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Articles

antonymes existants et inexistants

Il manque à notre langue des mots tout simples. Notamment certains antonymes [ces termes de sens opposé, comme joie et tristesse ] qui restent à inventer. Ainsi, l'exact antonyme de profond n'existe pas en français. Tandis que l'anglais peut opposer deep et shallow [dans une piscine, grand bain et petit bain se disent deep end et shallow end ], le français s'en tire par des périphrases comme " peu profond " ou " pas profond ". L'adjectif " superficiel " fonctionne comme antonyme de profond dans certains sens propres ( une plaie superficielle ) et certains sens figurés ( un discours superficiel ) ; mais au sens général, il ne convient pas : un bras de mer est profond ou peu profond , il n'est pas " superficiel ". Inversement, l'adjectif mûr possède un antonyme bien connu : immature . La force de cet antonyme est telle qu'un grand nombre de professionnels de la langue (journalistes, essayistes, polit...

les preuves et l'épreuve

À l'instar de l'acheteur de meubles suédois qui doit construire son achat de retour chez lui, le francophone de France et de Navarre devient toujours plus fréquemment obligé par les médias parlés de remettre en forme à ses frais le français approximatif déversé dans ses oreilles. Mais sans que la notice lui soit fournie... Voici un exemple parmi des millions. Dans un entretien radiophonique, un ancien ministre effare les auditeurs un peu attentifs par cette absurdité : " l'épreuve des chiffres ne résiste pas à l'analyse " (sic). Phrase totalement inepte, chacun en conviendra. Sans doute cet orateur professionnel voulait-il affirmer, en réalité, que les chiffres ne résistent pas à l'épreuve de l'analyse, autrement dit que les chiffres ne résistent pas à l'analyse tout court ? Non, ce n'est pas encore ça. En fait, il se trouve que M. le ministre ne sait simplement pas prononcer les sons de sa propre langue : ce n'était pas l'é pre...

d'ores et déjà

Travaillant sur le style oratoire médiatique où sévit la préoccupante disparition des liaisons obligatoires en français, nous donnions récemment comme contre-exemples le maintien bien en place de l'articulation " j'ai dix'z'ans " face au déficient " j'ai di' euros ", et la vivacité imperturbable des liaisons dans des expressions consacrées comme " petit à petit " ou " d'ores et déjà ". Or, à France Info, une excellente chroniqueuse environnementale nous a donné tort en créant pour ses auditeurs l'expression "d'or et déjà". Belle image joaillère ! Mais si cette professionnelle de la prononciation voulait dire en réalité " d'ores et déjà ", alors nous l'adjurons de ne pas omettre la liaison obligatoire : dor-zé-déja . Le français aussi est une entité vivante donc vulnérable. Sa vitalité n'est pas sans importance. Si ?

à vélo et en voiture

Rappelons aux cyclistes qu'ils ne se déplacent pas " en vélo " mais " à vélo ". Car la préposition " en " signifie qu'on pénètre dans le véhicule : en voiture, en train, en métro, en bateau, en avion. Si ce n'est pas le cas, la préposition appropriée est " à " : à cheval, à dos d'âne, à bicyclette, à moto, à skis, à pied ( pied étant au singulier, curieusement). • • • POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE,  CLIQUEZ ICI Pour prendre directement connaissance des missions de la Mission,  cliquez ici.

inflation galopante

Hormis la République démocratique du Congo durant les années 1980, aucun pays francophone n'a connu d'inflation galopante depuis la fin du dix-huitième siècle. Aucun. D'autres malheurs mais pas celui-ci. Car une inflation galopante, selon la définition de cette expression en sciences économiques et en français, est bien un malheur et non un simple sujet d'inquiétude ou de contrariété. C'est une radicale et dévastatrice perte de valeur de la monnaie heure par heure , tellement vertigineuse qu'on peine à se l'imaginer. Nous reproduisons en illustration une liste de ces calamités historiques (source : Wikipédia). Il y est question d'une inflation de 54 000 000 % par an au Venezuela ! Et d'une inflation de 30 000 000 000 000 000 000 000 000 000 % en un seul mois  (janvier 1994) en Yougoslavie ! Il y a pourtant des journalistes et politiciens prompts à employer à la légère la formule " inflation galopante " pour faire grief à leur gouvernement...

Jeu télévisé : la loterie phonétique

Ce lundi 14 août 2017 est à marquer d'une pierre noire. Sur une chaîne francophone d'informations télévisées en continu, un commentaire de reportage enregistré a été ainsi prononcé par une voix masculine rétribuée pour ce faire : " un soldat est décédé, vin autres sont blessés ". Il ne s'agit pas d'un bafouillage aussitôt déploré par le piètre locuteur professionnel, mais d'une rude faute de liaison (en l'occurrence, une liaison omise) lue avec application par un récitant devant l'oreille attentive d'un ingénieur du son, vérifié par un rédacteur en chef, puis diffusé par le diffuseur. En boucle et sans retouche ni regrets. Désormais, il est donc publiquement reconnu comme admissible que l'orthographe du nombre vingt soit incertaine pour un journaliste de la presse parlée devant son micro et pour ses collègues, au point que, dans le doute, mieux vaille s'abstenir de prononcer les liaisons obligatoires [dix-z-ans, vingt-t-ans, etc],...

gestatrice pour autrui

L'expression mère porteuse est attachée historiquement à une pratique très controversée - et même interdite dans la plupart des pays francophones : une grossesse rétribuée, expressément prévue pour donner naissance à un enfant qui ne sera pas élevé par la femme l'ayant porté en son sein. La notion de mère porteuse , entachée de suspicion, a cédé la place vers 2008 à celle de gestatrice pour autrui (GPA) ou  gestatrice  tout court. Applicable à des "mères porteuses" qui agiraient dans le respect de la loi et d'une éthique immaculée, cette terminologie précise va dans le sens de notre action bénévole en faveur de la (pro)création de néologismes bien portants et parlants. Et pour le renoncement volontaire aux néologismes mal formés ou sans fidélité à ce qu'ils prétendent signifier. CLIQUEZ ICI   POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE

zoo

Trouvée dans une liste de négligences oratoires à ne plus commettre, cette injonction pavée de bonnes intentions mais erronée :  " bien prononcer zoo en deux syllabes, zo-o ". N'en faites rien. voici pourquoi. Prononcer "zo-o" est au contraire une erreur d'articulation commise par hypercorrection. En linguistique, l' hypercorrection va au-delà du purisme : c'est le fait de tenir pour fautif ce qui ne l'est pas. Si zoologique se prononce en effet zo-ologique, en ce qui concerne son apocope zoo , il s'est produit dans notre langue une fusion naturelle appelée  crase , qui a déterminé par confort la prononciation "zoo" toute fluide. Avec deux o harmonieusement liés en un seul, un peu long ; et non "zo-o", avec deux o détachés par saccade. Ce principe de la crase , irréprochable et même salutaire pour préserver parfois notre diction du ridicule, l'évolution du français l'a aussi vu à l'œuvre dans tragi...

patients, parents et clients

RÉÉDITION DE NOTRE ARTICLE PUBLIÉ EN 2008 Depuis trois ou quatre ans (NDE : en 2008), le substantif clientèle connaît une vogue écrasante dans la langue commerciale. Au point d'être utilisé comme adjectif. Ce qu'il n'est pas. Ainsi les responsables commerciaux tendent-ils à se présenter massivement comme " responsable clientèle ". La Mission linguistique francophone avait pronostiqué que cette vogue aurait des répercussions dans des domaines voisins. C'est chose faite. Le suivisme a bien été au rendez-vous dans le domaine des affaires médicales et hospitalières. Sur le modèle de clientèle , le mot patientèle y a été forgé. Des médecins négocient depuis peu la cession de leur cabinet et de sa patientèle . Les imitant, l'hôpital des Quinze-Vingts à Paris, centre national d'ophtalmologie, s'est fièrement doté d'une Direction de la patientèle . Et ce, sans attendre le feu vert de l'Académie française, comme si les hôpitaux de l'Ass...

vf de Wikipédia

L'encyclopédie collaborative Wikipédia a lancé un appel à la générosité de ses utilisateurs. Contributrice assidue à sa version francophone, la Mission linguistique francophone se consacre presque exclusivement à la correction des fautes de français et à l’amélioration de formulations naïves, obscures ou impropres. Les fautes corrigées par les soins de nos observateurs sont souvent rétablies ensuite par des intervenants peu éclairés, qui cependant menacent de rétorsions les correcteurs bénévoles, fussent-ils lexicographes de métier. Ce dysfonctionnement fait de la version française de Wikipédia une caisse de résonance de l’inculture syntaxique et lexicale, dont le pouvoir de nuisance sur la francophonie est connu et très préoccupant. Concernant l'anglomanie, on note que la version française de Wikipédia n’échappe pas à ce travers. Des termes anglophones dont il existe un équivalent français bénéficient hâtivement d’une entrée dans la vf de Wikipédia, tandis que le term...

Prix de la femme architecte

Il faut une bien déplaisante vision de la vie et de sa propre place dans la société pour estimer que le genre des membres d'une profession manuelle ou intellectuelle importe en soi. Qu'être homme ou femme, cela n'a pas la même valeur. Vision déstestable, et pourtant... Le Prix de l'homme magistrat et le Prix de la femme architecte appartiennent à cette vision inepte et discriminatoire. Le  Prix de la femme architecte  existe en France depuis peu, et celles qui le décernent (les hommes n'ont pas leur mot à dire) ou le reçoivent, curieusement, n'en discernent pas le sexisme ni la dimension ostensiblement discriminatoire. Par chance, le  Prix de l'homme magistrat  est une fiction que nous venons d'inventer, bien que la magistrature soit majoritairement féminine (80% des effectifs sortant de l'École de la magistrature sont des femmes ; source Le Point février 2012) et bien que les hommes y soient donc une minorité méritante digne d'u...

rasoirs Braun

Stupéfaction d'entendre le récitant du spot publicitaire Braun actuellement diffusé nous prononcer le nom de cette marque "Bronne" ! Cela soulève trois questions aux réponses inquiétantes : 1/ L'ingénieur du son était-il aussi sourd que le comédien était incompétent ? 2/ Le dircom était-il en vacances ou ignore-t-il réellement que  Braun  se prononce Braun (ou Bra-aun en allemand) mais certainement pas Bronne ? 3/ L'agence de pub a-t-elle été payée pour cette destruction de marque par négligence ? 4/ Dans les conversations en français, est-ce trop demander de ne pas confondre les sons "o" ouvert (comme dans fort) et "ô" fermé (comme dans beau , trône ou Braun ), ni les son "é" et "ê" ( briqué ou briquet ) dans la langue médiatique ? 5/ La culture des jeux vidéos et des sms a-t-elle irrémédiablement créé une génération montante qui ne perçoit plus la justesse de la prononciation comme une dimension décisive des éch...

métropoles : villes mères

Les métropoles [du grec "ville mère"] sont par définition de très grandes villes - ou même des territoires nationaux presque entiers, comme dans le cas de la France continentale par distinction avec ses régions insulaires. Mais alors, que sont les grandes métropoles chères à la plume des dircoms de diverses capitales régionales françaises? Ce sont à l'évidence de grandes très-grandes-villes . Et si Nancy , Nantes , Marseille , revendiquent d'être de "grandes métropoles", que sont Londres, Mexico, Tokyo ou Los Angeles ? Un Chef de cabinet à qui nous avons posé la question a trouvé la réponse et n'a pas hésité nous à l'écrire sans bien se relire : ce sont de très grandes métropoles .* Bonne mère, où l'escalade verbale des métropoles s'arrêtera-t-elle ? Et la dévaluation des superlatifs ? * Réponse fausse : ce sont des mégapoles [du grec "grande ville"], des villes dont la population frise ou dépasse les dix millions d'habit...