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Articles

comment dénommer le nommage

En juin 2010* est paru un Guide pratique de la dématérialisation des marchés publics , proposé par la Direction des affaires juridiques du ministère français de l'Économie , de l'Industrie et de l'Emploi . Au glossaire de ce guide, la Mission linguistique francophone a relevé la présence importune de trois barbarismes. Le premier de ces barbarismes est le " nommage " (sic). Rappelons succinctement pourquoi il convient de faire barrage à la promotion de ce terme, et pourquoi il semble nécessaire de veiller à son éviction des textes réglementaires francophones, plutôt que de les voir répertoriés par un de nos ministères. Nommage est une récente et inculte traduction - même pas mot à mot, mais syllabe à syllabe - de l'anglais naming . En français, l'action de donner un nom n'est pas "le nommage " (sic) et n'a aucun besoin de l'être, ni en informatique ni ailleurs. Selon le contexte et la nature exacte de l'action de nommer, le...

crime organisé

La mauvaise traduction mot à mot de l'anglais  organized crime a donné "le crime organisé". Ce qui désigne en réalité le banditisme, le grand banditisme,  la grande délinquance,  la pègre, le milieu, la mafia (au sens propre ou par extension). Car un "crime organisé", en français, c'est un crime avec préméditation. Et non une organisation criminelle ni ses activités. Il faut savoir que l'anglais crime dénomme indistinctement ce que nous appelons des crimes , des délits et même certaines infractions . Ainsi le proxénétisme et le tapage nocturne sont-ils respectivement un délit et une infraction . Mais en anglais, ce sont l'un et l'autre des crimes . L'expression " crime organisé " est donc doublement inadéquate. Elle a été introduite dans notre langue par des journalistes expéditifs qui, pompant leurs articles sur la presse anglophone, se sont laissés piéger par la facilité et le manque de discernement. Elle a ensuite été r...

alerte au "géocaching" !

Un néologisme véritablement monstrueux [NDE : nous sommes avares de ce genre de qualificatifs, mais ici il s'impose ] déboule dans nos oreilles et sous nos yeux : le géocaching (sic). Aïe, aïe, aïe, que d'ignorance condensée en si peu de lettres... Il s'agit de ce qu'on appelait jusqu'à présent une chasse au trésor, une course d'orientation ou un rallye. La seule nouveauté supposée étant l'usage de la boussole GPS de son téléphone portable au lieu d'une boussole magnétique à l'ancienne. Cette évolution technique n'appelle pas de terme nouveau, pas plus que la navigation n'a changé de nom en passant de la voile latine au moteur hors-bord, et pas plus que la gloutonnerie n'a besoin de changer de nom selon qu'elle se rassasie à la fourchette, à la baguette ou avec les doigts. L'honorable amusement consistant à retrouver des objets cachés dans la nature se voit depuis peu dénommé par le terme précité, lequel est d'une co...

pénurie de personnel sur moi

Au journal télévisé de France 2, un reportage nous présente une adolescente hospitalisée en chirurgie, invitée à témoigner de la pénurie de personnel hospitalier , selon l'expression juste et même très avertie qu'elle emploie. Ce syntagme semble la récitation d'un propos tenu devant elle avant que le micro lui soit tendu. Pour témoigner de cette pénurie, elle nous dit ensuite avec plus de spontanéité : " Je viens là depuis huit ans. Avant, il y a avait plus de monde sur moi ". On sait que l'usage abusif du petit mot " sur " a rongé notre langue. Ici, " sur moi " signifie " pour s'occuper de moi ". La préposition sur , qui remplace déjà une quinzaine d'autres prépositions, commence donc à remplacer un verbe et sa préposition. Il n'y a là ni évolution réjouissante ni émancipation éclairée mais affligeante dénaturation du sens. Ce n'est pas de la faute de l'adolescente : elle parle la langue des adultes médiatisé...

"en live"

L'expression " en live " (sic) n'est ni anglaise ni française : elle viole les deux langues et fait honte aux professionnels du spectacle et des médias qui s'adonnent à ces viols. Dans le français courant, le mot  live  est emprunté à l'anglais dans son acception adverbiale qui signifie exactement " en public " ou " en direct ". Dès lors, le franglais " en live " signifie " en en-public " ou " en en-direct ". Chacun devrait entendre instinctivement que l'ajout de la préposition " en " devant l'adverbe " live " produit un bégaiement sémantique inepte. L'expression " en sans contact " (sic) est une semblable aberration syntaxique, construite sur le même modèle défectueux : l'ajout fautif de la préposition en devant un adverbe. Maquillé de guillemets ou non [cf. annonce BNP Paribas ci-dessus], c'est un monstre rédactionnel. On se demande pourquoi le prés...

susceptible et vexatile

Une personne qui se vexe facilement est une personne susceptible . Mais, comme le mot vexer ne présente aucune similitude d'aspect avec le mot susceptible , certains locuteurs francophones ne font pas le lien entre les deux termes et disent d'une telle personne qu'elle est " vexable ". Plutôt que cette fabrication maladroite, la Mission linguistique francophone leur propose l'adoption du néologisme vexatile : " Robert est trop vexatile, ça devient saoulan t". Ce mot est formé sur le modèle de versatile (qui change facilement d'humeur, d'opinion, d'état), docile (qui se montre doux devant l'autorité), ductile (qui possède la propriété de s'étirer), gracile (qui possède une grâce fragile), etc. La surabondance actuelle et passée d'adjectifs formés au moyen du suffixe -able ne doit pas faire oublier que la langue française est riche d'autres désinences . Ici, la similitude entre fragile , versatile et vexatile...

suite à : une fièvre contagieuse

" Suite à " n'est pas digne de vous . C'est un lourd solécisme et donc du très mauvais français. Cette locution dérisoire est pourtant propagée désormais en France et en Belgique par les médias et les administrations avec le plus grand sérieux. Et la plus navrante obstination. Initialement, l'expression '' suite à' ' n'était employée que par des plaisantins, au même titre que " rapport à ", pour singer la langue administrative ou militaire malhabile, dans des phrases comme celle-ci : " Mon adjudant, j'voudrais vous causer suite à ma désertion pour vous donner des explications rapport à l'invasion subie subitement ". On voit bien que la construction des locutions '' suite à '' et '' rapport à '' est absolument défectueuse, puisque le complément de nom doit se construire avec la préposition de et non la préposition à (il convient de dire " le père de Louis " et non ...

dataroom et meet-up au Grand Paris

L'établissement public de la Métropole du grand Paris s'est doté d'un site internet dont les intitulés vomissent la langue française avec une âpreté désolante. Jugez plutôt ce que la capitale élargie du monde francophone vous donne à lire comme titres de rubriques dans sa version française : dataroom, meet-up, agenda . Agenda peut sembler irréprochable, si ce n'est que le mot est ici utilisé dans l'acception anglophone du terme. Ce n'est pas le petit carnet que l'on promène sur soi pour y noter ses rendez-vous (ce qui est l'unique sens de du mot agenda en français). C'est the agenda : le programme des activités à venir, l'ordre du jour, la liste des points à aborder. Mais on pourrait ne rien trouver à redire à cette métonymie [ métonymie = boire un verre au lieu de boire le contenu d'un verre ] si elle ne venait pas corroborer le constat d'un snobisme anglomane omniprésent par ailleurs. Car avec meet-up et dataroom , l'ambig...

vigueur et vanité du franglais

Juste un mot sur le recours persistant aux anglicismes intempestifs dans les textes et conversations en français (manie qu'on qualifie depuis les années 1950 de  franglais . Un modeste aphorisme assumé en nom propre* : Dire les choses en anglais ne les rend ni plus actuelles ni plus efficaces ni plus parlantes. C'est au contraire le signe d'un suivisme ébloui par l'obscurité. * Frédéric Allinne (anglophile de toujours et lexicographe enthousiaste de la langue anglaise).

comment dire non

Non est notre adverbe de négation. Sa prononciation est bien connue : non, c'est "non" ! Pourtant, cette sonorité est déformée par de nombreux professionnels francophones de la parole qui croient devoir dissocier les deux lettres O+N de non dans certaines circonstances. C'est l'erreur que l'on entend par exemple dans la lecture de " non identifié " ou " non européenne " lorsque ces expressions sont prononcées "nonne européenne" et "nonne identifiée". Quels que soient nos accents nationaux ou régionaux (qui sont ici une considération hors-sujet comme nous allons le voir plus loin), la seule prononciation correcte de  non identifié  ou  non européenne  est celle qui ne modifie pas le moins du monde la prononciation du phonème traduit par les lettres O+N dans non , tout en respectant la liaison obligatoire du N devant un mot commençant par une voyelle. La prononciation sans faute est donc celle que l'on pe...

hubs et clusters au Grand Paris

Dans les messages publics de l'établissement public de la Métropole du grand Paris, nous ne sommes pas seulement orientés à contre-sens vers la dataroom et le meet-up , il est aussi question de hubs , de clusters , de coworking , de tout ce qui se fait de plus exaspérant comme jargon irréfléchi et suiviste chez les tenants du style m'as-tu-vu-sortir-de-mon-école-de-management. Les constructions grammaticales autour de ces anglicismes forcenés achèvent de saccager notre langue : " ce document sera mis sur la dataroom ", nous informe-t-on. Comprenne qui pourra. Une " (data) room " étant une salle (de données), on ne saurait placer quoi que ce soit "sur" une dataroom mais peut-être dans la salle en question ? Ne cherchons pas la petite bête, ne soyons suspects ni de purisme ni de passéisme : à l'heure où l'on se targue d'habiter "sur Paris" (quelle envergure il faut pour cela, pour habiter SUR une ville !) au lieu d...