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fuiter : un cas d'inceste barbare


Non, un homme politique ne laisse pas "fuiter" une information dans la presse. Il la laisse échapper, il la laisse filtrer, parfois même il la distille ou il la divulgue.

Quand un parent et son enfant font ensemble un autre enfant, cela procède de l'inceste. Le résultat n'est pas toujours heureux. Il existe des incestes dans la famille des mots, et les anomalies génétiques n'y sont pas moins affligeantes.

Par exemple : le verbe FUIR engendre le substantif FUITE. Quand des journalistes accouplent le parent FUIR et son enfant FUITE, ils enfantent sans vergogne le verbe FUITER (sic), dont le caractère dégénéré n'échappe qu'à eux... 

La Mission linguistique francophone s'est émue de cette monstruosité sémantique dès son apparition publique, en janvier 2008. Quatre ans plus tard, le 2 février 2012, l'Académie française nous a suivis et a insisté pour que les journalistes chassent de leur esprit le barbarisme fuiter (sic), le gomment de leur jargon et s'en tiennent à des formulations ayant recours au mot fuite dans son sens figuré, chaque fois qu'ils voudraient exprimer le fait qu'une information confidentielle a surgi du secret jusqu'à leurs oreilles.

Une petite décennie plus tard, le monstre "fuiter" s'est au contraire installé sans guillemets dans la presse écrite. Il entre déjà dans les dictionnaires, avides d'entériner ces aberrations pour permettre à leurs services commerciaux de claironner l'entrée de mots effarants dans leurs nouvelles éditions, sans même prendre la précaution d'indiquer que le terme est critiqué.

Peu importe, en effet, qu'il s'agisse de néologismes difformes rejetés avec clairvoyance par les francophones n'ayant pas encore perdu l'instinct de leur propre langue. Les tenants d'une langue intelligente et claire sont tous de ramassis des vieux cons et de jeunes bornés, c'est bien connu. Tandis qu'un vocabulaire torturé par des professionnels de la langue incapables de se souvenir qu'une fuite résulte du fait de fuir et non de fuiter (sic), ça c'est du progrès ! Ben non.

PS : L'Académie française rappelle que le néologisme difforme "fuiter" est d'autant plus inutile que l'on utilise depuis longtemps le verbe filtrer dans ce sens figuré : telle information secrète a filtré. Mais c'est demander beaucoup d'efforts synaptiques à certains que de les obliger à retrouver un lien entre deux mots de sens commun dont les radicaux sont différents. Ainsi de moins en moins de francophones disent-ils qu'ils visent une cible, préférant généralement cibler une cible.

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Commentaires

Unknown a dit…
N'en est-il pas de même pour la série "clore ; clôture ; clôturer"
Miss LF a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Miss LF a dit…
Clôturer/clôture et fuiter/fuir. Les situations sont différentes, bien que comparables en apparence, en effet. Clore ne crée pas immanquablement une clôture. Le fait de clore peut créer un enclos, une fin, un terme, un verrouillage, un endormissement (les yeux clos), etc. De même, la clôture peut ne pas être refermée sur elle-même, rester ouverte dans sa topologie et donc ne rien clore ; juste clôturer, en effet. En ce sens, il est permis de considérer "clore" et "clôture" comme ne découlant pas indissociablement l‘un de l’autre en toute réciprocité.

Il en va différemment de la fuite et du verbe fuir. Avant l’entrée en piste de ces journalistes qui nous postillonnent dans les médias de grande audience les pires inepties de leur jargon professionnel comme s’il s’agissait du langage courant, toute fuite résultait de l’action de fuir, et tout ce qui fuyait était lié à une fuite : la fuite de l'évadé qui fuit, la fuite du robinet qui fuit, et donc la fuite du secret qui fuit, exactement comme un robinet ou un évadé.

Ceux qui sont réticents à dire d’une information qu’elle fuit pouvaient et peuvent toujours dire qu’elle filtre, autre métaphore liquide… Si vous avez un enclos où parquer cet âne de verbe « fuiter » jusqu’à ce que mort s'ensuive, n'hésitez pas à laisser filtrer l'information, nous sommes preneurs !

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