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Articles

nommage

Les polyglottes s'esclaffent devant certaines bévues lexicales francophones, comme " le nommage ". Cette création malhabile est un néologisme québécois supposé traduire le participe anglais " naming ". Or, l'anglais naming - lorsqu'il désigne le fait d'attribuer un nom propre - se traduit parfaitement à l'aide de termes irréprochables inscrits depuis des siècles dans la langue française. Selon le contexte, l'un ou l'autre de ces mots fait l'affaire : désignation, appellation, dénomination, intitulé, ou même onomastique . "Défendre sa langue pour la protéger ou restaurer sa prétendue pureté originelle me répugne. Se résigner à ce qu’au fil des jours sa langue soit défigurée par de petits et grands outrages déclenche néanmoins en moi de petites et grandes colères." Jean-Marie Borzeix , Les carnets d’un francophone . Éditions Bleu Autour, 2006 (p 42). CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE...

les bonzes amis de la francophonie

En 1818, un voyageur palois parvenu au Tibet apporta dans son havresac une édition des contes de Charles Perrault. Très impressionnés par la lecture qu'il leur en fit, les jeunes moines de Kumbum se prirent d'amitiés pour lui, et par-delà sa personne, pour la fiction francophone. Il en résulta ce dicton fameux, rapporté du plus haut pays du monde jusqu'à nous : les bons contes font les bonzes amis . Amis de la francophonie et des poissons d'avril, bien entendu .

autant pour moi ? au temps pour moi ?

La forme sensée de l'expression en question est bien " autant pour moi ", et non " au temps pour moi ", comme certains le soutiennent. Initialement, " autant pour moi !" était une sorte d'interjection militaire, par laquelle un supérieur, reconnaissant une bévue devant ses subalternes - et initialement, une injustice - s'attribue fictivement, en signe de contrition et de bonne foi, le même quantum de sanction (autant de pompes, autant de jours de consigne, autant de kilos de patates à éplucher, autant de réprimandes) que celui qu'il infligerait à un subalterne pareillement pris en faute : " autant pour moi ". Contrairement à une rumeur qui va se propageant dans certains dictionnaires de difficultés du français, et jusque sur les bancs de l' Académie française , il ne s'agit nullement d'une affaire de temps musical ni de défilé militaire. Selon cette explication compliquée dont nul bidasse n'a le souvenir, l...

près de / prêt à

La Mission linguistique francophone rappelle que les adverbes sont tous invariables. Y compris les adverbes loin et près . Une idée fausse s'est pourtant installée dans certains esprits, et notamment dans l'esprit de nombreux professionnels de la presse parlée, qui lisent devant des millions d'auditeurs et de téléspectateurs des textes d'information entachés de cette bévue : l'idée selon laquelle l'adverbe près posséderait la faculté extraordinaire de s'accorder en genre. Autrement dit, d'être tantôt masculin, tantôt féminin. Personne - pas même un journaliste - ne se hasarde pourtant à accorder d'autres adverbes que celui-là. " Ils sont souvent là " ne donne pas au féminin " elles sont souventes là "... La réalité est qu'en dépit de longues années d'études de la langue française et de leur métier d'artisans de cette langue, des locuteurs professionnels de la télévision et de la radio perçoivent l'adjectif ...

potentialités et fonctionnalités

Selon l'adage sarcastique " pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ", des millions de francophones, désireux de passer pour hyper-compétents à coup d'hypertrophie incorrecte de mots corrects, se sont mis à nous parler des "potentialités" plutôt que du potentiel des choses, et de leurs "fonctionnalités" plutôt que de leurs fonctions (notamment dans le jargon informatique). Ils ont bien tort. Car si notre langue cède à ce travers, par souci de lui conserver sa cohérence nous ne devrons plus calculer par additions ni par soustractions mais par additionnalités et soustractionnalités ; et nous devrons nous interdire de commettre des crimes passionnels dans des tunnels : nous serons contraints de passer aux crimes de passionnalité dans des tunnalités. On voit combien cette mauvaise pente, d'un ridicule particulièrement raide, est casse-gueule. Le mieux est de cesser de s'y aventurer. Fonctions et potentiels suffiront, partout o...

la grande déglingue lexicale

Le snobisme s'est toujours logé dans le goût immodéré pour une langue distincte . Les snobs cédant à l'erreur de la croire distinguée,  pleine de distinction . Aujourd'hui, le snobisme langagier francophone consiste à employer un mot pour un autre, mais en l'empruntant au vocabulaire français même. Contrairement au snobisme anglomane ou la pédanterie latinisante, qui employaient par vanité un mot étranger à la place d'un mot français, le snobisme nouveau consiste à employer un mot francophone de sens faux à la place d'un mot francophone de sens juste. Le comité de néologie de la Mission linguistique francophone a choisi d'appeler cette fausse distinction la déglingue lexicale . " Quand tu enverras ton e-mail à Sylvestre, copie-moi ". Lorsqu'un collègue de travail vous demande ainsi de le copier au lieu de vous demander de lui adresser une copie , il savoure les délices fétides de la déglingue lexicale . Car demander à être copié au lie...

les missions de la Mission

La  Mission linguistique francophone  est un organisme culturel international dont la vocation est d'encourager la pratique d'une langue française riche, vigoureuse et intelligible, par-delà les frontières et les modes. La  Mission linguistique francophone  s'attache notamment à rappeler quotidiennement aux professionnels de l'écriture et de la parole que le français est une langue vivante, donc vulnérable ; et qu'il leur appartient plus qu'à d'autres de veiller sur sa santé. La  Mission linguistique francophone  s'efforce de s'interposer chaque fois que notre langue subit des sévices répétés de la part des locuteurs et rédacteurs professionnels, où que ce soit dans le monde, mais spécialement dans son berceau même, la France, et particulièrement dans les médias de ce pays. La  Mission linguistique francophone  s'efforce d'empêcher la propagation des atteintes irréfléchies à la langue française, partout où son équilibre, sa sobriété et ...

photos par satellite

Satellite est un nom commun et parfois un nom propre qui peut se référer à divers secteurs des sciences et des techniques. Mais dans tous les secteurs, notamment dans ceux de la récitation télévisuelle et radiophonique de bulletins météorologiques, ou de la traduction de documentaires, l'emploi du mot satellite comme adjectif est un abus de langage et un viol syntaxique sans charme ni nécessité. On ne dit pas "photo satellite" mais photo (prise) par satellite ou photo satellitaire . De même qu'on ne parle d'une "photo nombre" mais d'une photo numérique . Parce que dans notre langue, les adjectifs et les substantifs ne sont pas interchangeables sans ménagements comme ils le sont dans d'autres idiomes, en particulier l'anglais. CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•] 

la soudure ou le soudage ?

Que les mots soudure et " soudage " fassent double emploi est flagrant. L'un est correct, l'autre défectueux. On devine facilement lequel. Pour justifier l'usage du barbarisme " soudage ", certains arguent de sa présence dans quelques dictionnaires. Certes, mais il ne leur échappera pas que, pour définir ce vilain " soudage " (sic), les rédacteurs du dictionnaire Larousse donnent étourdiment la définition suivante, qui est mot pour mot la définition de la soudure : " Opération consistant à réunir deux ou plusieurs parties constitutives d'un assemblage, de manière à assurer la continuité entre les parties à assembler, soit par chauffage, soit par intervention de pression, soit par l'un et l'autre, avec ou sans emploi d'un produit d'apport dont la température de fusion est du même ordre de grandeur que celle du matériau de base. " Le fait que des termes inutiles et malformés prospèrent dans les jargo...

USA : ni comtes ni comtés

Les USA n'ont ni roi ni comtes. C'est pourquoi ils n'ont point de "comtés". Le territoire des USA est plus exactement subdivisé en  états  ( states ) et en  cantons  ( counties  ; et  county,  au singulier). La plupart des politologues de France, des étudiants en géographie ou sciences politiques, des journalistes, et même la quasi totalité des auteurs de dictionnaires, se fourvoient pourtant à traduire des noms d'entités administratives des USA telles que " Madison County " ou " Orange County " par " Comté de Madison " et " Comté d'Orange ", comme s'il existait ou avait existé aux USA un ordre nobiliaire ; et donc des principautés, des duchés et des comtés !   Non, les USA ne sont pas et n'ont jamais été une monarchie aristocratique, les USA n'ont jamais eu de comtes ni de comtesses de San Francisco ni de Miami, et la traduction de l'anglo-américain county par " comté " n'es...

des monts ou démons ?

Le français de France a subi ces vingt dernières années une évolution phonétique alarmante : la quasi disparition du son " ê " en début et en fin de mot ou dans les mots monosyllabiques. "J e veux la paix !"  devient " je veux laper !" Il ne s'agit pas d'accent régional mais de paresse articulatoire : le son ê exige d'ouvrir un peu plus largement la bouche et serait donc trop fatiguant à prononcer. C'est ainsi que  la baie des Anges [avec impérativement deux sons " ê " bien ouverts, comme dans fête ] devient l'abbé Dézange [avec deux sons " é " tout fermés, comme dans bébé , à la place des deux sons " ê " de  baie et des ]. Constatée à chaque instant sur la langue des récitants de la presse parlée de France, la disparition quasi générale de la distinction entre  fée  et  fait , entre  démons  et  des monts , entre poignée et poignet , s'étend immanquablement aux autres locuteurs professio...

taxe carbone et parataxe

Pour venir au secours de la terre, il est actuellement* question d'instaurer une taxe sur les émissions de carbone. Ce projet sans doute louable gagnerait à ne pas s'accompagner d'une création terminologique nuisible à la santé de notre langue. En effet, cédant à la mode de la suppression arbitraire des petits mots de liaison, les orateurs politiques annoncent une future " taxe carbone " (sic). Et les journalistes ne rectifient pas le tir. Ce n'est pourtant tout simplement pas du français. En français, les substantifs sont qualifiés par un adjectif ou par un complément de nom : on mène une vie professionnelle et non " une vie métier " ; on écoute le chant du coq et non " le chant coq ". C'est une donnée syntaxique toute simple qui assure le fonctionnement harmonieux de notre langue. Pour en revenir au jargon " taxe carbone ", ce viol de la syntaxe par la terminologie fiscale est une funeste nouveauté. Jusqu'à pré...

la grande affaire des "supports papier"

Une administration nous écrit : " Vous enverrez le document sous forme numérique et sous forme papier ". La notion difforme de " forme papier " (sic) s'est imprimée depuis quelques années dans les esprits. Il faudrait l'en effacer, et dire tout simplement : " Vous enverrez le document sous forme numérique et sur papier ". Si toutefois les agents administratifs tiennent à employer la locution " sous forme ", la Mission linguistique francophone leur rappelle que cette expression exige d'être suivie soit d'un adjectif (" sous forme liquide "), soit d'un complément de nom (" sous forme de liquide "), soit d'un participe passé passif tenant lieu d'adjectif (" sous forme liquéfiée "). Or, le mot papier n'est ni un participe passé ni un adjectif. Il ne peut donc pas qualifier un autre substantif sans être intégré à un complément de nom correctement formé au moyen d'une préposition...