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Articles

mûr et immature

Il manque à notre langue des mots tout simples. Tels certains antonymes [ces termes de sens opposés, comme joie et tristesse ] qui restent à inventer. Ainsi, l'exact antonyme de profond n'existe pas en français. Notre langue s'en tire par des périphrases comme " peu profond " ou " pas profond ". L'adjectif " superficiel " fonctionne aussi comme antonyme de profond , mais seulement dans certains sens propres ( une plaie superficielle ) et certains sens figurés ( une analyse superficielle ). Au sens général, il ne convient pas : un estuaire est profond ou peu profond , il n'est pas " superficiel ". Inversement, l'adjectif mûr possède un antonyme bien connu : immature . La force de cet antonyme est telle qu'un grand nombre de professionnels de la langue (journalistes, essayistes, politiciens, publicitaires) et de professionnels de la maturité (psychologues, enseignants) en perdent leur français: ils croient q...

le prestige serait-il mort (de rire) ?

La télévision nationale française lance une nouvelle grande émission de parlotte (de la radio filmée, si l'on préfère) intitulée Un soir à la Tour Eiffel , dont la présentatrice explique à la presse qu'il s'agit d'un " programme* autour d'un invité prestigieux ". Et de nous livrer les noms des trois premiers invités de prestige : trois amuseurs publics. Pas de grand inventeur, pas de héros de la paix, pas de souverains exemplaires, pas de géante ni de géant de la pensée ou de l'action. Juste trois amuseurs de renommée passagère, nettement paillards pour deux d'entre eux. Voilà l'idée que les décideurs de l'audiovisuel public français se font du " prestige " : une bonne tranche (horaire) de rigolade en compagnie d'une animatrice morte de rire rien que d'y penser. * programme est ici un anglicisme employé à la place du français émission. CLIQUEZ ICI POUR ACCEDER AU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE [M•L•F•...

sortir de l'impôt

Dans un français de très bas étage qui lui semble convenable, un inspecteur des finances jargonne à l'oreille d'un ministre, voire d'un Premier ministre, et la langue tout entière est contaminée par une ineptie de plus. Tel est le statut de l'expression " sortir de l'impôt ". Car l'impôt n'est pas un lieu ni même une condition. On ne saurait donc en "sortir" et moins encore en être sorti par la loi. En français, on est exonéré ou dispensé de payer des impôts, on échappe à l'imposition. On est ainsi sorti du pétrin, mais on n'est pas " sorti de l'impôt " (sic). Reprise sans guillemets ni distance par toute la presse écrite, parlée et audiovisuelle de France et de Navarre, une telle impropriété de terme, une telle négligence d'expression contamine la langue vivante en quelques heures. Tout laisse craindre qu'elle y laissera une cicatrice disgracieuse, comme l'a déjà fait l'emploi trivial du même...

noms de fonctions en charabia : la RATP donne l'exemple

Sœur de la journaliste Christine Ockrent , Isabelle Ockrent peut apparaître comme une femme déterminée et sûre d'elle, puisqu'elle a réussi à se hisser au poste élevé de Directrice de la communication et de la marque de la RATP (1). Mais ce serait mal la connaître : la Directrice de la communication et de la marque de la RATP est une femme timide, souvent même effacée. En voici la preuve. Madame Ockrent assiste de plein droit aux conseils d'administration de la RATP. Il en va de même pour son éminent collègue François Saglier . Ces deux cadres supérieurs se voient donc régulièrement, et sur un pied d'égalité hiérarchique. La seule différence entre eux consistant en ceci : il est du ressort d'une directrice de la communication de veiller à la bonne formulation de tous les intitulés officiels, y compris les noms de fonctions. Malgré cela, et certainement en raison d'une timidité invalidante plutôt que d'une incompétence coupable, la directrice de la c...

la rediffusion du replay

Sur France Info, il existe* une émission dans laquelle Céline Asselot s'efforce de nous intéresser au web mais aussi au print , émission de grande écoute qu'elle a intitulée " Le replay " (sic). Heureusement qu'on est sur France Info, on pourrait en douter... Fondée historiquement par des anglophiles notoires, La Mission linguistique francophone brille par son absence d'aigreur à l'encontre de l'hégémonie internationale de la langue anglaise. Les observateurs de notre institution tiennent ce fait culturel pour acquis. Constat indéniable et nullement attristé, qui n'est pas incompatible avec celui-ci : l'équilibre de la langue française et sa belle vitalité exigent le refus de l'anglomanie de pure paresse ou de pur snobisme, tel qu'il irrigue la langue médiatique et commerciale. La paresse consiste à ne pas employer de termes existant en français mais à céder au courant destructeur alimenté par des médias qui promeuvent à satié...

pôle oncologique, oncopôle

Le français appartient au groupe des langues gréco-latines, et non à celui des langues agglutinantes telles que le hongrois, le basque ou le coréen. Dans les langues non agglutinantes comme la nôtre, il existe une syntaxe fondée sur les rapports logiques entre les mots, laquelle constitue une évolution linguistique par rapport à la création d'un mot composite dans lequel son agglutinés des éléments de base porteurs de diverses significations. Des termes comme écoresponsable , cybercriminalité , eurosceptique ou Oncopôle opèrent une régression vers le stade agglutinant. Ce sont des néologismes forgés par imitation d'autres langues ou pour épater l'ignorant mais déconnectés du sentiment linguistique francophone : ils font fi de la nature syntaxique de notre langue qui procède par assemblages de mots distinct s ; tel assemblée nationale et non nationassemblée , ou crise d'adolescence et non adocrise . Mesdames et messieurs les rares cancérologues de renom qui pri...

politiquement infantile

La Mission linguistique francophone émet une réserve sur la formulation " papa d'un petit garçon ", " maman d'une petite fille " dans la biographie officielle d'élus ou de candidats à des élections nationales. C'est un registre de langue doublement infantile qui convient dans un hall de crèche mais pas en assemblée représentative de la nation. Passons sur le "petit" garçon (qui bientôt ne le sera plus, espérons). Mais ne passons pas sur l'emploi régressif des surnoms enfantins, ou noms propres privés, Maman et Papa au lieu des noms communs exacts mère et père qui seuls désignent en français adulte le statut de chacun des parents. Chers candidats, chers élus, ce sont les enfants et eux seuls qui appellent leurs parents " papa et maman ". Or, vos électeurs ne sont pas vos enfants... Et ce n'est pas votre intimité parentale qu'ils élisent.

nouvelle carte des régions de France

La refonte de la carte des régions administratives françaises est un projet auquel la Mission linguistique francophone apporte son soutien actif, et pour lequel elle a donc formulé une proposition créative. Cette proposition (ci-contre et ci-après) diffère de celles débattues initialement dans l'arène politique, en ce qu'elle ne commet pas la même erreur intrinsèque : apparier plus ou moins adroitement des régions existantes, alors même que ces régions sont vouées à disparaître.   Il y a là une faille logique importante dans laquelle s'embourbent les projets et contre-projets soumis à l'appréciation des élus et de l'opinion. De plus, en tant que module de base de fabrication des nouvelles régions, les actuelles régions sont surdimensionnées pour permettre d'opérer une refonte territoriale innovante avec la finesse voulue. Par ailleurs, la question onomastique (la problématique des noms propres) a été laissée de côté jusqu'à présent, comme si la f...

métaphores : vers un puritanisme rhétorique

Dans sa  Lettre de la Médiatrice de Radio France , ladite médiatrice Emmanuelle Daviet s'est fait l'écho - en toute neutralité bienveillante - d'une protestation compréhensible mais infondée, sous ce titre en forme de truisme rédigé par une auditrice française mécontente : "la schizophrénie n'est pas une métaphore" [non, en effet, c'est une maladie mentale, nul ne l'ignore]. Cette auditrice entend que soit autocensuré, voire censuré d'autorité, l'usage des noms de maladies comme métaphores ou hyperboles. Ce vœu est contraire à la liberté d'expression, à la littérature et à la vitalité du français courant. Pour apaiser nos propres lecteurs en leur ouvrant les yeux sur l'innocuité de ces sens figurés, voici maints exemples de métaphores d'affections médicales dont il n'y a pas lieu de s'émouvoir, aussi cruelles que soient ces pathologies pour qui en souffre dans la réalité : • la surdité ("vous êtes sourds à nos demandes...

portable, consommable, livrable

Le vingt et unième siècle a apporté aux francophones la manie de désigner les choses non plus par des noms communs mais par des adjectifs. Et souvent des adjectifs à désinence en - able . S'il fallait aujourd'hui inventer un nom pour  la bouteille ou  le lit , nul doute que ce seraient respectivement la remplissable et le dormable . Ces exemples n'ont rien de caricatural puisque le monde francophone, désormais, consomme des consommables , se fait livrer des livrables  et porte avec soi des portables (téléphones ou ordinateurs - who cares ?). Dans les jargons professionnels, les événements sont devenus des événementiels , les références des référentiels , de bonnes relations sont devenues un bon relationnel, comme le fait de savoir écrire est désormais un bon rédactionnel , et tout à l'avenant. La Mission linguistique francophone met en garde les créateurs de désignations commerciales et les inventeurs de termes techniques contre cette tendance. Elle constate...

les accidents de la RATP

Dans son Journal atrabilaire , Jean Clair a immortalisé les sévices que les annonces sonores de la RATP font quotidiennement subir à la langue française, directement dans les oreilles des millions d'usagers du métro parisien. Ces fautes sont tellement lourdes qu'elles font grimacer ou sourire certains voyageurs... Mais la plupart d'entre eux prennent au contraire les messages publics de la RATP pour modèles, supposant - bien à tort - que la direction de la communication de cette entreprise de service public met un point d'honneur à les formuler dans un français impeccable. On remarque que la RATP aime les circonlocutions, mais se prend facilement les pieds dans le tapis (roulant ?) de la syntaxe ou du style. Elle ne dit pas " suicide " ni " tentative de suicid e", elle dit " accident grave de voyageur ". On peut comprendre son souci de ne pas appeler un suicide par son nom afin de ne pas heurter les âmes sensibles. Mais on peut moin...