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Articles

tueur sériel

Souvent, le français souffre de traductions de l'anglais trop analogiques, trop "mot à mot". Ainsi l'anglais crime scene traduit servilement par  scène de crime , alors que le français a toujours parlé de lieux du crime . Ou bien l'anglais the future traduit par le futur alors qu'il s'agit de l'avenir . Dans le cas de serial killer , c'est bizarrement le contraire qui s'est produit. En France, sinon dans tous les pays francophones, l'habitude a été prise de traduire cette désignation par tueur en série , alors que l'adjectif sériel existe. La Mission linguistique francophone recommande de ne pas s'interdire l'utilisation du mot sériel pour traduire l'anglais serial , non seulement dans le cas de la musique sérielle mais aussi dans le cas des criminels multirécidivistes considérés comme tueurs sériels . POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI Henry VI...

chargés d'être en charge

Une expression française anodine est en train de disparaître : être chargé de (telle ou telle responsabilité professionnelle, associative, élective, etc). Elle est trop souvent remplacée par cette tournure fautive : " être en charge de " (sic). Il existe bien encore des Chargés de mission , dont la fonction tire son nom du fait qu'ils soient chargés d'une mission. Mais, oublieux d'une étymologie aussi limpide, ils se présentent le plus souvent aujourd'hui comme étant " en charge de " leur mission. Cette erreur s'est installée en français dans le milieu des années 1990 et n'en repart plus. Une fois encore, il s'agit d'une mauvaise traduction mot à mot de l'anglais " to be in charge of " qui signifie " être chargé de ". Elle s'est infiltrée sans que les défenses immunitaires de notre langue vivante aient joué leur rôle : rédacteurs en chef et secrétaires de rédaction qui ne corrigent pas un titre, un...

châteaux de cartes

Bryan Berg est un bâtisseur professionnel de châteaux de cartes. Il en fait spectacle et, selon la règle de ce passe-temps, n'utilise pour cela que de véritables cartes à jouer, sans colle ni attaches. À force d'habileté, de patience et d'absence de courants d'air, il est parvenu à établir un record du monde dans cette activité, avec un gratte-ciel haut de 7,81 m, bâti en 44 jours au moyen de 255 kilos de cartes à jouer.   En anglais, Il existe un mot pour définir celui qui s'adonne à la construction de châteaux de cartes ; c'est un cardstacker . Littéralement, un empileur de cartes. La notion n'est pas absente de notre culture, mais le français n'a pas de mot pour désigner ces "empileurs". Reste à en choisir ou en forger un. POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

on ne peut poster que par la poste

Peut-être avez-vous déjà dit, à propos d'un message ou d'un graphisme que vous partagiez en réseau : " je le poste ".  Non, l' Académie française et la Mission linguistique francophone unissent leurs efforts pour vous adjurer de ne pas tomber dans le piège du faux ami anglais " to post ", qui ne signifie pas poster mais  afficher . En matière de messages, " je le poste ", signifie exclusivement " je l'expédie par la poste ". Action qui se traduit en anglais par " I mail it " ; e t non par " I post it ", qui signifie "je l'affiche" (d'où le nom des feuillets adhésifs à afficher -et non à expédier- en guise de pense-bête). Or, dans les réseaux sociaux, vous adressez , vous publiez , vous diffusez ou affichez des messages qui ne seront pas distribués par un facteur. Ces messages ou images que vous communiquez , que vous montrez , que vous partagez en réseau sont donc non-postaux par d...

"le mental" des sportifs

Les commentateurs, les entraîneurs, et les sportifs eux-mêmes, ont pris la mauvaise habitude de saluer " le mental " d'une équipe, d'une championne ou d'un joueur. " On parlera plutôt de la disposition d’esprit, de l’état d’esprit, voire du moral ", corrigeait l'Académie française dans un communiqué de 2012. Cette mise en garde est toujours d'actualité mais incomplète. Car l'appauvrissement du vocabulaire sportif a encore gagné du terrain. Avant chaque période de championnats, il faut s'entraîner à muscler fièrement sa francophonie, et ne plus invoquer maladroitement " le mental " au lieu de ces termes justes, limpides et forts : • la volonté • la détermination • la concentration • la force de caractère • la pugnacité • • • • POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE,  CLIQUEZ ICI Pour prendre directement connaissance des missions de la Mission,  cliquez ici.

désimlocker

Croyant que ce néologisme consternant avait disparu aussitôt qu'apparu, nous nous apprêtions à effacer cet article de 2012. Nous le remettons au contraire sur le dessus de la pile, car nous avons trouvé encore trop d'occurrence récentes de cette imbécilité (et quand nous disons "imbécilité", nous pesons nos mots, c'est notre passion et notre devoir).  Voici l'a rticle de 2012 : Les commerciaux du secteur de la téléphonie se gargarisent actuellement d'un terme sauvage, le désimlockage (sic). Qui désigne dans leur esprit l'action de désimlocker (sic). C'est-à-dire, le fait de rendre une carte SIM utilisable par un opérateur concurrent. Attention : ce terme est un barbarisme. Et ce barbarisme n'est pas américanisant , malgré les apparences, mais magyarisant : c'est-à-dire il transforme le français en hongrois (ou magyar), langue agglutinante (1). Son usage est à réserver à des conversations en jargon de métier, entre adorateurs du très...

troll

Emprunté dès le dix-septième siècle aux langues nordiques, le terme troll désignait une créature de contes, un peu informe et plutôt malfaisante. Réimporté récemment en passant par l'anglais, troll est devenu en français l'injure de l'ère numérique permettant aux faibles d'esprit de couper court à toute contradiction par le discrédit. Ce terme désobligeant n'est donc pas digne d'usage par les passionnés sincères d'échanges intellectuels par voie de réseau social ou d'édition collaborative, telle Wikipédia. Ni par quiconque fait preuve d'humanité, même envers ses contradicteurs. Troll n'est porteur que de violence verbale, morale et sociale. Dans les dictionnaires et dans notre esprit, il est temps de classer troll parmi les insultes, exactement au même niveau d'agressivité que sale con , bâtard, crevure, vieille pute  ou pauvre petite merde . Car sous couvert de diagnostic éclairé, de démasquage plein de sagacité, sa violence n'e...

demander à ce que

En France, on commence à entendre dire " je demande à ce que ". Et même : "il faut vérifier à ce que" (pour il faut vérifier que ) et "ça va permettre à ce que" (pour ça va permettre de ). Cette difformité grammaticale majeure est capable d'affecter aussi bien un colonel de pompiers s'exprimant au micro de France Inter qu'un premier adjoint de la mairie de Paris (notre photo) intervenant dans le journal de France 3. L'Académie française, elle aussi, a relevé cette fâcheuse apparition et en cerne mal l'origine dans l'esprit des orateurs ne sachant plus dire simplement et correctement " je demande que " ou " je vérifie que ". Ce télescopage fautif est peut-être le résultat de l'amalgame entre deux tournures correctes : je demande à [ je demande à être informé ] parasité par une dose de   je demande que   [ je demande que l'on m'informe ]. On peut aussi supposer que cela résulte d'une inte...

l'art du parolier francophone : Idylle Philoménale

Yves Montand avait fait connaître un texte drolatique , d'une ingéniosité rédactionnelle délectable et d'une vitalité francophone éclatante. Voici ces paroles d'une chanson aux rimes richissimes dans leur concept savoureux : une terminaison de sonorité féminine est appariée avec sa sonorité masculine équivalente, sans crainte du calembour ni de l'à-peu-près ; tel ce parallèle phonétique jouissif : Helvétienne > élever le sien  ! Sur ce plaisant pied d'égalité, le féminin et le masculin font route ensemble en toute légèreté. Voici ce texte sans autre commentaire qu'un hommage posthume à son auteur, René Rivedoux , dont nous ne savons à peu près rien. Idylle Philoménale   Quand j'ai croisé la Martine, C'était par un beau matin J'allais acheter des bottines Et lui trouvai très beau teint. Nous partîmes en limousine, Visiter le Limousin. Après, comme on le devine, Ma petite femme elle devint. Ma concierge qui est amène Tous les matins m's...

pour des chefs en meilleure forme

LETTRE OUVERTE À MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE  [France]. Nous vous vous écrivons respectueusement en votre qualité de ministre de tutelle de l'Académie française. Sous la pression d'une partie exaltée mais peu éclairée de l'opinion publique, cette institution vénérable a reçu injonction d'entériner un choix malencontreux. Au nom du droit à l'erreur, et du devoir de ne jamais s'y entêter, peut-on espérer que vous repenserez ce choix ? Voici de quoi il retourne. Comme en atteste le greffe  (du tribunal) terme masculin homographe du mot féminin la greffe  (de peau), la terminaison - effe  n'est aucunement la marque distinctive du féminin. Dès lors, il est bien regrettable que la féminisation de le chef  sous la forme dogmatique "la cheffe" ait été artificiellement imposée à notre langue dans son pays d'origine, au lieu de LA CHEF, féminisation naturelle et immédiate, calquée sur les sobres et justes modèles de la nef et la clef . Reje...

vous ne développez pas de maladies (et vous n'en déclarez pas)

Nombre de professionnels de santé se hasardent à dire : " le patient développe telle maladie ". Non, c'est la maladie qui se développe en lui. Le patient s'efforce de l'en empêcher. Au prix du même abus de langage , certains professionnels français de l'information se sont hasardés ces jours-ci à s'exprimer ainsi : " Les patients sont anxieux de déclarer la maladie ". Hors contexte, comment comprendre une telle information ? On pourrait penser que les malades en question sont angoissés à l'idée de déclarer à leur caisse d'assurance la survenue d'un mal ou la nature de ce mal : " Les patients sont anxieux de déclarer la maladie ". (Parce qu'elle est honteuse ? Parce qu'on va la leur facturer au prix fort ?). Ou qu'ils sont anxieux à l'idée de déclarer à leurs proches : " je suis atteint de cette maladie ". En réalité, les journalistes qui s'expriment ainsi demandent une fois encore au p...

s'avérer vrai n'est pas un pléonasme

Ne vous laissez pas reprendre à ce sujet par des super puristes, en retard de plusieurs métros : S’AVÉRER VRAI  N’EST PLUS UN PLÉONASME depuis plusieurs générations. Au contraire, c'est de l'excellent français, aussi irréprochable que s'avérer faux ou s'avérer ignorant . En effet, le verbe avérer [à ne pas confondre avec sa forme pronominale s’avérer - celle qui nous intéresse ici] est devenu désuet puis défectif : nul ne dit plus « j’avère qu’il fait froid » ; ni même « le froid avère l’hiver ». Il ne reste plus que deux formes bien vivantes du verbe originel  avérer  : 1/ Le participe passé « avéré », devenu adjectif : « la faute est lourde et avérée ».  2/ la forme pronominale « s’avérer », dont le sens s’est écarté du sens strict de la forme non-pronominale « avérer » pour devenir, par catachrèse *, un simple synonyme de « se révéler », « dévoiler sa vraie nature ». Or, être faux ou être vrai sont deux natures susceptibles de se révéler ; donc de s’a...

l'arque de triomphe

Pendant 212 ans (soit depuis 1806), l'Arc de triomphe de la place de l' Étoile à Paris s'est appelé Arc de triomphe, et tous les Francophones l'avaient toujours appelé Arc de triomphe. Depuis le 1er décembre 2018 exactement, les choses ont évolué. La plupart des jeunes journalistes de la presse parlée et audiovisuelle l'ont rebaptisé Arque de triomphe. Ou peut-être Art-queue-de-Triomphe Les locuteurs moins jeunes et moins sourds à leur propre langue, eux, se reconnaissent à ce qu'ils continuent à parvenir à prononcer correctement Arc de triomphe. Mais pour combien de temps encore ? On sait quelle est la force du suivisme et de la négligence phonétique. Le même suivisme et la même négligence qui nous donnent les prononciations médiatiques  ex-e-femme  au lieu de  ex-femme ,  ils voulez  au lieu de  ils voulaient  ou  ôrange  au lieu d' orange  (avec un  o  bien ouvert comme dans  or,  puisque l'o...