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Articles

danger et dangerosité

0 Un officier de police soucieux de parler savamment à la télévision explique que les scooters " présentent une dangerosité pour les piétons ". Comme des dizaines de millions d'autres francophones, et la quasi totalité des orateurs publics en France sinon dans le reste du monde, il ne sait plus que le mot juste est danger : si les scooters sont dangereux, alors ils présentent un danger ; pas une "dangerosité". Quiconque évoque la "dangerosité" au lieu du danger est emporté par l'élan de se mettre en valeur en croyant parler savamment. Pourtant, la pataude "dangerosité" n'a aucun besoin d'exister puisqu'elle signifie exactement la même chose que le danger : la dangerosité est définie, par les professionnels qui ont adopté ce terme tarabiscoté, comme le fait d'être dangereux. C'est donc bien le danger. Car est dangereux ce qui constitue un danger. C'est même une lapalissade. Avec deux fois et demi plus de s...

en même temps

La simple et modeste conjonction de coordination mais n'est plus en vogue. Elle est délogée du discours ambiant par deux locutions adverbiales : en revanche , plus ronflant ; ou en même temps , plus gonflant - et dont le récent glissement de sens ne cesse de prendre de l'ampleur. Initialement adverbe de temps, la locution en même temps fut employée par quelques humoristes vers l'an 2000 comme adverbe restrictif substitué à toutefois, cependant, néanmoins , simplement, cela dit , quoi qu'il en soit . Une dizaine d'années plus tard, cette pointe d'humour est passée dans la langue au premier degré du sérieux, et gagne chaque mois du terrain en dévorant même la conjonction mais . " Il est con comme un balai, en même temps il baise comme un dieu " déclare aujourd'hui une connaisseuse des hommes. Tandis qu'une connaisseuse de la langue dira plutôt : " Il est con comme un balai mais il baise comme un dieu ". La différence est ici l...

adorés et adoraient ne sont pas homophones

• Mes parents adorés, regardez les étoiles. • Mes parents adorés regardaient les étoiles. • Mes parents adoraient regarder les étoiles. Depuis plus de trente ans, un lourde et très négligente tendance du style oratoire médiatique consiste à ne plus prononcer correctement les sons Ê en fin de mots (comme dans  épais , benêt, Morlaix  ou  Manet ). Cette renonciation ne permet plus de distinguer laquelle des trois phrases ci-dessus est prononcée, puisque adorés et adoraient, regardaient et regarder  sont à tort prononcés de façon exactement semblable. Les terminaisons - ais , - aient, -ez, -er, és, êt, -et (jouet) ou -ée (jouée) ne sont pourtant pas homophones [contrairement à regardez/ regarder / regardé dont la prononciation correcte est rigoureusement la même]. Une génération montante d'orateurs professionnels [journalistes, enseignants, politiciens, comédiens, avocats] ne ne parle plus des faits (double son Ê) mais  "dé fées" . Et prononce parquée de do...

J'ai rhum ou Jérôme ?

Les aventures d'un boursicoteur de métier (alias " trader ") nommé Jérôme K. nous apportent une nouvelle manifestation du désintérêt massif des professionnels de l'information parlée envers la phonétique. En français, il existe pourtant des signes graphiques élémentaires qui ne laissent aucun doute ni aucune liberté d'action quant à la prononciation des phonèmes. L'accent circonflexe sur le Ô en est un. Quand 100% des journalistes féminines d'une tranche horaire de grande écoute (7h - 8h) sur France Inter choisissent d'ignorer l'orthographe de " Jérôme " et prononcent " j'ai rhum " comme si ce prénom s'écrivait " Jérome ", notre langue vit-elle une saine évolution, ou la profession de journaliste s'enferre-t-elle dans ses lacunes ? CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE

l'envie frénétique de parler une langue inepte

Une entreprise industrielle du Haut-Rhin [France] convie les professionnels de son secteur à découvrir ses " nouveautés produits ". Le marketing n'excuse pas tout. Quand on se souvient combien les Alsaciens ont ardemment souhaité demeurer français, on s'étonne que la société B*** agresse aussi cruellement la langue française. Petit rappel : en français, on dit " les nouveaux produits " et non " les nouveautés produits ". Si B*** nous vantait ses " nouveautés produit es ", on supposerait qu'il s'agit des nouveautés qu'elle a produites... Mais les " nouveautés produits ", on suppose qu'il s'agit d'une folle perte de repères grammaticaux, par la faute de laquelle le nom " produits " devient un qualificatif (masculin) du nom " nouveautés " (féminin). L'entreprise B*** et toutes celles qui jargonnent de la sorte seront bien inspirées de rectifier leurs messages publicitaires pour...

le vyomanaute est sur orbite

Le mot vyomanaute désignerait un astronaute originaire d'Inde ou navigant à bord d'un vaisseau spatial indien. Avec une bonne dose d'inauthenticité, son étymologie mêle le sanskrit व्योम vyoma (ciel) et le latin nautes (marin). Au même titre que le terme " taïkonaute ", l'usage de ce néologisme ébouriffant est à réserver aux professionnels du commentaire spatial qui ont perdu le sens commun.  Ceux qui jonglent, selon les fusées, avec les cosmonautes, spationautes, astronautes, taïkonautes, coréonautes ou vyomanautes, et ne perçoivent pas l'absurdité de prétendre imposer à la langue française la complication inouïe de désigner une même activité professionnelle par un nom différent selon la nationalité de qui exerce la profession ou pratique l'activité. On plane dans une incohérence intersidérale. Un skieur, une infirmière ou un pâtissier changent-ils de désignation selon leur pays d'origine ? Aux tenants du terme " vyomanaute...

course contre la montre

Joliment trouvée, l'expression " course contre la montre " s'est imposée pour désigner une épreuve sportive chronométrée dans laquelle les concurrents prennent le départ successivement et non simultanément, sans possibilité de caler leur rythme sur celui d'un voisin d'effort. En corps à corps, ils ont le temps pour adversaire. Dans l'idée de courir contre la montre , peu à peu, dans la langue médiatique puis courante, seule la partie adverbiale "contre la montre" a été conservée : les étapes du Tour de France courues contre la montre sont devenues des contre-la-montre . Pourquoi pas. Ce qui est ici discordant, c'est d'avoir ensuite opté sans réfléchir pour l'article masculin : " un contre-la-montre" , alors que le substantif sous-entendu est toujours un neutre de forme féminine : une étape, une course, une épreuve, une compétition , donc une contre-la-montre . Quitte à s'économiser une infime syllabe d'effor...

multi-accueil dé-taché contre multiaccueil attaché

En français, on écrit  téléphone  et non  télé-phone  ;  détenu  et non  dé-tenu ; préambule et non pré-ambule ; intercommunal et non inter-communal , etc. En français, est intempestive la présence d'un trait d'union entre le radical et le préfixe d'un mot  non  composé, comme s'il s'agissait au contraire d'un mot composé tel que  pique-assiette  ou  fouille-merde . Or,  multiaccueil,  multimédia,   multiplication ou microcrèche   ne sont pas des mots composés mais des mots constitués d'un radical et d'un préfixe, deux constituants qu'il convient de souder. Quand on sait écrire le français, on n'écrit pas "multi-accueil" mais multiaccueil . C'est aussi simple que ça. Mais pas pour tout le monde,  manifestement, à en juger par la fréquence de fautes d'orthographe comme "multi-accueil", "co-auteur", "co-gérant", "mini-jupe" ou "pluri-annuel", dans lesquelles le pré...

oui

Le 9 décembre 2010, nous publiions ce constat : " Une nette dévalorisation du mot OUI, voilà la note singulière sur laquelle s'achève l'année 2009 des francophones ." Un an plus tard, l' Académie française s'inquiéta à son tour de cette dévalorisation, au point de publier le 11 octobre 2011 sur son site internet une mise en garde, reprise alors dans la presse nationale française. Et aussitôt oubliée. Mais en vérité, signaler le déclin de la simple réponse " oui " au bénéfice de préciosités contemporaines comme " absolument " ou " ça marche " ou " y'a pas d'souci ", est-ce bien sérieux en ces temps où la pénurie de logements et le chômage instillent une anxiété à laquelle n'échappe qu'une minorité ? La réponse de la Mission linguistique francophone est oui . Oui, tout court. Car, pour le stomatologue comme pour le linguiste, la boursouflure d'une langue est toujours signe d'une altératio...

liaisons mal t'à propos

"Des ex-e-z'employées municipales l'accusent."   (un journaliste de BFM TV, flash-back de mai 2011 concernant la pratique de la réflexologie par Georges Tron, ministre démissionnaire) La foule des professionnels de la parole qui pratiquent la paragoge ne cesse de grossir. La paragoge consiste à prononcer une voyelle qui n'existe pas. Cette faute de phonétique était autrefois réservée aux enfants en bas âge et aux accents méridionaux emportés par leur fougue chantante. Lorsque le journal Ouest-France devient " Ouest'e-France ", il y a paragoge. Quand l' ex-femme devient ex'e-femme ou quand l' expatrié devient ex'e-patrié , il y a paragoge. Et quand un commentateur professionnel de l'actualité politique nous parle des accusatrices d'un ministre démissionnaire en les désignant, non pas comme d'ex-employées municipales ni, par paragoge, comme des "ex'e-employées", mais carrément comme des "ex...

et autres quoi ?

Dans les pages du journal Le Monde, un article intitulé " Adidas et autres Coca-cola misent gros " semble ainsi affirmer qu'Adidas est un Coca-cola parmi d'autres ... Ce qui ne veut strictement rien dire - à moins que le jus de chaussette de sport soit depuis peu mis en bouteille. Cet usage impropre de la locution " et autres " tend à se répandre en France. Ainsi entend-on dire : " tigres, panthères et autres lions ". Or, ni les tigres ni les panthères n'étant des lions, il ne peut exister "d'autres lions" que les tigres et les panthères ! La formule " et autres " doit toujours être suivie - explicitement ou implicitement - d'une catégorie commune à tous les éléments de l'énumération. Dans l'exemple ci-avant, il faudrait dire : " tigres, panthères et autres fauves " ou " tigres, panthères et autres félins ". À la rigueur, on peut aussi placer " et autres " en extrême fin d...