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Articles

oups.gouv et data.gouv

L'onomatopée " oups ", imitant une glissade savonneuse, un dérapage, est l'interjection que les anglophones émettent quand ils s'aperçoivent avoir commis une gaffe ou une maladresse. Le mot " data ", pluriel neutre du participe passé du verbe latin  dare  signifiant  donner ,  est le terme adopté par les anglophones pour désigner les données, notamment les données archivées sous forme numérique. C'est pourtant le ministère français de l'Économie qui oriente ses contribuables vers deux sites internet des services de l'État dont les noms et adresses sont " OUPS.GOUV " et " DATA.GOUV ". On voit que l'inféodation des conseillers ministériels au snobisme anglomane est intense, et que la vigilance du ministère de la Culture à l'égard de telles attaques contre la culture francophone au sein même du gouvernement français est pour le moins timide. Mais puisqu'il existe désormais un droit à l'erreur, ...

elle s'élevait avec Beaumarchais

Eh ! Voilà : de négligences articulatoires bénignes en confusions sonores moins bénignes, les distorsions de sens radicales sont là. " Elle s'est levée avec lui " nous dit ce matin une voix de radio. Bon, pourquoi pas. Pourquoi pas ? Parce qu'aussitôt, le contexte nous fait comprendre que l'oratrice médiatique voulait dire autre chose : elle ne s'est pas levée avec lui,  " elle s'élevait avec lui " ! Par un esprit de contradiction phonétique qui est la nouvelle préciosité langagière de la génération montante,  "- vait " devient "- vée " ; et inversement, " s'é- " devient " s'est ". Nul accent n'est donc en cause, juste une interversion systématique en voie de généralisation aujourd'hui, en France, entre les sons É et Ê. Des nouvelles des gilets jaunes à Paris ? Tous les journalistes de presse parlée nous les situent boulevard "Beau marché" au lieu de "Beaumarchais...

street medic

Le snobisme anglophone fait ses ravages même chez les anti-mondialistes déclarés. Les médias français nous importunent depuis quelques mois avec leurs " street medics ", lesquels sont en français de braves secouristes . Même la traduction détaillée " secouristes de rue" ne s'impose pas. Car les dispensateurs de soins de premiers secours ne sauraient, dans notre législation, se cantonner à un lieu précis sans s'exposer à des poursuites pour non assistance à personne en danger, et sont au contraire tenus d'intervenir où qu'on ait besoin d'eux de toute urgence, que ce soit sur la voie publique, sur un quai de gare ou dans un salle de spectacle. Street medic est donc une préciosité doublée d'une inexactitude, à bannir. Si, par idolâtrie de ce qui se fait aux USA, on tient toutefois absolument à qualifier d'un nom spécifique les secouristes qui ne désirent être actifs que dans le cadre de manifestations politiques à forte probabilité...

matrimoine et patrimoine

Aïe aïe aïe... La formulation " Journées du matrimoine et du patrimoine " est à l'étude. Pas difficile de lire l'avenir : UN siège de député devra être remplacé par UNE place de député, LE Collège de France va devoir se trouver un nom moins insupportable à qui a pris le masculin en haine ; LE Sénat aussi, et tout à l'avenant. Tandis que LA mairie, LA Chambre des députés et l'Académie française pourront conserver leur noms, neutres d'apparence féminine, contrairement aux hôpitaux et aux gymnases, neutres d'apparence masculine. Ce n'est même pas de l'humour.  Alors, les livres de Marguerite Yourcenar et Albert Camus sembleront pareillement rédigés dans un vieux français indigne, par deux imbéciles qui ne s'inquiétaient pas de savoir s'ils travaillaient sur UNE table ou UN bureau et s'il bâtissaient UNE œuvre personnelle ou UN patrimoine littéraire,  dans UN style et UNE langue plus vastes que leur genre. Photo : Marguerit...

progressistes, vraiment ?

Piégés par le discours ambiant, il nous arrive de reprendre à notre compte dans les conversations politiques l'adjectif laudatif " progressistes " (partisans du progrès, notamment du progrès social) pour désigner des gens au contraire régressifs, férus d'égarements doctrinaires férocement ennemis de la civilisation. En tout cas, d'une civilisation qui avait et aurait encore pour moteur l'idée du progrès . Progrès des libertés, des droits, des sciences, des arts, du confort, des accomplissements extraordinaires, avec pour idéal le recul des ignorances et indigences. Laissons à ces extrémistes paradoxaux l'exclusivité de se qualifier de " progressistes ", par antiphrase ou abus de langage. Exactement comme une dictature oligarchique aime à se qualifier de "république démocratique populaire"... illustration : rue carrossable [c'est-à-dire destinée à la circulation des voitures, jadis hippomobiles appelées carrosses, puis automobiles d...

l'aphone éthique radiophonique : à quoi bon savoir prononcer ?

N'y a-t-il pas de différences subtiles à faire entendre dans les médias parlés entre voyelles voisines, mais distinctes donc porteuses de significations précises ? Si. • poignet ou  poignée • épais ou  épée • archet ou  archer • râblé  ou  Rabelais • incarné ou un carnet • vous irez ou vous iraient • entrait ou  entrée • défaite ou des fêtes • côte ou  cote ou cotte • hotte ou  haute  ou  hôte • pas mâle ou  pas mal ou pas malle • de moi ou  deux mois • cela ou  ceux-là ?  Ou encore : • telle est faune  ou  téléphone ? La justesse phonétique n'est pas la marotte d'auditeurs râleurs mais la compétence première d'un journaliste ou animateur de radio. C'est même son devoir s'il œuvre dans le service public. Voilà pourquoi on attend légitimement d'un journaliste de la presse parlée spécialiste de la Pologne s'exprimant sur France Info et France Inter, qu'il sache parler en français de la ...

une grille descellée

«   Une grille a été décelée au sous-sol de l’Art que de Triomphe  » nous répète d'heure en heure telle journaliste de France Inter, puis de France Culture, puis de France Info. À charge pour nous de comprendre qu’une grille a été descellée et non décelée.  Et qu’on nous parle bien du célèbre Arc de Triomphe  (et non "arc-que de triomphe") dont la prononciation correcte n’a posé de problème à personne pendant deux siècles mais se dégrade partout en France depuis quatre mois, et à grande vitesse, le suivisme médiatique battant son plein dans la ressassement de la  paragoge  ''arc-que de triomphe"  [qui rejoint les indécrottabes "parc-e des princes" / "ouest-e du pays", et les plus récents "ex-e femme", "post-e natal", etc]. En France, contrairement à d'autres pays francophones, c'est sans doute la grille des programmes de l'audiovisuel public qui est mal scellée puisqu'elle ne comprend aucune é...

une témoin, un tête, une membre : les genres en délire

La grammaire de notre langue vient de se fissurer en grand, et peu de gens s'en sont avisés. De dérive en dérive, voici que l'article ne s'accorde plus obligatoirement avec le genre du mot contrairement à ce qu'exige notre syntaxe (il faut dire une fleur, et non un fleur ). L'article d'un mot qui n'est pourtant pas féminin s'accorde maintenant plus ou moins  obligatoirement  avec toute féminité sous-jacente qu'il serait susceptible d'évoquer. Si le témoin est une femme, c'est désormais  une témoin . Oui, oui, on l'entend et on le lit dans la presse. Certes pas partout. Mais peu c'est déjà trop... Ainsi, ce que nous donnions comme exemple caustique et peu probable de future déformation catastrophique de la structure de notre langue, sous les coups de la bêtise, est-il bel et bien advenu au début de l'année 2019. La rupture du ligament logique article-mot se propage toujours plus et accroît ses ravages. Après avoir v...

cote à côte

Est-ce un jeu ? Le même journaliste d'une station de radio nationale française d'information en continu prononce "CÔTATION" au lieu de " cotation " [en bourse], et "COTTES bretonnes " au lieu de " côtes bretonnes ". Ce professionnel de la langue parlée fait entendre un accent circonflexe là où il n'y en a pas, et omet de le prononcer là où il y en a un. Ce tour de passe-passe dans une même bouche prouve que le prétexte de l'accent régional, censé rendre inapte à prononcer certains phonèmes , ne tient pas. Et qu'il s'agit tout simplement de fautes de phonétique non rectifiées, exactement comme il existe des fautes d'orthographe non corrigées. Sans doute l'étude du grec - ou simplement une courte leçon sur l'alphabet grec - devrait-elle être introduite dans la formation des journalistes de l'audiovisuel. Ainsi ces professionnels de la parole apprendraient-ils que le son Ô fermé (comme dans " tôt ...

naming

Les polyglottes s'esclaffent devant certaines bévues lexicales francophones, comme " le nommage ". Cette création malhabile est un néologisme québécois supposé traduire l'anglais " naming " [littéralement : acte de donner un nom]. Or, l'anglais naming se traduit parfaitement à l'aide de termes irréprochables inscrits depuis des siècles dans la langue française. Selon le contexte, l'un ou l'autre de ces mots fait l'affaire : désignation, appellation, dénomination, intitulé, ou même onomastique . "Défendre sa langue pour la protéger ou restaurer sa prétendue pureté originelle me répugne. Se résigner à ce qu’au fil des jours sa langue soit défigurée par de petits et grands outrages déclenche néanmoins en moi de petites et grandes colères." Jean-Marie Borzeix , Les carnets d’un francophone . Éditions Bleu Autour, 2006 (p 42). CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE

colère légitime

En France, le lieu commun concernant les manifestants appelés gilets jaunes consiste à les décrire comme liés par une même  colère . La colère de ces manifestants étant présentée - par eux-mêmes autant que par les commentateurs et les politiciens - comme éminemment respectable, et même qualifiée de  colère légitime , selon la formule rapidement devenue une précaution oratoire de rigueur. Les francophones à l'ouïe sensible entendent là un abus de langage périlleux. Car la définition du mot colère , ici puisée dans le dictionnaire Le Robert, ne laisse pas de doute sur le caractère déplorable de toute colère, fut-elle provoquée : " Mécontentement violent et passager qui s'accompagne d'agressivité ". Les manifestants qui se désolidarisent des violences commises ne peuvent que renoncer à l'invocation d'un droit à la  colère . Puisque la colère est violence. Sur les Champs-Elysées et alentour, dans le feu et le saccage, bref dans la violence, on a vu ...