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animal, on est mal

"Animal / On est mal", chantait Gérard Manset, auteur en 1968 de ce refrain à la rime richissime.

La rime aurait été moins riche s'il avait écrit "Animal / On est mâle". Car mal et mâle ne se confondent pas. Ces deux syllabes se prononcent aussi différemment qu'elles s'écrivent.

Hélas, 50 ans plus tard, la majorité des membres des professions de tradition orale, depuis les comédiens de doublage jusqu'aux journalistes de radio, ne prêtent plus aucune attention à cette nécessaire distinction entre le a "aigu" de mal et le â "grave" de mâle. Une narratrice de documentaire animalier en vient à nous expliquer la capacité de tel insecte a venir à bout d'une tache complexe (tel un puissant détergent, sans doute ?) au lieu d'une tâche complexe (tel un être doué de raisonnement).

Illustration : exemple de tache complexe utilisée pour aider la tâche complexe des praticiens en psychiatrie et en psychologie, dans le cadre d'un exercice d'interprétation personnelle des formes abstraites, inventé par le psychiatre suisse Hermann Rorschach en 1921.

En France, le flou de la prononciation des voyelles a et â par de nombreux orateurs de métier est d'invention plus récente. Il s'inscrit dans un courant de dislocation de la phonétique qui noie aussi les distinctions entre entre ê et é (des genêts devenant déjeuner; entre o et ô (l'otarie devenant l'eau tarie ! Ou le modèle devenant le mot d'elle, parce que le o ouvert à prononcer comme dans sa racine mode est mué par approximation en un ô fermé, comme dans l'eau ou le mot) ; et plus récemment, entre en et on (l'attente prononcée la tonte).

Quand vous amalgamez toutes ces négligences d'articulation, vous aboutissez par exemple à conseils de défonce  au lieu de Conseil de Défense ! [entendu à 13H07 au JT de France2, le 25/02/2020]  Au à mot d'elle froncé au lieu du modèle français. Ce fourvoiement ne vous vaut cependant pas le moindre recadrage, ni de la part de l'ingénieur du son qui enregistre votre narration, ni de la part des vérificateurs ultérieurs de l'enregistrement, ni de la part de la direction de station de radio qui vous charge d'un certain temps de parole intelligible en direct.
 
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Commentaires

Lucie10T a dit…
Juste après avoir lu votre remarque, j'entends une journaliste annoncer "NOUS SOMMES ENSEMBLE POUR DEUX HEURES, DEUX DÉBATS". Non, un seul débat mais elle prononce mal "deux heures DE débat" !

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