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cosmonautes, astronautes, spationautes, taïkonautes, vyomanautes


Comment appellera-t-on en français un astronaute suédois ? Ou un cosmonaute rwandais ?

Nul ne sait. Mais à chaque mission spatiale chinoise, la presse francophone s'engouffre avec une promptitude irréfléchie dans l'emploi d'un terme spécifique pour les cosmonautes chinois : ce seraient des taïkonautes. Le journal Le Monde va jusqu'à donner cette précision étymologique toute aussi irréfléchie ; c'est-à-dire tout aussi fausse : "taïkonaute signifie homme de l'espace en chinois". Absolument inexact. Taïkonaute signifie quelque chose comme "navigateur du grand vide" en greco-latino-chinois [nautes est un mot latin emprunté au grec].

Certains ont propagé l'idée qu'il faudrait employer des termes différents selon la nationalité de l'individu propulsé dans l'espace : astronaute s'il est citoyen des USA, cosmonaute s'il est Russe, spationaute s'il est Français, vyomanaute s'il est Indien et taïkonaute, donc, si la personne est Chinoise. Ce serait le seul exemple dans toute la langue française d'un nom de métier adapté à la nationalité du professionnel ! Un danseur, un cuisinier ou un architecte ne changent pas de nom selon leur pays d'origine. Pas davantage dans le sport - haut lieu du chauvinisme, pourtant. Un skieur et un nageur restent, en français journalistique comme en français courant, un skieur et un nageur, quelle que soit leur nationalité.

Wikipédia (dont les lexicographes improvisés ne sont jamais à court de certitudes étranges et naïves) va jusqu'à affirmer que le terme cosmonaute "s'applique à un Russe ou à un Français ayant volé avec un Russe..." De mieux en mieux. Et comment appellera-t-on un Hongrois ayant volé avec une Guatémaltèque et deux Siamois, chers wikipédiens de génie ?

La Mission linguistique francophone invite les professionnels francophones de l'information et leur public à renoncer à cette idée absurde selon laquelle il faudrait employer des mots différents pour qualifier les cosmonautes ou astronautes des différents pays du monde. Cette lubie est d'autant plus sidérante que la navigation sidérale ne connaît ni frontières ni contours territoriaux d'aucune sorte.

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Commentaires

Unknown a dit…
Au moins, cette lexicographie différenciée permet de connaître d'emblée la paternité (et pourquoi pas maternité !?!?)de l'envoi sidéral.
Miss LF a dit…
Certes, Maurice. Mais c'est bien toute la stupidité de la chose : s'il devient nécessaire d'identifier la nationalité d'un professionnel au moyen d'un nom de métier différent selon son pays d'origine, plutôt qu'en accolant un ADJECTIF de nationalité à son nom de métier,nous ne sommes pas sortis de l'auberge. C'est une régression considérable dans la construction de la langue. "Les enfants, ouvrez vos cahiers, ce mois-ci nous allons apprendre les 184 mots désignant en français quelqu'un qui fait la cuisine dans un restaurant selon son pays d'origine. Le mois prochain, nous apprendrons la liste des noms désignant en français quelqu'un qui fouille vos bagages à la douane, selon sa nationalité. Mais révisons d'abord la liste des noms de métiers de gens qui voyagent dans l'espace. Comment appelle-t-on un pilote de cabine spatiale Syrien satellisé par la Russie ?". Aux fous.
Anonyme a dit…
D'accord, à la poubelle taïkonaute et autres conneries journalistiques. Mais on garde quand même spationaute, inventé par chauvinisme, ou en-on s'en tient aux deux seuls grands mots historiques de la conquête spatiale, la vraie, que sont astronaute et cosmonaute ?

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