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ne révélez pas la fin du film (mais oubliez le barbarisme "divulgâcher")

Avec tout le respect dû à la Direction de la langue française et des langues de France (DGLFLF) et à l'académicien français Frédéric Vitoux, qui applaudissent ensemble le vain et vilain néologisme "divulgâcher" (sic), on aimerait rappeler à l'une et à l'autre que cette création artificielle est sans nécessité puisque plusieurs verbes français existent déjà pour exprimer le verbe franglais "spoiler" (prononcé spoï-lé), au sens de "révéler le détail ou le dénouement d'une intrigue".

Les premiers de ces verbes existant déjà sont très beaux et ne comportent que trois syllabes (contre quatre à "divulgâcher" et sa surcharge bien vaine). Ce sont DÉFLORER et DÉVOILER.

"Ne déflorez pas la fin du film !" et "Ne dévoilez pas la fin du film !" sont les très exactes traductions, en français sobre, du franglais snob et ado "Ne spoilez pas la fin du film !".

On peut aussi demander à ne pas éventer une intrigue pour ne pas révéler les surprises qu'elle réserve.

Ou encore, le plus simplement du monde : "Ne racontez pas la fin du film !" Chacun comprend alors qu'il s'agit de ne pas en déflorer l'intrigue ni le dénouement.

Salutaire est la réprimande publique adressée par Frédéric Vitoux, en sa qualité d'académicien, à la population francophone en général et spécifiquement aux voix de Radio France qui nous gavent de commentaires sur les films perdant de leur saveur s'ils sont "spoïlés". Ce qui navre, c'est l'étonnante adhésion de cet homme de lettres à un néologisme de cruciverbiste alcoolisé, extrêmement mal pensé et balbutiant : "divulgâcher"(sic) ; alors que des verbes magnifiques existent et ne demandent qu'à vivre : déflorer, éventer, dévoiler, révéler - nous le répétons.

Le pire défaut de "divulgâcher", ce mot-valise nigaud [étonnamment venu du subtil et créatif Canada francophone], c'est son pléonasme interne. Car divulguer et gâcher sont ici une seule et même action, aux mêmes effets et aux mêmes causes ! Pourquoi pas "déambulmarcher" ou "trépassmourir" ou "désaltéboire" ?

Un erratum serait le bienvenu de la part de l'Académie française ou de la DGLFLF, qui semblent avoir conjointement perdu de vue le fait qu'une intrigue ne se "spoïle" pas et ne se "divulgâche" pas davantage. Puisque cinq verbes impeccables sont déjà à notre disposition.

Les dictionnaires qui se sont rués, eux aussi, sur le farfelu "divugâlcher", par sensationnalisme et mercantilisme, s'honoreront de l'en faire sortir aussi vite qu'il l'y ont fait entrer.

En France, le gouvernement vient d'officialiser le "droit à l'erreur" (dans un site internet au nom anglomane oups.gouv), qui est surtout un devoir de les corriger et de tout faire pour les éviter. Avec "divulgâcher" comme avec "spoiler", les professionnels de la parole et de l'écriture tiennent deux erreurs bien dodues et bien tonitruantes qu'ils se feront un devoir de gommer.

À moins que déflorer l'intrigue, éventer la chute ou raconter la fin aient mérité de mourir ? Mais alors expliquez-nous pourquoi dans le creux de l'oreille [par exemple en commentaire ci-dessous]. Car nous ne leur souhaitons au contraire longue vie après un prompt rétablissement.

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Commentaires

Pierre a dit…
Très joli, ce verbe déflorer, mais il me fait penser à autre chose que la fin d'un film...
Hervé a dit…
Effectivement, c'est même plutôt le début...
Anonyme a dit…
J'ai toujours dit "éventer" et je continuerai. Cela évoque un aliment qui a perdu sa fraîcheur, et le dit avec douceur. Divulgâcher, c'est inutile, vous avez raison, et c'est terriblement offensif. A la fois par sa sonorité et par ses deux reproches d'un coup.
Miss LF a dit…
Très juste. Merci pour votre analyse qui ajoute à la nôtre : "divulgâcher" est en effet très agressif.
Anonyme a dit…
Il me semble tout de même qu'entre toutes les alternatives proposées, il subsiste quelques subtiles différences sémantiques qui en font certes des synonymes, mais des mots qui ont aussi leur autonomie, et qui ne peuvent pas s'interchanger indifféremment.
C'est aussi le cas de "divulgâcher" (et par ailleurs, non, "divulguer" et "gâcher" n'ont pas le même sens : on ne divulgue pas un cadeau, on ne gâche pas une information sensible), qui évoque des nuances de sens que n'ont pas "éventer" et autres (par exemple, la présence de "gâcher" empêche toute ambiguïté sur le fait que le dévoilement engendre la déception).
Miss LF a dit…
Bonjour. Vous nous avez mal compris. Nous ne disons pas que "divulguer" et "gâcher" son synonymes ! En effet, divulguer une heureuse nouvelle, ce n'est pas gâcher le plaisir de quiocnque. Nous disons - et c'est indéniable - que to spoil signifie "gâcher" et que "gâcher" suffit donc. Et nous soulignons l'ineptie de ce néologisme par l'emploi de deux verbes ICI redondants, puisque divulguer la fin de l'intrigue, c'est gâcher le film. Il est donc indéniable que gâcher et divulguer expriment ICI exactement la même idée.
C'est vraiment une très mauvaise création lexicale, racoleuse et irréfléchie, à jeter à la corbeille. Nous espérons que la relecture plus attentive de notre article vous en convaincra.

Quoi qu'il en soit, merci pour votre intérêt et pour votre commentaire qui nous a permis de clarifier ce point.

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