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Articles

rasoirs Braun

Stupéfaction d'entendre le récitant du spot publicitaire Braun actuellement diffusé nous prononcer le nom de cette marque "Bronne" ! Cela soulève trois questions aux réponses inquiétantes : 1/ L'ingénieur du son était-il aussi sourd que le comédien était incompétent ? 2/ Le dircom était-il en vacances ou ignore-t-il réellement que  Braun  se prononce Braun (ou Bra-aun en allemand) mais certainement pas Bronne ? 3/ L'agence de pub a-t-elle été payée pour cette destruction de marque par négligence ? 4/ Dans les conversations en français, est-ce trop demander de ne pas confondre les sons "o" ouvert (comme dans fort) et "ô" fermé (comme dans beau , trône ou Braun ), ni les son "é" et "ê" ( briqué ou briquet ) dans la langue médiatique ? 5/ La culture des jeux vidéos et des sms a-t-elle irrémédiablement créé une génération montante qui ne perçoit plus la justesse de la prononciation comme une dimension décisive des éch...

métropoles : villes mères

Les métropoles [du grec "ville mère"] sont par définition de très grandes villes - ou même des territoires nationaux presque entiers, comme dans le cas de la France continentale par distinction avec ses régions insulaires. Mais alors, que sont les grandes métropoles chères à la plume des dircoms de diverses capitales régionales françaises? Ce sont à l'évidence de grandes très-grandes-villes . Et si Nancy , Nantes , Marseille , revendiquent d'être de "grandes métropoles", que sont Londres, Mexico, Tokyo ou Los Angeles ? Un Chef de cabinet à qui nous avons posé la question a trouvé la réponse et n'a pas hésité nous à l'écrire sans bien se relire : ce sont de très grandes métropoles .* Bonne mère, où l'escalade verbale des métropoles s'arrêtera-t-elle ? Et la dévaluation des superlatifs ? * Réponse fausse : ce sont des mégapoles [du grec "grande ville"], des villes dont la population frise ou dépasse les dix millions d'habit...

éco-lettre éco-ouverte à des éco-responsables fiers de leurs éco-hameaux

Les observateurs et commentateurs de la Mission linguistique francophone vous prient de pardonner leur coup de gueule unanime ci-après, mais trop c'est trop, comme dit la tautologie populaire. Le vent, non pas de folie, mais de profonde imbécilité sémantique qui souffle à nos oreilles des éco-naiseries et des éco-lapalissades ininterrompues souffle maintenant jusque dans les hameaux de nos campagnes, que voici rebaptisés, sans rire et par des esprits malades de suivisme technocratique, des " éco-hameaux ". Il semble que la traduction de "éco-hameau" en vrai français encore sain d'esprit, soit hameau écologique . Inventer le "hameau écologique", c'est-à-dire le hameau en prise avec la nature environnante et féru de voisinage de proximité, c'est se qui s'appelle inventer l'eau froide, non  ? En Auvergne, par exemple, " l'éco-hameau " (sic) de Bertignat [Puy-de-Dôme] se caractériserait, selon le Palmarès des jeun...

l'avenir est passé (de mode)

Le contraire du passé, en français, c'est l'avenir . Mais une langue vivante est vulnérable par nature. Et certains de ses mots les plus nécessaires peuvent mourir sous les coups de l'ignorance. Dès le début des années 1990, la Mission linguistique francophone constatait qu'une forte majorité de professionnels de la langue française (journalistes, publicitaires, dialoguistes) ignorait l'existence de l' avenir , et notamment du proche avenir , obstinément appelé " le futur proche ", sous l'influence de mauvaises traductions de l'anglais [en anglais, l'avenir se dit " the future " ; et " dans un proche avenir " se dit " in the near future "]. Rien n'ayant été fait pour remédier à la diffusion omnidirectionnelle de cette bévue, les moins de 25 ans ont été soumis toute leur vie à l'idée que le contraire du passé était le futur. Ils s'étonnent qu'on s'étonne de cette méprise anglomane. Car p...

cheffe ou chef de service ?

" Un véritable barbarisme ", voilà l'arrêt de mort qu'a signé l' Académie française [dès 2002 , avec confirmation en 2014 ] contre la féminisation inepte de chef en cheffe . La respectable assemblée rappelle qu'il importe peu que telle ou tel ministre ponde une circulaire prônant l'adoption d'un barbarisme comme " cheffe de service "ou " proviseure ", car nul gouvernement n'est habilité à décider de ce qui constitue le bon usage de la langue française. La Mission linguistique francophone ajoute à cette mise au point sa propre démonstration : la féminisation de chef par cheffe n'a, en tout état de cause (reconnaissance de l'autorité des académiciens ou non), ni légitimité ni pertinence, puisque la désinence -effe n'est aucunement le propre du féminin comme en atteste le greffe du tribunal. Réciproquement, la désinence -ef n'est nullement d'une insupportable masculinité , comme en atteste l'existen...

initier, générer, impacter

Le verbe initier n'a qu'un seul sens correct en français : procéder à une initiation, à un rite initiatique ; tous les autres sens qu'on lui donne depuis vingt ans sont faux, tels ceux dont la formulation correcte est en réalité : prendre une initiative , être l'initiateur de , être à l'origine de ou lancer une action. Le verbe générer n'a qu'un seul sens correct en français, dans diverses acceptions essentiellement scientifiques : une fonction génère une courbe . Tous les autres sens sont faux ou approximatifs, sous l'influence envahissante de mauvaises traductions de l'anglais to generate , verbe signifiant : engendrer , causer, créer, susciter, produire ; et très rarement générer . Ainsi, en français, une mauvaise nouvelle suscite ou cause de l'inquiétude, elle n'en "génère" pas. Le verbe " impacter " est un anglicisme et un barbarisme. Il n'a aucun sens correct en français. "À côté des verbes i...

prejudice ou préjudice ?

L'un des faux amis les plus trompeurs entre le français et l'anglais est le mot prejudice (anglais, sans accent aigu) ou préjudice (français). En anglais, your prejudice , ce sont vos préjugés . Ce sont souvent eux qui porteront préjudice et non l'inverse ! On notera que l'anglais prejudice est invariable : prejudice, ce sont les préjugés. De même, le verbe to prejudice ne signifie pas porter préjudice . Le 16 mars 2017, l' AFP s'est engouffrée dans ce piège et a entraîné tous les médias francophones d'Europe à sa suite. Au sujet d'un décret présidentiel repoussé, la veille aux USA par un magistrat hawaïen, on nous a répété que ce décret avait été reconnu susceptible de causer " un préjudice irréparable ", alors qu'il a été déclaré de nature à inscrire des préjugés (religieux, en la circonstance) de façon irrémédiable dans la législation américaine.

"être vent debout" : sens et contresens

Vent de bout est un terme de navigation à voile indiquant qu'un bateau se trouve exactement face au vent et n'avance donc plus. Qu'il est privé de vitesse et de possibilité de manœuvre, toutes voiles dégonflées, inerte. C'est donc dans un sens faux que cette expression est devenue insidieusement un tic de la langue médiatique et politique, une dizaine d'années après l'an 2000. Lorsqu'un orateur politique nous annonce aujourd'hui que ses partisans sont " vent debout contre " telle ou telle réforme, il s'imagine nous annoncer qu'ils s'y opposent avec vigueur, comme redoutablement campés sur leurs deux jambes dans un vent funeste. Mais il dit exactement le contraire : il nous apprend qu'ils sont réduits à l'impuissance et immobiles dans une mer qui s'agite sans eux... Ce n'est pas une lourde impropriété de terme, juste une petite erreur de cap sémantique. Car à 15° près dans la rose des vents, ces opposants pourr...

donneurs d'ordres et commanditaires

Le " donneur d'ordres " est une expression employée à mauvais escient dans le jargon des affaires pour désigner le client, et plus exactement le commanditaire : celui qui passe commande d'un bien ou d'un service. Et non celui qui donne des ordres sous prétexte qu'il a de l'argent... Voici d'où vient la méprise. Le mot anglais order signifie ordre , à tous les sens du terme français : l'ordre ordonné ( remettre en ordre, mettre de l'ordre dans ses affaires ), ou l'ordre ordonnant ( donner des ordres, être aux ordres de quelqu'un ). Mais l'anglais order doit parfois se traduire par portion ( une portion de frites ), car le verbe to order signifie aussi commander, passer commande ; or une portion de frites est comprise par la langue anglaise comme une commande de frites , c'est-à-dire comme l' ordre donné et reçu de servir une certaine quantité de frites. Le mot anglais order est donc en partie un faux ami. À ce...

pour que + forme négative

À titre exceptionnel, nous ne nous lancerons pas dans de grandes ni petites explications, car la délit est flagrant et se passe de décorticage : le désordre de mots aboutissant à l'informe " pour ne pas que " est une faute de construction effondrante, au sens propre : elle fait s'effondrer toute phrase. "Pour que (+) tu viennes" donne naturellement à la forme négative "Pour que (+) tu ne viennes pas". C'est clair, net et précis.

être en possession de

" Depuis son arrivée à Beyrouth, des questions se posent notamment sur le fait qu'il ait pu voyager alors que ses passeports étaient en possession de ses avocats japonais ." (BFMTV, LCI) Les rédacteurs de presse se divisent ici en deux catégories : ceux qui savent manier l'expression " être en possession de " et ceux qui seraient bien avisés de s'en abstenir si c'est pour écrire une telle ineptie. Ce ne sont pas les passeports qui possèdent les avocats japonais mais l'inverse : les avocats sont en possession des passeports de leur client - qui a manifestement pu s'en passer pour aller de port en port. Heureusement, tout le monde ou presque est en mesure de rétablir la juste information et le bon ordre des termes. Mais pourquoi les rédacteurs n'en furent-ils pas capables eux-mêmes et pourquoi leurs vérificateurs (secrétaires de rédaction, rédacteurs en chef) laissent-ils filtrer régulièrement cette inversion ? Dans un ouvrage ...