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pas de féminicide, par pitié

Réédition de l'article de mars 2019

Tuer une femme ou tuer un homme est un homicide. Ce mot convient à toutes les victimes car il ne hiérarchise pas les humains.

Pourtant, une politicienne française, puis à sa suite le gouvernement et les médias, se sont mis en tête de faire entrer dans les nôtres le néologisme "féminicide" (sic). En quoi cela est-il une bien mauvaise idée ? 

S'il s'agit du meurtre de la femme en tant qu'épouse ou partenaire sentimentale, se flatter d'employer le mot "féminicide" est une lourde démonstration d'ignorance qui fait honte à qui s'en gargarise, car le mot pour désigner l'homicide de l'épouse ou partenaire sentimentale existe déjà depuis des lustres, c'est uxoricide (du latin uxor = femme, épouse).


Qu'il s'agisse d'un assassinat (préméditation), d'un meurtre (volonté non préméditée de donner la mort) ou de violences ayant entraîné la mort sans intention de le donner, l'homicide commis spécifiquement sur sa compagne s'appelle en français un uxoricide.

Relevons ici la fausseté de l'invocation d'un mobile sexiste dans les homicides sentimentaux pour justifier une douteuse extension de sens du néologisme féminicide en remplacement de l'uxoricide. Dans un homicide au sein d'un couple ou règne hélas une "envie de meurtre", l'auteur du crime agresse sa moitié en tant que moitié, quel que soit son genre, et non  « en tant que femme » ni "en tant qu'homme". Des hommes voudront tuer leur amant (cf. Verlaine révolvérisant Rimbaud), des femmes tueront leur compagne ou leur compagnon avec ou sans intention de le faire, et ce dans une même éruption de passion violente d’où l’idéologie sexiste est absente de façon flagrante.

Maintenant, si le néologisme "féminicide" prétend fustiger avec une véhémence et une vindicte particulières les homicides frappant les femmes, en tant qu'humains féminins et non en tant que conjointes, on ne peut que refuser cette autre expression d'ignorance exaltée. Car l'HOMICIDE n'est pas l'acte de donner la mort à un homme (qui exigerait deux M !) mais à un être humain (avec un seul M). Comme son orthographe l'indique, l'homicide ne fait pas des victimes hommes mais des victimes humaines ! Qu'elles soient femme, homme ou enfant.

Pour le double homicide d'une fillette et d'un petit garçon par une marâtre ou un chauffard, faut-il inventer le filletticide et le garçonicide ?

Pour l'homicide par imprudence d'un jeune homme, commis par un groupe de filles et de garçons le bizutant, avons-nous besoin du jeunhommicide ?

Non. Pas davantage que notre langue n'a besoin de "l'hommicide" (avec deux M) quand la victime serait masculine et du "féminicide" pour les victimes féminines. Car bientôt, il faudrait alors équiper le français d'un mot différent selon que la bonté, la gloire, la guérison, le travail, le rire, la jeunesse sont ceux d'un homme ou d'une femme.

Un tel mur de démarcation monté par de fébriles hérauts de la guerre des sexes n'a pas sa place dans la bienveillance de notre langue maternelle (**).
 
Quant à exprimer par "féminicide" l'idée selon laquelle l'homicide commis sur une femme (qu'elle soit tuée par un homme ou par une femme) serait plus terrible que l'homicide commis sur un homme (qu'il soit tué par une femme ou par un homme), n'est-ce pas absolument inacceptable ? Si. C'est une insinuation sexiste sordide : "les hommes sont en toute circonstance moins à plaindre que les femmes, et leur mort par homicide n'exige donc pas d'être spécialement dénommée, contrairement à la mort des femmes par homicide.  Les victimes masculines se verront refuser tout mot spécifique pour l'homicide qui les emporte, mais les femmes se verront reconnu le droit à un terme qui permette de les pleurer, elles seules et plus tragiquement, parce que les voir mourir est plus pénible." C'est imbécile. Les humains soucieux d'égalité de condition et portés à la compassion sans distinction de genre ne s'y reconnaissent pas.

Allez, retrouvons la raison. Et notre dictionnaire... Laissons mourir l'ignare "féminicide" dans son acception signifiant homicide de la partenaire sentimentale. Car si tuer son époux ou son compagnon n'a pas de nom particulier (**), tuer son épouse ou sa compagne en a déjà un : c'est l'uxoricide.

Miss L.F.

(**) NDE : Y a-t-il parmi nos chers abonnés des idiots au dernier degré qui s'offusquent que la langue soit dite maternelle et non paternelle, et qui réclament une parité artificielle jusque dans cette formule ancestrale ?

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Commentaires

Sully a dit…
Je ne connaissais pas l'uxoricide. Article très convaincant. S.
Miss LF a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Miss LF a dit…
Pourquoi parlerait-on de féminicides pour les homicides conjugaux, puisque l'uxoricide (mot magnifique, soit dit en passant) existe ? Par ignorance ? Oui.

Oui, oui, et la consolidation de cette ignorance est revendiquée. Écoutons-en une partisane : "La racine n'est pas suffisamment compréhensible dans "uxoricide", me semble-t-il, par rapport à "féminicide"", justifie Laélia Véron, enseignante-chercheuse en stylistique et linguistique. "Tandis que dans "féminicide", tout le monde peut reconnaître le mot "femme."" Certes...

Merci Laélia pour cette leçon de style. Donc, selon votre enseignement, forgeons les mots selon nos lacunes et prohibons tout ce qui demande le moindre effort d'associations d'idées. Ne conservons dans la langue française que ce qui est d'une similitude flagrante. Ne pratiquons plus l'équitation, trop éloignée du mot cheval. Ne consultons plus de gynécologue, trop éloigné du mot femme. Ne parlons plus de quiétude ni de protection, trop éloignées de l'idée de sécurité, mais parlons en vrac de sécurisation : tant pis pour le gros barbarisme lourdingue et pour l'inflation de deux syllabes (5 au lieu de 2 ou 3), ça évite de se creuser la tête : sécurité / sécuriser / sécurisation, fastoche...

Hélas, c'est à cause de cette véritable "soif d'ignorance" et de cette quête de similitude immédiate sans autre compréhension de sa propre langue que beaucoup croient entendre le mot "homme" dans l'homicide... alors qu'il faut y lire et y entendre la mort d'un être humain, non pas d'un homme mais d'une personne, quel que soit son genre.
Anonyme a dit…
A propos du choix de féminicide au lieu d'uxoricide, justifiée par la personne que vous citez ci-dessus, sous prétexte que le lien est plus clair entre épouse ou compagne et féminicide qu'entre épouse ou compagne et uxoricide, c'est en effet consternant. Vous donnez quelques exemples qui discréditent implacablement l'argument de cette enseignante. Il en vient une multitude d'autres à l'esprit. Faudra-il demain remplacer la chorégraphie par la danseographie pour que (je cite) "tout le monde puisse reconnaître le mot" ? Ensuite l'économie par l'argentnomie, l'art dramatique par l'art actricique (pour les femmes) et acteurique (pour les hommes) ? Et comment avons-nous pu nous infliger l'effort de comprendre et retenir le mot philosophie sans parenté identifiable avec le mot pensée ? Il est temps que ça change, vive l'écriture sms (t ki ? et sur France 5 : C à vous, C à dire) et les néologismes de paresse !
JPruvost a dit…
Le mot "féminicide" n'est pas dans mon dictionnaire, alors suis allé voir dans Wikipédia. Je l'ai trouvé. Mais leur article est mal fichu comme tout. Dans les synonymes de "féminicide", Wikipédia ne cite même pas "uxoricide". Le pb de Wkipédia, c'est que son défaut de caisse de résonance de l'inculture se confirme et semble insoluble malgré de bonnes intentions. La langue, c'est une chose. Mais le savoir lui-même est distordu. Il faut voir les milliers de lignes consacrées à telle supposée "gloire" sportive du tennis ou du foot et les trois paragraphes maigrichons réservés à de purs génies des arts ou des sciences. Bravo pour votre site, je vais vous suivre.
Hervé a dit…
Pourtant, on trouve assez rapidement sur Internet qu'un féminicide n'est pas "simplement" le fait de tuer une femme.

C'est "tuer une femme, du fait de sa condition de femme" ou plus exactement parce que celle-ci a voulu sortir de la condition à laquelle elle a été assignée ou à laquelle elle ne s'est pas suffisamment bien conformée : elle s'est fait tuer parce qu'elle a voulu quitter son mari ou qu'elle le trompait (alors qu'elle lui appartenait) ou qu'elle a raté l'oeuf à la coque de trop (alors qu'elle devait être une parfaite maîtresse de maison). C'est un féminicide.

Le meurtrier ou l'assassin n'est pas forcément le compagnon/conjoint/mari... dans le cadre des "crimes d'honneur" (quel bel oxymore) que l'on rencontre ici ou là de par le monde, cela peut-être un frère, un père... qui va commettre ce féminicide sur une soeur ou une fille pour laver l'honneur de sa famille ou de son clan. Les féminicides ne sont donc pas tous des uxoricides.

Le crime crapuleux d'une riche héritière n'est pas un féminicide, puisque le motif c'est l'argent, c'est un homicide.

C'était ma petite pierre, maintenant je m'attends à en recevoir quelques unes, parce qu'à la lecture de votre forum, je m'aperçois qu'il est assez risqué de vous contredire...

A part ça, vous savez bien sûr comment on appelle quelqu'un qui tue son beau-frère ?


Miss LF a dit…
Hervé, vous ne nous contredisez aucunement, et quand bien même, vous seriez le bienvenu !

Vous écartez le féminicide du crime crapuleux. Absolument. Mais nous allons plus loin : nous écartons le mot féminicide comme inutile et soulignons qu’il a été promu de façon vindicative, sur la foi d’une erreur d’étymologie : la confusion en homme et humain, entre « hommicide » et homicide. Et sur l’ignorance du mot uxoricide, bien sûr – qui fait parfaitement l’affaire dans les meurtres au sein des couples, sans que doive être invoquée une prétendue intention de violenter mortellement « en tant que femme ». Non : en tant que moitié, quelle que soit son genre. Puisque des maris tuent aussi leur mari et des femmes tuent aussi leur femme, dans une même éruption de passion violente d’où l’idéologie sexiste est alors absente de façon flagrante.


Miss L.F.

PS : Je ne serai pas froissée de ne pas vous en avoir convaincu, Hervé. Et si la fureur vous gagne, je vous ferai crédit de ne pas me zigouiller en tant que femme pour autant, juste en tant que lexicographe, fortuitement femme !

PS : Pour répondre à votre colle : celle ou celui qui tue son beau-frère est sans doute... innommable ? Non ?
Miss LF a dit…
La précision que vous rappelez, Hervé,"tuer une femme, du fait de sa condition de femme" a été éludée dans notre article 1°/ parce qu'elle nous semblait connue donc aller de soi ; 2°/ mais aussi parce qu'elle nous semble fictive dans les cas généraux de violences conjugales avec homicide de la femme. (voir réponse ci-avant et dissertation ci-après).
Miss LF a dit…
Il est vrai que ce complément de définition, ou plutôt cette forte restriction de sens supposant un sexisme avéré, est souvent avancée de façon explicite par les personnes friandes du néologisme "féminicide".

En matière d'UXORICIDES (homicides volontaires ou involontaires de la partenaire sentimentale), l'ajout de ce mobile sexiste permet de stigmatiser les violences masculines, et elles seules, dans le couple. Les seules violences émanant de non-femmes, donc d'hommes. Les femmes tuant une femme qu'elles ont aimée sont exonérées de ce mobile qui serait aberrant. Par glissement, elles sont sorties des discours sur les violences mortelles au sein du couple et des statistiques d'uxoricides, que pourtant elles commettent aussi.

Mais raisonnons effectivement par l'absurde.

Supposons que, non, il ne s'agisse pas d'uxoricides (homicide de la compagne) car il y aurait réellement cette dimension supplémentaire : "je ne t'étrangle pas parce que je veux à cet instant te supprimer, toi quel que soit ton genre, toi qui me rends folle ou fou de rage, mais je t'étrangle parce que tu es une femme et qu'en cet instant de fureur je ne supporte plus les humains de sexe féminin, je veux les voir disparaître et je commence par toi". En matière de violences meurtrière au sien des couples, on voit le ridicule du mobile ainsi exprimé.

Si l'on est peu enclin à céder au panurgisme médiatique, on peut être très perplexe devant l'assertion ressassée dans le terme "féminicide" selon laquelle une personne qui tue sa compagne par jalousie ou dépit, bref par violence de couple, "la tue en tant que femme". Ne la violente-t-elle pas plutôt en tant qu'objet d'un attachement malheureux ? Bien sûr que si. Et c'est pourquoi des hommes aussi sont tués par leur compagne ou de leur compagnon, pareillement poussés au crime passionnel ou au meurtre intéressé par une toute autre considération que le genre du partenaire.

L'UXORICIDE définit donc parfaitement et dans toutes ses implications l'HOMICIDE DE LA PARTENAIRE SENTIMENTALE, sans que la précision "en tant que femme" ait lieu d'être invoquée, puisque cette précision est soit un procès d'intention, soit une vue de l'esprit, soit une tautologie.

Maintenant, qu'en est-il des meurtres de femmes "en tant que femmes" hors du couple et hors de toute passion sentimentale ?

Puisqu'il existe, hélas, des sectes exaltées dont les adeptes masculins se sont fixés de mettre à mort à leur guise des humains de sexe féminin pour assurer leur domination par la terreur, le terme uxoricide ne sera évidemment pas approprié à leurs crimes au mobile ouvertement sexiste, et qui s'étendent à des femmes qui ne sont pas leur compagne.

Mais il se trouve que les étrangleurs et étrangleuses de leur épouse ne sont pas mus par ce ressort. Dès lors, UXORICIDE leur convient sans la moindre lacune.

Miss L.F.
Anonyme a dit…
Si la circonstance aggravante de "tuer un humain de sexe féminin en tant que tel" mérite d'être dénommée, il faut aussi dénommer le fait de tuer un humain de sexe masculin en tant que tel.

On voit que le problème d'inégalité lexicale qui est signalée en fin de cet article reste entier. Si le concept de meurtre sexiste avéré mérite d'être dénommé, alors va pour "féminicide" ET "viricide". Pas l'un sans l'autre, ce serait sexiste !
Hervé a dit…
Rebonjour,

Je n'ai pas précisé que je n'aimais pas beaucoup ce mot, "féminicide" (du point de vue morphologique), mais il désigne une réalité. Les critiques me laissent la plupart du temps mal à l'aise : à travers le mot, c'est l'existence des faits que l'on ne veut pas nommer, différencier.... une sorte de déni de réalité. Il suffit de remarquer qu'elles viennent de milieux (très) conservateurs (et pas seulement de la langue).
Je pense que l'expression "crime sexiste" aurait été bien plus adaptée et n'aurait pas donné lieu à tant de critiques - faciles - il faut bien le dire...
De la même manière qu'on parle de "crime raciste" et non - heureusement ! - de "racistocide".

Je remarque au passage que vous ne commentez pas mon exemple des "crimes d'honneurs", commis par un père ou un frère, qui sont également des... crimes sexistes.

Hervé

PS : celui qui tue son beau-frère est un insecticide... je vous laisse trouver pourquoi, j'ai un peu honte.
Miss LF a dit…
Pour l'insecticide, nous donnons notre langue au chat !

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