reprend ainsi une erreur souvent commise dans les services administratifs des collectivités qui lancent pourtant des concours d'architecture - et non d'architectes. Car en français, les concours et les compétitions sont qualifiés par la nature de la discipline ou de l'enjeu, et non par le type de participants. On parle d'une compétition d'athlétisme et non d'une compétition d'athlètes, d'un championnat de rugby et non d'un championnat de rugbymen, d'une partie de poker et non d'une partie de joueurs de poker. Des jeunes femmes légères et court vêtues participent à un concours de beauté et non à un concours de b...