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Articles

poser un acte

" Je suis fière d'avoir posé un acte inédit. " En cette première moitié de l'année 2023, la Mission linguistique francophone a constaté l'émergence d'une formule vide de sens mais très prisée par certaines personnalités politiques : "poser un acte". L'avenir dira si cette préciosité irréfléchie prend son essor ou si le vent qui l'a apportée la dispersera bientôt comme elle est venue. Au sens péjoratif, on commet un acte.  On sens laudatif, on accomplit un acte. Et dans le doute, on pose ou se pose une question. Mais on ne pose nulle part un acte. Hormis sur la langue fourvoyée de quelques précieux ridicules et suivistes. POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE,  CLIQUEZ ICI Pour prendre directement connaissance des missions de la Mission,  cliquez ici.

de et deux, se et ceux, que et queue

Queue s'est-il passé [QUE s'est-il passé] ? Un nouveau juge ceux saisis du dossier [SE saisit du dossier]  et l'enquête ceux concentrent maintenant    [SE concentre maintenant] sur le fils. Deux nouveaux entendus [DE NOUVEAU entendu] , il nie toute implication. " (Jean-Marc Morandini). Comme, hélas, la majorité de ses collègues de l'audiovisuel francophone de France (ce n'est pas le cas partout ailleurs), cet animateur de télévision, dont le métier est pourtant d'abord de nous parler de façon distincte, ne parvient pas à respecter la différence importante entre les sons "E" ( comme dans ME) et "EU" ( dans FEU). Il ne semble pas entendre les différences majeures entre cela et ceux-là , entre de moi et deux mois , entre deux nouveaux et de nouveau , entre Que de poissons !  et queue de poisson , entre se saisit et ceux saisis , entre  je et jeu,  ni me et meuh... Pourtant, cette distinction phonétique n'est ni négligeable...

la fin de la fin est annoncée

La Mission linguistique francophone pronostique la mort prochaine de la fin , remplacée par le final . Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, la fin sera alors devenue du vieux français. Comme l 'avenir, remplacé par le futur (1). Retraçons les étapes de cette sénescence.  En dépit de l'existence de la locution à la fin et de l'adverbe finalement, la formule défectueuse " au final " (sic) s'est installée depuis plus de vingt ans ans dans le français courant .  Comme la tendance ne s'inverse pas mais s'accentue, les années 2020 semblent annoncer la mort de la fin elle-même, métamorphosée en  le final . L'expression " au final " (sic) a été maladroitement forgée au début du vingt-et-unième siècle par des cuistres médiatiques sur le modèle de " au total ". Rappelons-leur que " au " signifie " à le ". Or, le total ( au total ) ça existe en effet , tout comme existent le départ (...

les nouveaux Incroyables

À la fin du dix-huitième siècle, il y eut en France des excentriques des deux sexes qui se plaisaient à ne pas prononcer la consonne R. On les appelait les Incroyables [" Inc'oyables "] et les Merveilleuses [" Me'veilleuses "]. Cette toquade phonétique dura dix ans et passa de mode. La fin du vingtième siècle a vu apparaître de nouveaux Incroyables qui se plaisent, eux, à ne pas prononcer le son Ê en fin de mot [comme à la fin de sifflet ] et le transforment en son É [comme à la fin de sifflez ]. Trente ans après, leur toquade dure encore et s'amplifie même. Ces partisans de la transformation du son Ê terminal se comptent aujourd'hui par millions [1] . Ils revendiquent d'être sont sourds à la musique des phonèmes francophones. À les entendre, leur langue n'est pas le  français  mais le  francé  (sic). Ils nous racontent ce qu'ils faisez (sic) au lieu de ce qu'ils faisaient ; entre la main et l'avant-bras, ils ont des...

le masculin ne l'emporte pas (en paradis)

Voici déjà quatorze ans, b ien avant le déferlement de la cacographie surnommée "écriture inclusive", n ous avions publié cette analyse apaisante.  Elle est lumineuse et imparable. Mais rien n'y fait : l'obscurantisme de la guerre des genres prend de la vigueur. Nous remettons donc cet article sur le dessus de la pile, compte tenu de l'obstination générale à ressasser que " le masculin l'emporte " - ce qui est faux - et à s'en plaindre, voire s'en venger, ce qui n'est pas plus judicieux. Il faut au contraire admettre ceci : la forme francophone des pluriels mixtes se montre alternativement masculine (par exemple : les individus dépravés, les gens connus, tous les témoins ) ou féminine (par exemple : les personnes présentes, les innocentes victimes, les personnalités invitées ). Il en résulte que la guéguerre des sexes ne devrait pas avoir sa place dans cette question grammaticale. Mais il apparaît aussi que la formule " le mas...

systémique

L'emploi immodéré du terme  " systémique " est à éviter. C'est le nouvel adjectif pompeux dont on aime se gargariser et qu'on accole à tout ce qu'on déplore : violence systémique, pauvreté systémique, embouteillage systémique, misogynie systémique, pédophilie systémique, inculture systémiques, racisme systémique, inflation systémique : tout y passe. Un jour, c'est  systémique qui passera. De mode. Soyez en avance sur votre temps : oubliez-le dès aujourd'hui ! Illustration : poisson à plumes, peut-être systémique lui aussi. Photo de Patrick Rougereau, intitulée Punky Fish (2022). • • • POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE,  CLIQUEZ ICI Pour prendre directement connaissance des missions de la Mission,  cliquez ici.

fuiter : un cas d'inceste barbare

Non, un homme politique ne laisse pas " fuiter " une information dans la presse. Il la laisse échapper , il la laisse filtrer , parfois même il la distille ou il la divulgue . Quand un parent et son enfant font ensemble un autre enfant, cela procède de l'inceste. Le résultat n'est pas toujours heureux. Il existe des incestes dans la famille des mots, et les anomalies génétiques n'y sont pas moins affligeantes. Par exemple : le verbe FUIR engendre le substantif FUITE . Quand des journalistes accouplent le parent FUIR et son enfant FUITE , ils enfantent sans vergogne le verbe FUITER (sic), dont le caractère dégénéré n'échappe qu'à eux...  La Mission linguistique francophone s'est émue de cette monstruosité sémantique dès son apparition publique, en janvier 2008 . Quatre ans plus tard, le 2 février 2012 , l' Académie française nous a suivis et a insisté pour que les journalistes chassent de leur esprit le barbarisme fuiter (sic), l...

se faire plaisir ou se faire tuer

Trop nombreuses sont les personnes heurtées à mauvais escient par l'emploi de cette tournure irréprochable : " se faire violer, se faire agresser ". Elles s'en indignent en ces termes : " On subit un viol. On subit une agression. On EST violé. On EST agressé. On ne SE FAIT pas violer, on ne SE FAIT pas agresser ." Ce reproche est entaché d'une erreur d'appréciation appelée hypercorrection : au-delà du purisme, l'hypercorrection consiste à voir des fautes d'expression où il n'y en a pas. Or - en morale comme en littérature - voir le mal où il n'est pas est le contraire de la pureté. En français, " se faire balloter par la houle " ou " se faire huer " n'exprime aucunement la volonté d'être balloté ou hué ; pas plus que " se faire torturer " ne signifie qu'on a appelé ce calvaire de ses vœux. C'est au contraire ici une fatalité subie qui s'exprime, comme dans " il s'est fait arr...

sur support papier

Le mot papier n'est pas un adjectif. Les formules l'employant comme tel sont donc des barbarismes à proscrire. La francophonie accueille dans son vocabulaire les industries papetières (industries du papier), les cocottes en papier et les corbeilles à papiers , mais déchire avec irritation les documents papiers (sic), les versions papier (sic), les annuaires papier (sic) et les choses " papier " d'une manière générale. Le vocabulaire le plus simple est perdu de vue en même temps que le jargon s'hypertrophie. La syntaxe s'en détache par lambeaux. Dans les administrations - et par contagion dans la vie courante - on assiste à la mutation du mot papier en une sorte d'adjectif invariable. Un terme sans statut grammatical précis, accolé à divers autres pour exprimer l'idée de documents palpables et lisibles à l'œil nu, par opposition à ceux dont la lecture exige un écran informatique. Par un excès de précision irréfléchi doublé d...

fainéant

Parmi les professionnels de la communication en langue française, il reste des fainéants de la logique qui disent et écrivent encore  " feignant " au lieu de " fainéant ". Confusion que l'on pouvait croire disparue avec la quasi disparition de l'illettrisme... Le fainéant, c'est celui qui fait néant, qui ne fait rien ou ne veut rien faire. Pas difficile à comprendre, si ? La prononciation rapide des syllabes "fain é ant" peut dériver vers "fain i ant". C'est ce qui a introduit la méprise entre ce mot et le participe présent feignant du verbe feindre , dont la sonorité est proche de la prononciation imprécise de fainéant . Il semble que certains aient imaginé à partir de là que le feignant était celui qui feignait de travailler. Or, la personne qui feint est une feinteuse ou un feinteur et non un "feignant" (sic). Le "feignant", en tant que paresseux, n'existe pas. Sauf sous la plume de rédacte...

s'enfermer et s'exfermer

On sait que notre langue souffre parfois de créations de termes inutiles et mal pensés, nés de la simple ignorance du terme nécessaire déjà présent dans son stock. Inversement, des mots indispensables n'existent pas, et rien ne semble parvenir à les faire exister. Une rivière est profonde ou peu profonde, mais l'adjectif autonome signifiant peu ou pas profond n'existe pas en français ( shallow , en anglais ; flach en allemand ; sekély en hongrois).  L'enfant dont les parents sont morts est orphelin ; mais les parents dont l'enfant est mort n'ont pas de nom.  Les autorités francophones de la néologie officielle ne lui en cherchent pas ; peu importe l'indicible chagrin sans nom. Mais c'est un troisième exemple qui nous intéresse ici. On entre ou on sort. On empêche d'entrer et on empêche de sortir. Or, le contraire d' enfermer - au sens d'empêcher de sortir d'un lieu fermé - n'existe pas en français. Il serait pourtant ut...