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Articles

halte à la confusion entre "vous" et "je"

Combien d'années d'études brillantes et d'examens difficiles, combien de prodiges d'arrivisme il faut avoir réussis pour se retrouver président ou directeur général d'institution du service public ! On s'étonne d'autant plus des égarements grammaticaux et sémantiques les plus ineptes qui sont avalisés par ces gens admirables, dans les messages émis par les organismes dont ils ont obtenu la responsabilité. L'un de ces égarements connaît une vogue sournoise dont attestent, par exemple, les messages émis par d'innombrables sociétés de service public de premier plan comme la RATP ou les offices de gestion des logements à loyers modérés des villes de Caen, de Paris ou des départements du Rhône ou du Tarn. Les unes comme les autres se sont dotées de dirigeants et de communicants affectant de croire que le pronom personnel convenable pour s'adresser à quelqu'un n'est ni tu (singulier de proximité) ni vous (pluriel de nombre ou de politess...

bleu cocu

Aujourd'hui, l'infidélité est jaune. Jaune cocu. Sous Louis XI, en France, elle était bleue : " les bleu-vêtus ", c'étaient les maris trompés. La langue évolue avec liberté, la condition humaine se perpétue avec libertinage... Mais quand un évènement devient un événementiel (sic), et quand de bonnes relations deviennent un bon relationnel (sic), la langue évolue-t-elle ou se dénature-t-elle ? La réponse est dans la question : ici la nature des mots s'altère. Les adjectifs dérivés des substantifs évincent les substantifs eux-mêmes. Ils les font cocus. Sans liberté ni libertinage, hélas, mais dans une vaniteuse surcharge de syllabes. CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE

pas de futur après si

Ce que les linguistes appellent joliment le sentiment linguistique , c'est l'instinct qui nous permet d'identifier sans réfléchir les fautes de grammaire dans notre langue maternelle. Donc de ne pas les commettre. Les journalistes semblent souvent très peu sentimentaux sur ce plan-là... Au point d'utiliser, pour certains d'entre eux, le futur après si . Ce qui donne par exemple [ dans Le Progrès de Lyon ] cette tournure que l'on croirait tout juste digne d'un enfant en très bas âge : " Si la construction sera abandonnée " (sic). En anglais, when ( quand ) est suivi du présent pour exprimer le futur : " when I am 64" [The Beatles] signifiant "quand j'aurai 64 ans ". En français, c'est la conjonction si qui est suivie du présent pour exprimer une éventualité future : il faut dire " si vous venez, j'en serai ravi ", et non " si vous viendrez, j'en serai ravi ". On s'étonne de devoir le ...

comment dénommer le nommage

En juin 2010* est paru un Guide pratique de la dématérialisation des marchés publics , proposé par la Direction des affaires juridiques du ministère français de l'Économie , de l'Industrie et de l'Emploi . Au glossaire de ce guide, la Mission linguistique francophone a relevé la présence importune de trois barbarismes. Le premier de ces barbarismes est le " nommage " (sic). Rappelons succinctement pourquoi il convient de faire barrage à la promotion de ce terme, et pourquoi il semble nécessaire de veiller à son éviction des textes réglementaires francophones, plutôt que de les voir répertoriés par un de nos ministères. Nommage est une récente et inculte traduction - même pas mot à mot, mais syllabe à syllabe - de l'anglais naming . En français, l'action de donner un nom n'est pas "le nommage " (sic) et n'a aucun besoin de l'être, ni en informatique ni ailleurs. Selon le contexte et la nature exacte de l'action de nommer, le...

crime organisé

La mauvaise traduction mot à mot de l'anglais  organized crime a donné "le crime organisé". Ce qui désigne en réalité le banditisme, le grand banditisme,  la grande délinquance,  la pègre, le milieu, la mafia (au sens propre ou par extension). Car un "crime organisé", en français, c'est un crime avec préméditation. Et non une organisation criminelle ni ses activités. Il faut savoir que l'anglais crime dénomme indistinctement ce que nous appelons des crimes , des délits et même certaines infractions . Ainsi le proxénétisme et le tapage nocturne sont-ils respectivement un délit et une infraction . Mais en anglais, ce sont l'un et l'autre des crimes . L'expression " crime organisé " est donc doublement inadéquate. Elle a été introduite dans notre langue par des journalistes expéditifs qui, pompant leurs articles sur la presse anglophone, se sont laissés piéger par la facilité et le manque de discernement. Elle a ensuite été r...

alerte au "géocaching" !

Un néologisme véritablement monstrueux [NDE : nous sommes avares de ce genre de qualificatifs, mais ici il s'impose ] déboule dans nos oreilles et sous nos yeux : le géocaching (sic). Aïe, aïe, aïe, que d'ignorance condensée en si peu de lettres... Il s'agit de ce qu'on appelait jusqu'à présent une chasse au trésor, une course d'orientation ou un rallye. La seule nouveauté supposée étant l'usage de la boussole GPS de son téléphone portable au lieu d'une boussole magnétique à l'ancienne. Cette évolution technique n'appelle pas de terme nouveau, pas plus que la navigation n'a changé de nom en passant de la voile latine au moteur hors-bord, et pas plus que la gloutonnerie n'a besoin de changer de nom selon qu'elle se rassasie à la fourchette, à la baguette ou avec les doigts. L'honorable amusement consistant à retrouver des objets cachés dans la nature se voit depuis peu dénommé par le terme précité, lequel est d'une co...

pénurie de personnel sur moi

Au journal télévisé de France 2, un reportage nous présente une adolescente hospitalisée en chirurgie, invitée à témoigner de la pénurie de personnel hospitalier , selon l'expression juste et même très avertie qu'elle emploie. Ce syntagme semble la récitation d'un propos tenu devant elle avant que le micro lui soit tendu. Pour témoigner de cette pénurie, elle nous dit ensuite avec plus de spontanéité : " Je viens là depuis huit ans. Avant, il y a avait plus de monde sur moi ". On sait que l'usage abusif du petit mot " sur " a rongé notre langue. Ici, " sur moi " signifie " pour s'occuper de moi ". La préposition sur , qui remplace déjà une quinzaine d'autres prépositions, commence donc à remplacer un verbe et sa préposition. Il n'y a là ni évolution réjouissante ni émancipation éclairée mais affligeante dénaturation du sens. Ce n'est pas de la faute de l'adolescente : elle parle la langue des adultes médiatisé...

"en live"

L'expression " en live " (sic) n'est ni anglaise ni française : elle viole les deux langues et fait honte aux professionnels du spectacle et des médias qui s'adonnent à ces viols. Dans le français courant, le mot  live  est emprunté à l'anglais dans son acception adverbiale qui signifie exactement " en public " ou " en direct ". Dès lors, le franglais " en live " signifie " en en-public " ou " en en-direct ". Chacun devrait entendre instinctivement que l'ajout de la préposition " en " devant l'adverbe " live " produit un bégaiement sémantique inepte. L'expression " en sans contact " (sic) est une semblable aberration syntaxique, construite sur le même modèle défectueux : l'ajout fautif de la préposition en devant un adverbe. Maquillé de guillemets ou non [cf. annonce BNP Paribas ci-dessus], c'est un monstre rédactionnel. On se demande pourquoi le prés...

susceptible et vexatile

Une personne qui se vexe facilement est une personne susceptible . Mais, comme le mot vexer ne présente aucune similitude d'aspect avec le mot susceptible , certains locuteurs francophones ne font pas le lien entre les deux termes et disent d'une telle personne qu'elle est " vexable ". Plutôt que cette fabrication maladroite, la Mission linguistique francophone leur propose l'adoption du néologisme vexatile : " Robert est trop vexatile, ça devient saoulan t". Ce mot est formé sur le modèle de versatile (qui change facilement d'humeur, d'opinion, d'état), docile (qui se montre doux devant l'autorité), ductile (qui possède la propriété de s'étirer), gracile (qui possède une grâce fragile), etc. La surabondance actuelle et passée d'adjectifs formés au moyen du suffixe -able ne doit pas faire oublier que la langue française est riche d'autres désinences . Ici, la similitude entre fragile , versatile et vexatile...

citoyen : un qualificatif usé et usant

À propos " d'élections citoyennes " et d'un " Prix du Projet Citoyen ", la Mission linguistique francophone analysait en 2011 un travers consistant en l'usage inexact et abusif du mot citoyen . Un substantif transformé, même par les pouvoirs publics, en un adjectif redondant, devenu la caution de tout ce qui peut être entrepris dans la sphère civique [et non " citoyenne ", en vrai français], dans le domaine civil , ou en politique . Exactement un an plus tard, dans la catégorie des extensions de sens abusives , l' Académie française a repris notre flambeau sous forme d'un article de son blog Dire, ne pas dire , prestigieux petit frère du nôtre. L'article de l'Académie mérite d'être cité textuellement. "Il est fait aujourd’hui un fréquent mais curieux usage du nom citoyen, qui devient un adjectif bien-pensant associant, de manière assez vague, souci de la bonne marche de la société civile, respect de la loi e...

suite à : une fièvre contagieuse

" Suite à " n'est pas digne de vous . C'est un lourd solécisme et donc du très mauvais français. Cette locution dérisoire est pourtant propagée désormais en France et en Belgique par les médias et les administrations avec le plus grand sérieux. Et la plus navrante obstination. Initialement, l'expression '' suite à' ' n'était employée que par des plaisantins, au même titre que " rapport à ", pour singer la langue administrative ou militaire malhabile, dans des phrases comme celle-ci : " Mon adjudant, j'voudrais vous causer suite à ma désertion pour vous donner des explications rapport à l'invasion subie subitement ". On voit bien que la construction des locutions '' suite à '' et '' rapport à '' est absolument défectueuse, puisque le complément de nom doit se construire avec la préposition de et non la préposition à (il convient de dire " le père de Louis " et non ...

les mal logés et leur logement désolant

À l'heure où la difficulté de se loger dignement atteint un degré critique pour une frange toujours plus large de la population mondiale, le débat francophone sur les mal logés dérive vers un débat sur le mal-logement (sic). Le fléau se double alors d'une maladresse. L'invention du terme mal-logement reflète une très mauvaise maîtrise des mécanismes de la langue française, qu'il s'agisse de syntaxe, de sémantique ou d'orthographe. Sur le plan orthographique, le trait d'union est injustifié : en français, le manque d'adresse est maladresse et non "mal-adresse" ; le contraire de la bienveillance est la malveillance et non la "mal-veillance" ; une denrée putride est malodorante et non "mal-odorante" ; etc. Pour ne pas contredire les règles orthographiques du français, il faudrait donc écrire ainsi ce néologisme : mallogement . Ce double ll peut sembler étrange mais il ne l'est pas : c'est au contraire une trè...

dataroom et meet-up au Grand Paris

L'établissement public de la Métropole du grand Paris s'est doté d'un site internet dont les intitulés vomissent la langue française avec une âpreté désolante. Jugez plutôt ce que la capitale élargie du monde francophone vous donne à lire comme titres de rubriques dans sa version française : dataroom, meet-up, agenda . Agenda peut sembler irréprochable, si ce n'est que le mot est ici utilisé dans l'acception anglophone du terme. Ce n'est pas le petit carnet que l'on promène sur soi pour y noter ses rendez-vous (ce qui est l'unique sens de du mot agenda en français). C'est the agenda : le programme des activités à venir, l'ordre du jour, la liste des points à aborder. Mais on pourrait ne rien trouver à redire à cette métonymie [ métonymie = boire un verre au lieu de boire le contenu d'un verre ] si elle ne venait pas corroborer le constat d'un snobisme anglomane omniprésent par ailleurs. Car avec meet-up et dataroom , l'ambig...