Accéder au contenu principal

Articles

en individuel ou individuellement ?

" Un pour tous ! Tous pour un !" Paraphrasant la devise des quatre mousquetaires d'Alexandre Dumas, on se surprend à rêver qu'un matin, chaque rédacteur en chef, chaque directeur de rédaction lance à ses collaborateurs médusés ce mot d'ordre : " Que chacun soit désormais aux petits soins pour la langue de tous !" Mais telle n'est décidément pas la devise des journalistes de France, lesquels semblent au contraire s'engouffrer dans chaque faille de notre langue malmenée pour la malmener davantage encore dans son propre berceau, avec une constance qui confinerait à la cruauté s'il ne s'agissait pas de simple incompétence pétrie de suivisme. Au rang des suivismes irréfléchis qui vont s'imitant de salle de rédaction en salle de rédaction françaises [les journalistes des autres pays francophones s'avèrent plus spontanément vigilants], la Mission linguistique francophone constate un accès de fièvre concernant l'emploi de la ...

snobisme et sexisme des alumni

Inquiétante, cette prise de distance croissante des grandes écoles et universités de France vis-à-vis de leur propre langue : non, il n'y a ni pertinence ni légitimité à rebaptiser " alumni " les associations d' anciens élèves d'écoles francophones ni leurs anciens élèves eux-mêmes. Le pluriel du mot latin alumnus (signifiant élève, au masculin) n'est évidemment pas arrivé chez nous par le latin, mais par imitation servile d'un emprunt déjà très ancien des étudiants nord-américains au latin. Notre ré-emprunt est nettement digne des moutons de Panurge, comme en atteste sa propagation aussi soudaine et fulgurante que tardive : les moutons ont le réflexe vif mais l'esprit lent. Nous ferions mieux d'imiter les universités des USA pour leurs extraordinaires fanfares de plusieurs centaines de musiciens. Ces formations artistiques et ludiques persistent à briller par leur absence dans nos universités, où l'apprentissage d'un instrument de ...

repartir à la hausse ou à la baisse

Il est hautement préférable de dire que la température est en hausse ou augmente plutôt que " la température repart à la hausse ". Voici pourquoi. Préciosités balourdes sur le plan du style et grammaticalement fautives, les formules " repartir à la baisse, repartir à la hausse " étaient un tic verbal du défunt commentateur boursier radiophonique Jean-Pierre Gaillard. Non seulement ce tic lui a survécu mais il a supplanté les termes les plus clairs : augmenter, croître, se réduire, baisser, etc. Examinons la cascade de gaucheries qui éclabousse cette malencontreuse complication du langage. • Grammaticalement, baisse et hausse doivent être précédées de la préposition en et non à : en hausse, en baisse ; et non à hausse, à baisse. • Il n'y a pas lieu d'y intercaler un article, défini ou indéfini. C'est même à bannir : en une hausse, en une baisse sont aussi ineptes que en la baisse, en la hausse. Rien ne s'améliore lorsque la préposition à r...

s'enfuir et s'ensuivre, même combat

Le verbe s'ensuivre ne s'écrit pas en deux morceaux "s'en suivre". Pas davantage que le verbe s'enfuir ne s'écrit "s'en fuir" ou que le verbe s'enfermer ne s'écrit "s'en fermer". Le grand public peut s'y tromper. Mais des personnes faisant profession d'écrire en français ne devraient pas s'y méprendre. On trouve pourtant toujours des professionnels de la communication écrite qui vous écrivent des choses comme : " il s'en est suivi une grève des pilotes " (sic) [ Le Monde ] au lieu de " il s'est ensuivi une grève des pilotes ". Ces même professionnels n'écrivent pourtant pas " il s'en est gagé à s'en tendre avec nous " (sic) au lieu de " il s'est engagé à s'entendre avec nous ". C'est pourquoi nous leur rappelons qu'en bon français, le verbe s'ensuivre n'est pas sécable et se conjugue d'un seul tenant, comme tout...

accident de bébé

La RATP peine à formuler dans un français impeccable ses annonces sonores ou écrites. Tel un étranger s'égarant dans le dédale des couloirs, elle s'égare dans le sens des mots les plus simples. Ainsi, la RATP annonce-t-elle depuis plus de vingt ans des accidents voyageurs (sic) ou, moins ridicule mais non moins inexact, des accidents de voyageurs . Pour signifier par là qu'un voyageur a été accidenté. Or, en français, on ne désigne jamais un accident par la nature de la victime, mais toujours par la nature de ce qui a causé l'accident : accident d'avion , et non accident de passager ni accident de pilote de ligne ; accident de voiture , et non accident de passager ni accident d'automobiliste ; accident de ski , et non accident de skieur ; etc. Quand un bébé est victime d'un accident domestique [un accident causé par la vie à la maison] et qu'on appelle à l'aide, on ne dit pas : " Au secours ! J'ai un accident de bébé " ! Par c...

questionner, interroger, demander

Il existe une subtilité de sens entre interroger et questionner . Quand faut-il employer l'un ou l'autre de ces verbes ? Très simple : quand vous posez UNE question, vous ne questionnez pas ; vous interrogez ou vous demandez. • Vous demandez au pâtissier le prix d'une tartelette. • Vous interrogez l'office du tourisme sur les heures d'ouverture d'un musée. Toutefois, interroger peut aussi consister à poser plusieurs question, avec ou sans insistance : un juge d'instruction interroge ou questionne. Interroger et questionner sont alors synonymes. Tandis que le verbe questionner  suppose toujours que vous posiez plusieurs questions, et veilliez à en obtenir la réponse de façon suivie voire insistante . • Vous questionnez depuis des années la mairie sur la dégradation de votre quartier. • Les PUF  questionnent le monde (slogan publicitaire des Presses Universitaires de France, judicieux pour des ouvrages posant une multitude de questions sur le monde, et d...

un ton comminatoire

La plupart des dictionnaires disponibles sur internet donnent mot pour mot la même définition de l'adjectif comminatoire , décrivant une manière de s'exprimer. " Qui a le caractère d'une menace ; menaçant. Style comminatoire, ton comminatoire ." Mouais... La nature exacte de la menace contenue en français courant dans la notion de ton comminatoire mérite d'être précisée : c'est un ton qui ne souffre pas la discussion ; un ton cassant, de supérieur à subalterne ; le ton sur lequel on donne sèchement un ordre dont l’inexécution sera sanctionnée. Ce n'est pas la menace du maître-chanteur ni du tueur à gages. C'est une menace de chef. Et c'est bien ce qui rend insupportable le ton comminatoire employé par qui n'est pas notre chef. • • • POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE,  CLIQUEZ ICI Pour prendre directement connaissance des missions de la Mission,  cliquez ici.

celle ou celui qui défend est un défenseur

Pénible et désolant d'entendre au réveil, au micro de la radio France Inter, une certaine Mme Claire Hédon bafouer opiniâtrement le nom de la mission qui lui a été confiée par le gouvernement français, en présentant invariablement son institution et sa personne comme étant "la Défenseure des droits" (sic), sans être reprise ni corrigée. Il est vrai qu'elle est incorrigible... Puisqu'elle ajoute à la faute de syntaxe (erreur d'article) une faute d'orthographe "DéfenseurE". Or la définition du terme neutre " défenseur " est d'une mixité sans équivoque (citons le Larousse) : " celle ou celui qui défend quelques chose, un groupe etc " . CELLE ou celui. Tout comme le terme neutre mixte " une personne ", en dépit de son féminin grammatical, désigne sans distinction individus XX et XY. Ou comme " une victime " désigne indifféremment des sujets masculins ou féminins. L'État ne s'y est pas trompé, qui n...

chronophage et capillotracté

Néologisme bien assemblé et teinté d'humour, l'adjectif chronophage connaît une faveur grandissante et méritée. Il n'existait jusqu'alors pas de mot pour qualifier ce qui prend du temps, trop de temps, ce qui dévore [suffixe - phage ] le temps [radical chrono- ]. Le mot chronophage gagne actuellement ses lettres de noblesse et peut désormais s'employer sans guillemets, dans les contextes les plus variés, avec ou sans touche d'humour. Il n'en va pas de même pour le plaisant " capillotracté ", néologisme correctement assemblé lui aussi, mais empreint par essence d'une connotation burlesque très marquée et que l'on réservera au registre de l'humour. Construction 100% latine, capillotracté signifie " tiré par les cheveux ". • • • POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE,  CLIQUEZ ICI Pour prendre directement connaissance des missions de la Mission,  cliquez ici.

emplois absurdes de "... et autres"

Dans les pages du journal Le Monde , un article intitulé " Adidas et autres Coca-cola misent gros " semble affirmer par ces mots qu'Adidas est un Coca-cola parmi d'autres ... Ce qui ne veut strictement rien dire - à moins que le jus de chaussette de sport soit depuis peu mis en bouteille. Cet usage de la locution " et autres " suivie d'un terme qui ne désigne pas un ensemble d'éléments incluant le précédent est à bannir. Non pour des raisons de style ou d'esthétique, mais parce qu'il convient, si l'on aspire à vivre le plus heureux possible, de s'abstenir de passer pour parfaitement stupide devant son auditoire. On entend pourtant, encore de nos jours, de nombreux orateurs professionnels (journalistes, politiciens, enseignants) procéder à des énumérations de ce genre : " les tigres, pumas et autres lions ". Or, ni les tigres ni les pumas n'étant des lions, il ne peut exister " d'autres lions " à ajout...

Que pensez-vous de toutes et tous ?

  Il existe de   nombreux francophones dénommés Alain Collet. L'un d'entre eux nous a aimablement demandé : "Que pensez-vous de l'expression " toutes et tous " qui s’est répandue en quelques mois comme une traînée de poudre et qui, selon moi, fait partie d’un inutile langage inclusif." Miss LF  lui a répondu ceci. Cher Alain, nous en pensons énormément mal. La faute de style commise par les adeptes de " celles et ceux " ou " toutes et tous " est une incohérente redondance appelée savamment périssologie. Ces locuteurs-là feignent d'ignorer que " ceux " et " tous " sont des pluriels neutres mixtes, et non d'odieux masculins dominateurs qu'il faut donc faire précéder d'un féminin. Cette posture est fondée sur un militantisme du refus de la mixité grammaticale. Voire de la mixité tout court... Des personnes s'en flattent et revendiquent ce qu'elles appellent une "non-mixité choisie". ...