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ce qui se passe ou ce qu'il se passe ?

Que se passe-t-il ? La musique familière de cette question anodine et très correctement formulée semble être à l'origine d'une tendance persistante à déformer la tournure correcte de la réponse : "je ne sais pas ce qui se passe", en la remplacer par "je ne sais pas ce qu'il se passe".

Personne, pourtant, ne songe à remplacer "je ne sais pas ce qui me plaît en toi" par "je ne sais pas ce qu'il me plaît en toi".

Le maniement des verbes impersonnels fait appel à une perception instinctive, et cependant subtile, du lien entre la syntaxe et le sens, qui piège même les meilleurs auteurs, il est vrai. Le public, quotidiennement soumis aux approximations linguistiques des orateurs professionnels, peine légitimement à s'y retrouver. Dans le doute, la simplicité est toujours salutaire. Et l'on sera bien inspiré de préférer savoir ce qui se passe, plutôt que ce qu'il se passe, question à laisser aux intervieweurs maladroits.

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Commentaires

Anonyme a dit…
Je partageais votre opinion jusqu'à ce jour, et puis, l'idée m'est venue de consulter Grévisse. Je vous livre ce qu'on peut trouver sur son site. Je suis encore hésitant quant à la tournure à adopter...
Quand l’interrogation indirecte comporte une structure impersonnelle, on peut hésiter sur ce qui se passe avec celle-ci : la garder telle quelle (« ce qu’il se passe ») ou intégrer le sujet dans le relatif « qui » (« ce qui se passe ») ? Oralement, les deux structures sont très proches ; elles sont même identiques dans un niveau familier, où « il » est réduit à « i » : « ce qui se passe ». « Qui » est le sujet habituel d’une construction personnelle : « Prends ce QUI te plaît ». « ‘Qu’il’ apparaît dans le tour impersonnel », où « qu(e) est « tantôt complément d’un infinitif (…) : Nous ferons le chemin QU’il convient de parcourir’ (…) ; – tantôt sujet logique : ‘Il arrivera ce QU’il arrivera’ ». (« Bon usage », § 717 b 2°) (il arrivera cela).

Le choix n’est pas totalement libre. « ‘Qu’il’ s’impose quand ce qui suit le verbe ne peut être analysé que comme sujet logique. ‘Je prendrai ce QU’il me plaira de prendre’ » (« ibidem »). Cependant, « quand le verbe impersonnel n’admet comme sujet logique qu’une proposition, ‘qui’ est préféré : ‘C’est ce QUI ressort de son exposé’ ». (« ibidem »).

Cette grande complication, qui appelle une analyse linguistique subtile, explique que les auteurs hésitent entre les deux structures (exemples du « Bon usage ») :

- Certains préfèrent « qu’il » : « Elle ne comprend pas ce qu’il lui arrive. » (L. Aragon) – « Tout ce qu’il vous reste à découvrir. » (G. Duhamel) - D’autres emploient « qui » : « Quoi qui arrivât dans sa vie. » (H. de Montherlant) – « Le peu de courage qui lui reste. » (R. Rolland)
Au fond, le maintien de la structure impersonnelle avec « qu’il », quand c’est possible, est plus soigné que sa disparition avec « qui », car l’impersonnel avec « il » s’emploie aujourd’hui plutôt à l’écrit.

À chacun de voir ce qu’il sent le mieux !

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