Accéder au contenu principal

Articles

défense et attaque de Didier D., orateur footballistique

En France, une émission satirique de la télévision [ Le Petit Journal ] se délecte de railler la diction d'un dirigeant du football de ce pays, M. Didier Deschamps, qui serait coutumier de ne pas prononcer correctement la lettre X et de la remplacer par le phonème S : un homme d' espérience au lieu d' expérience . Chez l'intéressé, cette élision du son x relève d'un accent régional. Cela ne prête donc pas à la critique acerbe, contrairement à la prononciation ignare de " archet " comme " archer ", selon une désaffection pour la justesse des voyelles qui conduit des cohortes de professionnels de la diction sans le moindre accent régional pittoresque à nous dire " elle voulez " au lieu de " elle voulait ", ou à nous parler de la cote au lieu de la côte et inversement. Ce qui est beaucoup plus désolant dans le discours du locuteur que nous venons de défendre pour sa diction, c'est le massacre de la syntaxe qu'il p...

zéro déchet

" Ils vont devoir me remettre une stratégie zéro déchet dans les trois mois . " (Brune Poirson, dans ce clip officiel produit par le ministère français de la Transition écologique et solidaire, 4 juillet 2020) " Remettre une stratégie zéro déchet " ? Mme Poirson est-elle bien sûre de ce qu'elle dit et de la manière dont elle le formule, après mûre réflexion en compagnie de ses conseillers et avec la bénédiction de sa ministre de tutelle ? Manifestement, oui, elle en est satisfaite. Elle se fait même filmer le disant, et sous-titrer pour enfoncer le clou. Triple faute, pourtant. Condensées en trois mots, ces trois fautes ou erreurs révèlent un niveau stagnant de pollution culturelle de la langue, mazoutée par les solvants du marketing, asphyxié par le jargon et le compactage d'une pensée réduite à ses seuls mots-clefs . A/ Le choix du verbe est impropre : en français on ne " remet " pas une stratégie, à moins de la remettre à plus ...

dévaster la langue

JEAN CLAIR de l'Académie française :   " Oserai-je dire que mon projet scientifique et culturel serait d'abord d'obliger les ministères et leurs représentants à ne plus dévaster la langue du pays qui les emploie ? "    ( in Journal atrabilaire , p.82, éd. Gallimard, 2006) Oui, osez le dire, et sachons l'obtenir. Ministres, Secrétaires d'État, Conseillers et Conseillères, Secrétaires généraux, Directrices et Directeurs d'administrations publiques, " Faites ce que vous voulez du langage, mais n’inventez pas quand il suffit de savoir " (Paul Valéry) et ne laissez pas vos services imiter ce qui se dit quand ce suivisme les fourvoie. Ne les laisser plus nous demander de "renseigner un formulaire" (on remplit un formulaire, on le complète ; c'est le touriste égaré que l'on renseigne, ou l'administration elle-même, mais pas ses formulaires). Ne les laissez plus pondre des intitulés jargonnants ni jonc...

Eurovision : la décideuse qui se flatte d'avoir rendu la francophonie aphone

Les responsables de divertissements télévisuels de 24 pays d'Europe sur 26 ont choisi, pour le concours de l' Eurovision 2016 , des chansons anglophones ou pseudo-anglophones ou en partie anglophones - comme si le charme notoire de l'italien, ne se suffisait pas à lui-même, non plus que celui du russe, du polonais, de l'arménien ou du grec. De trois choses l'une : • soit les responsables des divertissements télévisuels des pays non anglophones sont des incompétents (pluriel mixte) dotés de responsabilités qui les dépassent du tout au tout, à commencer par celle de faire vivre leur langue ; • soit toutes les langues d'Europe autres que l'anglais et le pseudo-anglais doivent être reconnues comme langues mortes, y compris le français qui ne fut chanté de bout en bout que par une Autrichienne (laissée elle aussi pour morte par le jury de professionnels, puis ranimée par le vote du public) ; • soit le concours de chanson de l'Eurovision s'est...

listing, naming, pressing

Académie française (12 juillet 2016) : " On rappellera qu’appeler listing une liste n’améliore en rien la qualité ou la valeur de cette dernière, sauf à penser que l’emploi d’anglicismes, fussent-ils de mauvais aloi, est une marque de modernité . " Et toc. Il en va de même pour le ridicule bedding , cher à quelques professionnels de l'ameublement et du snobisme, qui désignent ainsi la literie . Même pichenette pour se débarrasser du grotesque naming , jargon riche en poudre aux yeux et empoisonnée par une anglomanie de carnaval, supposé exprimer l'action de donner un nom ou d'inventer un nom avec beaucoup de flair commercial. Ce qui s'appelle en français la dénomination , l' appellation ou la création de marque . Enfin, même coup pied au derrière des commentateurs sportifs adeptes de l'inepte pressing , qu'ils croient voir exercé par une équipe affrontant une autre. Il s'agit peu probablement de blanchisserie et sans doute d'exerce...

note sur les memos et les focus

La Mission linguistique francophone [M•L•F•] ne manifeste aucune aversion pour la langue anglaise, bien au contraire. C'est ce qui la distingue d'autres organisations dites " de défense de la langue française ". Dans sa tâche permanente d'observation des coups portés à la langue française par les professionnels francophones de la communication, la M•L•F• ne s'emploie qu'à dépister les atteintes morbides (1) au vocabulaire et à la syntaxe de notre langue, celles qui lui occasionnent des pertes de sens, de substance ou de cohérence : lorsque le vocabulaire ou la syntaxe d'une autre langue font insidieusement irruption dans la nôtre, par ignorance, par incompétence, par snobisme, par suivisme, par corporatisme parfois, et non par choix créatif ou stylistique. La Mission linguistique francophone ne s'autorise à émettre aucune objection à la libre anglophilie, voire anglomanie, de certains auteurs ou locuteurs francophones. Elle ne mène ni ce ...

attention : hotte tonsion

Pendant que des êtres humains décident de se montrer aptes à concevoir et bâtir un édifice de mille mètres de haut, à la fois sûr et élégant ( illustration ci-contre : le pied de ce futur immeuble à Jeddah, par Adrian Smith et Gordon Gill architectes à Chicago), d'autres humains cultivés décident qu'il est au-dessus de leurs forces et de leurs compétences de prononcer proprement la langue qu'ils font profession de prononcer. C'est cette disparité de hauteur de vues qui ne cesse de nous intriguer. Tout comme nous intrigue le maintien à leur poste de ces innombrables journalistes de la presse parlée francophone qui ne parviennent rigoureusement pas à se montrer rigoureux dans leur parler. Que la grammaire soit retorse ? Admettons. Que le vocabulaire soit foisonnant et donc propice aux fourvoiements ? Admettons encore. Mais que la confusion entre les phonèmes (les sons) de la langue française soit une fatalité professionnelle, non. Un journaliste de ra...

les vingt-quatre dernières heures

La langue française a subi ces trente dernières années une sévère poussée de désorganisation dans l'emploi des adjectifs dernier, premier, prochain placés au contact d'un nombre. La grande majorité des journalistes, des orateurs politiques et des rédacteurs publicitaires nous parlent des " prochaines 48 heures " ou des " dernières 24 heures ". Entraînant le public à patauger dans les fautes qu'ils banalisent, ces professionnels de la langue vivent sous l'influence de mauvaises traductions de l'anglais, langue étrangère dans laquelle l'ordre des mots est ici l'inverse du nôtre. En français, l'adjectif cardinal ( un, deux, trois, etc ) doit toujours se situer avant l'adjectif qualificatif. Ce n'est pas une option, c'est une obligation. Pour expliquer les choses moins savamment, nul n'ignore que le français exige que l'on dise : " j'ai trois grands enfants ", et non : " j'a...

Hop ! En marche ! Debout !

Incorporer un signe de ponctuation à un nom propre est une idée à demi heureuse seulement, apparue dans le secteur de la publicité au cours des années 1970. Plusieurs mouvements politiques et diverses marques ont récemment eu recours au point d'exclamation pour s'inventer une appellation. Dans le secteur des transports, c'est Hop !, nouvelle marque d'Air France. Dans le monde politique, ce sont Debout la France ! et En marche ! Il n'y a là aucune maltraitance de notre langue. Mais la décision d'inscrire un point d'exclamation dans les noms d'institutions ou d'entreprises ne présage rien de bon. Outre le suivisme que cela dénote, on peut en effet se demander si les garants de notre liberté, ceux qui briguent du pouvoir ou en détiennent déjà, font un choix judicieux en se donnant pour dénomination une injonction. "Une injonction ? Mais non ! Une exhortation - diront certains - une simple et joyeuse exhortation." Si l'onomatopée H...

métier et clientèle

La Mission linguistique francophone constate depuis dix ans la progression dans les jargons professionnels de la double faute constituée par l'emploi d'un substantif désaccordé à la place d'un adjectif accordé. Ainsi le substantif "métier" désaccordé (" domaines métier ", "activités métier", "compétence métiers") est-il de plus en plus fréquemment employé à la place de l'adjectif "professionnel" correctement accordé ("domaines professionnels", "activités professionnelles", "compétence professionnelle") . Des entreprises revendiquent même dans leur organigramme l'existence d'un directeur métiers - personnage à la mission énigmatique. Pour constater de vos propres yeux cette étrangeté, cliquez ici . C'est l'un des symptômes d'une paresse linguistique caractéristique du début du XXIe siècle : quand l'adjectif et le substantif n'ont pas une parenté d'a...

devoirs maison et devoirs sur table

Il y a 900 000 professeurs de français dans le monde. Hors de France, ces professeurs veillent jalousement sur la qualité du français qu'ils enseignent. En France aussi, bien entendu, mais avec moins de vaillance si l'on en juge par leur absence de protestation unanime et véhémente contre les "devoirs maison". On s'étonne et s'afflige qu'ils n'aient pas obtenu de leur ministère, de leur hiérarchie administrative ni de leurs collègues en délicatesse avec la langue française la disparition de ce monstre : le devoir maison. À qui n'en verrait ni la monstruosité ni la vanité, on doit rappeler qu'en français, avant cette déraison sémantique, un élève qui faisait ses devoirs les faisait par définition à la maison, pas en salle de classe ni en cours de récréation. Il était donc inutile - et ce l'est toujours - d'ajouter la périssologie "maison". De surcroît, il est affligeant de massacrer la syntaxe en accolant les substantifs ...