Accéder au contenu principal

peut-on coconstruire ?

Néologisme inutile à souhait, le verbe coconstruire signifie simplement construire.

Ou éventuellement construire ensemble, si l'on aime les périssologies [précisions redondantes]. Car dans construire, le préfixe con- signifie déjà ensemble ! Mais surtout, parce que le contexte indique toujours que la prétendue "coconstruction" se fera à plusieurs : dans "nous allons coconstruire", le sujet pluriel est déjà là pour exprimer la communauté d'action. Et dans "je vais coconstruire", on voit que l'énoncé est absurde (construire ensemble mais seul ?), ou bien qu'il manque le complément précisant avec qui je vais construire. Or, "je vais coconstruire une maison avec mes cousins" serait un pléonasme, qu'on s'évitera en disant tout simplement "je vais construire une maison avec mes cousins".

La réponse est donc : non, on ne peut pas "coconstruire" sans commettre une maladresse de langage.

Mais supposons que si.

Alors, pour qui construit absolument seul (ce qui est rare mais existe, et pourrait justifier de le préciser : "j'ai construit seul ce gratte-ciel"), faut-il s'encombrer du néologisme soloconstruire, fabriqué sur le modèle de coconstruire ?

Non plus. Chacun le sent bien. Car le français n'est pas une langue du mot mais de la phrase : la langue française n'agglutine pas volontiers les notions en un seul mot, comme le font le basque, le hongrois, l'allemand et bien sûr l'anglais. Elle les juxtapose harmonieusement au moyen d'une construction grammaticale qui devrait être instinctive chez les professionnels de la langue : construire seul est la formulation cohérente avec la nature de notre langue, et non l'artificiel soloconstruire. Il en va de même pour coconstruire.

Mais quitte à employer ce vain verbe par amour de la mode, rien ne justifie de l'écrire sous cette forme : co-construire, qui est une faute d'orthographe. Car ce n'est pas un mot composé (comme abat-jour) mais un mot avec préfixe (comme inconnu = in+connu). Or, il n'y a aucune autre raison que la perte des repères instinctifs dans le maniement de sa propre langue pour aller dé-tacher in-utilement les pré-fixes par un trait d'union. On cohabite, on coécrit, on cogère, on coexiste, on correspond et, si on y tient indécrottablement, on "coconstruit" alors sans trait d'union.

Ce néologisme n'a pas d'autre nécessité que le façonnage sans cesse renouvelé d'une langue de bois aux nœuds voyants. On sera bien inspiré d'y renoncer et de le déconstruire... pour reconstruire une langue sobre, claire, sans vanité.

• • •
POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI
Pour prendre directement connaissance des missions de la Mission, cliquez ici.

Commentaires

Chirhughy a dit…
Bonjour, Il est regrettable que vous n'ayez pas pris la peine de jeter un œil à mon commentaire à la suite de votre article "spécialisé en p'tit nègre", puis de corriger l'erreur commise.
Je vous souhaite une bonne rentrée, et continuerai de vous lire.
HR
Miss LF a dit…
Nous regrettons d'avoir tardé à recevoir la notification de votre aimable commentaire, mais nous avons bien apporté la correction. Merci !
HENRI COLIN a dit…
Bonjour à votre équipe,

Je reviens pour discuter votre explication justifiant que le mot coconstruire serait un néologisme de construire puisque le préfixe ''con'' signifie ensemble. Faire ensemble n'induit pas que le pouvoir hiérarchique ou décisionnel soit réparti de façon équivalente.
C'est la raison pour laquelle le mot coconstruire a été créé dans les langues anglo-saxonnes parce que le mot construire et ses dérivés implique construire ensemble et avec un pouvoir de décision partagé ajouté au fait de construire ensemble, il induit l'aspect consensuel. D'ailleurs aujourd'hui les nouvelles méthodes de gestion de projet et de management impliquent la coconstruction par exemple dans les méthodes agiles. Lorsqu'en entreprise le mot coconstruction est utilisé chacun des collaborateurs comprend clairement que le pouvoir de décision est partagé. Celà fait parti des évolutions de la langue et démontre comment la règle peut avoir du retard sur l'usage et la coutume. D'ailleurs de clamer que vous disposer des règles en nous les distribuant est une construction relationnelle, le fait que nous puissions en débattre et que vous puissiez modifier la règle avec notre collaboration devient de la coconstruction. Merci de me lire et de me publier.
HENRI COLIN a dit…
Corrections orthographiques concernant la dernière partie de ma publication

Cela fait partie des évolutions de la langue et démontre comment la règle peut avoir du retard sur l'usage et la coutume. D'ailleurs de clamer que vous disposez des règles en nous les distribuant est une construction relationnelle, le fait que nous puissions en débattre et que vous puissiez modifier la règle avec notre collaboration devient de la coconstruction. Merci de me lire et de me publier.
Miss LF a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Unknown a dit…
Bonjour,
Ce commentaire est hors-sujet, mais, ne sachant pas comment vous joindre autrement, j'utilise ce moyen.
Je ne résiste pas au "plaisir" de vous faire part d'un précieux ridicule, restaurateur de son état, entendu au journal télévisé de TF1. Il parlait de son "activité pendant la saisonnalité estivale". "Pendant l'été" aurait été trop simple, trop commun.
Comment en est-on arrivé là ?
Merci pour la qualité de vos articles.
Miss LF a dit…
Très fort dans la préciosité et le bluff, en effet ! Nous allons consacrer un article à cette manière de boursoufler le français. Merci pour le signalement et la suggestion.
Chambaron a dit…
Une étude affinée des occurrences dans les publications montre que ce mot apparait subitement en français dans la dernière décennie du XXe siècle. Il est employé essentiellement dans le domaine des sciences pédagogiques (coconstruire une situation d'apprentissage, un projet, un discours, un débat). Il est difficile d'en connaitre l'origine précise mais il s'agit souvent de l'influence de travaux universitaires anglophones dont on reprend mécaniquement le jargon plutôt que de le traduire en bon français. On voit mal en tout cas l'apport de sens d'un tel terme dont certains se gargarisent à la moindre occasion. Ces boursoufflures pseudo-scientifiques sont légion, en particulier dans les médias et ne font que masquer l'appauvrissement de la clarté de l'expression.

Articles les plus lus cette semaine

à très vite ou à très bientôt ?

Évidemment, seuls " à bientôt " et " à très bientôt " sont corrects, tandis que " à très vite " est un monstre grammatical dont la présence étonne dans la bouche et sous la plume de personnes qui ne sont ni ennemies de la logique ni esclaves des bourdes en vogue. En effet, la préposition à ne peut introduire ici que l'annonce d'un moment dans le temps. Or, " très vite " n'est pas une indication de temps mais de manière. On ne peut donc pas faire précéder " très vite " d'une préposition introduisant une indication de moment dans le temps, comme à demain , à jeudi , à plus tard , à dans deux mois ou à bientôt . De fait, personne ne dit " à vite !" au lieu de " à bientôt !", comme si seul le petit mot très avait permis la propagation du barbarisme " à très vite " en empêchant la transmission de sens entre la préposition à et l’adverbe vite , nous déconnectant ainsi de l’instinct gram...

Mbappé ne s'appelle pas M-Bappé

La prononciation correcte du patronyme camerounais Mbappé ne tend aucun piège. Les journalistes de France et de Navarre s'en inventent pourtant un, et le prononcent majoritairement de façon fautive, en créant une séparation fictive entre la consonne M et les autres lettres. Ce qui donne l'étrange lecture "Êm' Bappé", qui est une absurdité comme le serait "Êss' Tendhal" au lieu de Stendhal, "Zêd Idane"" au lieu de Zidane, ou "Tom Cé Ruise" au lieu de Tom Cruise. Si les professionnels de la parole ont du mal à articuler la succession de consonnes - mb -, ils peuvent s'y exercer en répétant sans la moindre difficulté : " sa mba pé rilleuse sans Mba ppé rieur ". Ou encore : " je m'bats  contre Mba ppé", puis " Mba ppé m'bat ", et finalement "si tu m'bats , je m'ba rre !" PS : L'articulation subtile d'un M directement accolé à un B, nous la réussissons sa...

similitudes et similarité

Le fait de présenter plusieurs aspects similaires sans être totalement identique se dit comment en anglais ? Similarities (pluriel de similarity) . You are right. Et comment cela s'appelle-t-il en français ? Des similarités ? Non : des  similitudes , ou même une  similitude . La Mission linguistique francophone relève une mise en péril de l'avenir du mot similitude par la mauvaise traduction généralisée de similarity et de son pluriel similarities . Les professionnels concernés (traducteurs, journalistes, pédagogues friands de publications scientifiques en anglais) sont invités à ne pas confondre le français et l'anglais, ni se tromper de désinence. Et donc, à se méfier presque autant du piège tendu aux similitudes par les "similarités", que du piège tendu à la bravoure par la "bravitude"... En français, on emploiera le singulier " la similitude " pour traduire l'idée d'une complète analogie (" la similitude de leurs deux t...

l'aphone éthique radiophonique : à quoi bon savoir prononcer ?

N'y a-t-il pas de différences subtiles à faire entendre dans les médias parlés entre voyelles voisines, mais distinctes donc porteuses de significations précises ? Si. • poignet ou  poignée • épais ou  épée • archet ou  archer • râblé  ou  Rabelais • incarné ou un carnet • vous irez ou vous iraient • entrait ou  entrée • défaite ou des fêtes • côte ou  cote ou cotte • hotte ou  haute  ou  hôte • pas mâle ou  pas mal ou pas malle • de moi ou  deux mois • cela ou  ceux-là ?  Ou encore : • telle est faune  ou  téléphone ? La justesse phonétique n'est pas la marotte d'auditeurs râleurs mais la compétence première d'un journaliste ou animateur de radio. C'est même son devoir s'il œuvre dans le service public. Voilà pourquoi on attend légitimement d'un journaliste de la presse parlée spécialiste de la Pologne s'exprimant sur France Info et France Inter, qu'il sache parler en français de la ...

bon déroulement et mauvais déroulé

La Mission linguistique francophone et l' Académie française unissent leurs efforts pour rappeler d'une même voix qu'une action se déroule selon son déroulement et non selon son " déroulé " (sic) - contrairement à ce que l'on lit depuis peu d'années sous la plume de rédacteurs professionnels adeptes de l'approximation. Faute que l'on entend par contagion dans la bouche des francophones que la répétition des erreurs de langage nouvelles attirent irrésistiblement, par la seule vertu de leur nouveauté. Pour ces francophones-là, que nous avons sondés, le bon déroulement est un mot éculé qui manque de dynamisme. Selon eux, le " déroulé " (sic) d'une cérémonie, c'est plus actif [*]. De toute façon - tranchent-ils - on est libre de dire ce qu'on veut quand même, non ? Ce dévoiement (et non ce dévoyé ) de la notion de liberté ne suscite ni le "consternement" ni le "consterné", mais bien la consternation . ...

passer à la caisse

En France et en Suisse, vous entendez ceci : " le magasin va bientôt fermer, veuillez vous rendre en caisse ". N'en faites rien. Car seuls les billets de banque et les pièces de monnaie sont susceptibles d'aller " en caisse " ; ils y sont d'ailleurs encaissés . Mais les humains, eux, se rendent  à la caisse . De même qu'ils vont au comptoir, au bar, au rayon boucherie , aux toilettes, au jardin, au garage, au vestiaire ou à l'infirmerie.   Avec beaucoup de mauvaise foi ou quelque manque de clairvoyance, un webmestre s'exprimant au nom d'une haute institution académique française a pris l'initiative personnelle de répondre qu'il n'y avait rien à redire à l'injonction de "passer en caisse", invoquant l'expression "se marier en l'église Saint-Louis". Or, il s'agit là d'un rapprochement doublement spécieux, car : • primo : il se réfère au parler médiéval ecclésiastique ...

dédication

En anglais, dedication , c'est le fait de se consacrer pleinement à quelque chose. Ce qui pourrait se traduire en français soit par dévouement soit par implication , selon la nature et le cadre de ce plein investissement de soi. Depuis la fin des années 1990, de mauvaises traductions de cette notion anglophone de dedication nous ont donné, dans le français négligent des médias et des affaires, une myriade de personnes et de choses " dédiées " à quelque chose ou quelqu'un, alors qu'elles sont en réalité consacrées, destinées, vouées, dévolues, réservées à , impliquées dans , chargées de ou spécialisées ;  voire spéciales ou spécifiques . Mais nullement " dédiées ", comme un poème est dédié à l'être aimé. Puisque le verbe dédier n'a que cette seule signification dans notre langue : rendre hommage. Depuis 2010, l'invasion du faux ami dedictaed s'intensifie. Au point que la locution dédié à [dans son sens inexact] soit en train...

long terme, moyen terme, court terme

Terme est ici à comprendre au sens d' échéance, au sens de fin , comme dans le verbe terminer et le mot latin devenu français terminus. Pourquoi ne faut-il jamais dire " sur le long terme " ni " sur le court terme " ? En quoi est-ce une faute indéniable, doublée d'une inutile complication ? Parce que toute langue a besoin de cohérence pour sa vitalité. Or, dans notre langue, les chose se font à terme , et non sur terme : un enfant naît à terme , un loyer se paie à terme , un train arrive au terminus , etc.  Un enfant ne naît pas "sur terme", et encore moins "sur le terme". " Sur terme " est donc faux, et " sur le terme " l'est plus encore. Que le terme soit long, moyen ou court, ni " sur " ni " sur le " ne peuvent le précéder. Pour cette raison, on dira donc exclusivement " à long terme, à moyen terme, à court terme ", et on se désintoxiquera de l'incohérent " s...

malaisant

Ce qui produit une gêne est gênant, donc ce qui produit un malaise peut bien être malaisant. Faux. Car le verbe gêner existe, pas le verbe malaiser . Cet article est court car il n'y a rien de plus à dire : "malaisant" est un néologisme inepte donc irrecevable. Et l'Académie française le confirme . Honte à la chaîne culturelle Arte et la société de production  Apache Films d'en avoir fait le titre d'une série, pour racoler un public vulnérable aux bourdes langagières ambiantes. POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI