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scandalistes et esclandriers

Zorro œuvrait à couvert : pleutre le jour, héros la nuit. Son courage physique se doublait du courage moral de supporter le mépris de ceux-là même qu'il défendait. Zorro était un moraliste en action, inactif en apparence.

Prodigieuse abnégation. Mythe admirable.

D'autres moralistes - moins héroïques mais aussi moins fictifs - défendent au contraire en plein jour et sabre au clair leur vision généreuse de la vie sociale. Il en résulte souvent pour eux des frictions publiques ou privés avec le grand nombre de ceux qui placent au contraire leurs propres droits très au-dessus de leurs devoirs, leur importante personne ou leur petit clan plus haut que le reste des humains, leur quiétude au-dessus de tout, et fuient dès qu'ils entendent exhorter à la bonté ou appeler au secours, tels de petits Zorro en négatif - estimables en apparence, méprisables en secret.

Les frictions sociales sont inévitables entre les partisans d'une bienveillance mutuelle active, attentionnée, parfois militante, parfois périlleuse, et les partisans du chacun pour soi - ceux que Chamfort [1741 - 1794] appelait "les faibles", non pour les plaindre mais pour les décrire aussitôt comme "les troupes légères de l'armée des méchants"...

Quand ces frictions interpersonnelles s'accompagnent de réactions véhémentes de l'une ou l'autre des parties, elles prennent des noms comme scandale ("faire un scandale", "faire du scandale"), éclat ("faire un éclat"), esclandre ("faire un esclandre").

Contrairement à d'autres langues, le français est dépourvu de mot pour désigner ceux qui "font un scandale" ou ont la réputation de "faire du scandale" plus souvent que d'autres, que ce soit à bon ou mauvais escient. La Mission linguistique francophone propose de combler cette lacune par deux néologismes distincts.

D'une part, le substantif "scandaliste" [une/un scandaliste], forgé sur le modèle de moraliste, activiste, arriviste, polémiste, duelliste, etc.

Selon le point de vue du locuteur et le profil de l'intéressé, le mot scandaliste sera péjoratif ("les paranoïaques sont souvent des scandalistes compulsifs") ou indulgent, voire laudatif ("Gandhi fut un scandaliste admirable, que personne n'est parvenu à museler").

D'autre part, "esclandrier" [un esclandrier / une esclandrière], moins fort et dépourvu de connotations morales. Esclandrier désignera le protagoniste d'un esclandre, quel que soit le rôle qu'il y tient ("La police municipale a été appelée pour séparer deux esclandriers").


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