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Articles

s'exposer (selon Alice Coffin)

"En ne conduisant pas, je m'expose à ne pas mourir sur la route." (paraphrase d'une déclaration faite par une élue municipale française du nom d'Alice Coffin à une chaîne de télévision étrangère) Nous paraphrasons ici avec la plus grande fidélité dans le contresens une déclaration d'une conseillère municipale parisienne dont la violence diffamatoire à l'encontre de la moitié masculine de ses électeurs a fait tressaillir d'indignation ou sauter de joie, mais dont le mauvais maniement de la langue n'a pas même été relevé dans ce tohu-bohu. Voici la déclaration accusatoire dans sa forme originale : " En n'ayant pas de mari, je m'expose à ne pas être violée, tuée, tabassée (...) et mes enfants non plus ". Or, la formule verbale " s'exposer à"  ne peut introduire qu'un complément négatif. On s'expose à mourir en allant à la guerre, on s'expose à échouer à un concours en s'y présentant. Mais on n...

une témoin, un tête, une membre : les genres en délire

La grammaire de notre langue vient de se fissurer en grand, et peu de gens s'en sont avisés. De dérive en dérive, voici que l'article ne s'accorde plus obligatoirement avec le genre du mot contrairement à ce qu'exige notre syntaxe (il faut dire une fleur, et non un fleur ). L'article d'un mot qui n'est pourtant pas féminin s'accorde maintenant plus ou moins  obligatoirement  avec toute féminité sous-jacente qu'il serait susceptible d'évoquer. Si le témoin est une femme, c'est désormais  une témoin . Oui, oui, on l'entend et on le lit dans la presse. Certes pas partout. Mais peu c'est déjà trop... Ainsi, ce que nous donnions comme exemple caustique et peu probable de future déformation catastrophique de la structure de notre langue, sous les coups de la bêtise, est-il bel et bien advenu au début de l'année 2019. La rupture du ligament logique article-mot se propage toujours plus et accroît ses ravages. Après avoir v...

cote à côte

Est-ce un jeu ? Le même journaliste d'une station de radio nationale française d'information en continu prononce "CÔTATION" au lieu de " cotation " [en bourse], et "COTTES bretonnes " au lieu de " côtes bretonnes ". Ce professionnel de la langue parlée fait entendre un accent circonflexe là où il n'y en a pas, et omet de le prononcer là où il y en a un. Ce tour de passe-passe dans une même bouche prouve que le prétexte de l'accent régional, censé rendre inapte à prononcer certains phonèmes , ne tient pas. Et qu'il s'agit tout simplement de fautes de phonétique non rectifiées, exactement comme il existe des fautes d'orthographe non corrigées. Sans doute l'étude du grec - ou simplement une courte leçon sur l'alphabet grec - devrait-elle être introduite dans la formation des journalistes de l'audiovisuel. Ainsi ces professionnels de la parole apprendraient-ils que le son Ô fermé (comme dans " tôt ...

naming

Les polyglottes s'esclaffent devant certaines bévues lexicales francophones, comme " le nommage ". Cette création malhabile est un néologisme québécois supposé traduire l'anglais " naming " [littéralement : acte de donner un nom]. Or, l'anglais naming se traduit parfaitement à l'aide de termes irréprochables inscrits depuis des siècles dans la langue française. Selon le contexte, l'un ou l'autre de ces mots fait l'affaire : désignation, appellation, dénomination, intitulé, ou même onomastique . "Défendre sa langue pour la protéger ou restaurer sa prétendue pureté originelle me répugne. Se résigner à ce qu’au fil des jours sa langue soit défigurée par de petits et grands outrages déclenche néanmoins en moi de petites et grandes colères." Jean-Marie Borzeix , Les carnets d’un francophone . Éditions Bleu Autour, 2006 (p 42). CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE

colère légitime

En France, le lieu commun concernant les manifestants appelés gilets jaunes consiste à les décrire comme liés par une même  colère . La colère de ces manifestants étant présentée - par eux-mêmes autant que par les commentateurs et les politiciens - comme éminemment respectable, et même qualifiée de  colère légitime , selon la formule rapidement devenue une précaution oratoire de rigueur. Les francophones à l'ouïe sensible entendent là un abus de langage périlleux. Car la définition du mot colère , ici puisée dans le dictionnaire Le Robert, ne laisse pas de doute sur le caractère déplorable de toute colère, fut-elle provoquée : " Mécontentement violent et passager qui s'accompagne d'agressivité ". Les manifestants qui se désolidarisent des violences commises ne peuvent que renoncer à l'invocation d'un droit à la  colère . Puisque la colère est violence. Sur les Champs-Elysées et alentour, dans le feu et le saccage, bref dans la violence, on a vu ...

l'attrait et non l'attractivité

 L'emploi malencontreux en français du faux ami anglais attractive , qui signifie attirant, séduisant, a donné naissance dans certains esprits au néologisme " attractivité " [comme dans " attractivité touristique du Morbihan "] dont l'usage est vivement déconseillé, voire prohibé. Ce barbarisme s'épanouit sans complexes - et sans doute irréversiblement - dans le discours politique et technocratique français, et jusque dans l'intitulé de certains organismes d'État ou travaux de recherche. Débarrassée de sa difformité anglomane, "l'attractivité" (sic) c'est pourtant dans notre langue l'attrait , la séduction , l'intérêt (que suscite quelque chose), le charme, le pouvoir d'attraction ou l'attirance. POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI  

la confiance clients : une purge vendue en pharmacie

Pour se faire une idée du mépris qu'inspire le souci du maniement le plus élémentaire de notre langue à certains membres de professions pourtant dites "professions intellectuelles supérieures", on peut pousser la porte d'une officine pharmaceutique et s'émouvoir d'y être accueilli par la proclamation publicitaire incongrue reproduite ci-contre. Signaler, comme nous l'avons fait dans une officine à Paris, l'aberration syntaxique de cette proclamation publicitaire ornant sa vitrine est un moyen très sûr de déclencher l'hostilité railleuse de la pharmacienne, dans le registre "oui, bon ben quoi, j'vois pas où est l'problème, j'y peux rien", le bras fermement croisés sur la poitrine, le sourire narquois et la mauvaise foi en bandoulière. Donc, on peut être titulaire d'un diplôme de docteur en pharmacie, membre d'un groupement de pharmaciens pour qui " notre santé est capitale " (autre proclamation publi...

diagnostic sur France Culture

Dans une émission de la station de radio française France Culture (on notera la présence du mot culture ), deux professeurs en médecine invités à exposer leurs travaux de recherche ont commis de bout en bout une boucherie syntaxique qui pourrait laisser penser qu'ils ne sont pas de langue maternelle française ou n'ont pas fréquenté l'école ni lu de bons livres ni écouté de bons orateurs. Or, si. Mais la passion du jargon est si forte que la perte des repères logiques les plus élémentaires s'impose aux beaux esprits comme une nouvelle élégance. C'est vieux comme le monde parlant. Ainsi avons-nous pu entendre dix fois évoquer par ces maîtres du massacre linguistique : " les patients diagnostiqués sur cette maladie ". Ce qui voulait dire, dans leur esprit : " les patients chez qui cette maladie a été diagnostiquée ". Désordre complet des mots et impropriété des termes. On ne diagnostique pas un humain et on ne dépiste pas non plus un humain...

modèles suréquipés

En 2010, une agence de publicité de grande marque automobile a une première fois décrit un modèle de voiture comme étant " suréquipé ". Toutes l'ont ensuite imitée. Un anonyme n'ayant pas perdu le sens des mots a légitimement pu s'interroger devant ce suivisme irréfléchi : " suréquipée, ma voiture, ça veut dire quoi ? Qu'elle a deux volants ?" Interrogation restée sans réponse autre que la propagation irritante de ce faux-sens, à coups de centaines de millions d'euros de dépenses publicitaires. Désormais, tout véhicule à vendre est présenté comme suréquipé . C'est le lieu commun obligé des bateleurs de ce secteur. Et bientôt, de tous les secteurs. Le qualificatif " suréquipé " n'a pourtant qu'un seul sens, et il est fortement péjoratif. Est suréquipé ce qui est encombré de trop d'équipements. Dans le verbe suréquiper , le préfixe sur- exprime un tort par excès. Exactement comme dans surcharger, surestimer, ...

le running et les runneurs

C'est quoi, le running ? Le "running", comme son nom l'indique aux anglophones, c'est l'acte de courir, c'est la course à pied . Mais la course à pied à l'usage exclusif des amateurs de termes anglais permettant de dire en moins clair ce qui se dit très bien en français, histoire de se la péter un max. C'est quoi, un runneur ? Dans l'hôtellerie, c'est un garçon de salle ("Hep ! Garçon !") ou une fille de salle , employé dont la mission consiste à courir à droite et à gauche pour se rendre utile au reste du personnel de service, maître d'hôtel compris. Ici, il ne s'agit pas seulement de se la péter en parlant un peu anglais mais sans perde complètement contact avec le français (on écrit runneur et non runner ), il s'agit aussi d'en finir avec l'infantilisation désobligeante du garçon ou de la fille de salle. Indulgence, donc, pour ce néologisme de métier. Mais c'est quoi au juste un runner, que l...

pas de féminicide, par pitié

Réédition de l'article de mars 2019 Tuer une femme ou tuer un homme est un homicide. Ce mot convient à toutes les victimes car il ne hiérarchise pas les humains. Pourtant, une politicienne française, puis à sa suite le gouvernement et les médias, se sont mis en tête de faire entrer dans les nôtres le néologisme " féminicide " (sic). En quoi cela est-il une bien mauvaise idée ?  S'il s'agit du meurtre de la femme en tant qu'épouse ou partenaire sentimentale, se flatter d'employer le mot " féminicide " est une lourde démonstration d'ignorance qui fait honte à qui s'en gargarise, car le mot pour désigner l'homicide de l'épouse ou partenaire sentimentale existe déjà depuis des lustres, c'est uxoricide ( du latin uxor = femme, épouse ). Qu'il s'agisse d'un assassinat (préméditation), d'un meurtre (volonté non préméditée de donner la mort) ou de violences ayant entraîné la mort sans intention de le donner, l...

en même temps

On peut s'étonner que l'abus de la locution en même temps  soit présenté dans les médias français comme un trait caractéristique du candidat puis président Emmanuel Macron, alors que La Mission linguistique francophone épinglait déjà ce tic de langage (et sa propagation dans notre langue via les médias) bien avant que l'actuel président fasse son entrée dans la vie politique. Nous avons publié un article à ce sujet mi-2013. Le voici réédité, pour mieux comprendre ce qu'il y a à reprocher à l'emploi abusif de la locution en même temps. Septembre 2013 La simple et modeste conjonction de coordination  mais  n'est plus en vogue. Elle est délogée du discours ambiant par deux locutions adverbiales :  en revanche , plus ronflant ; ou  en même temps , plus gonflant - et dont le récent glissement de sens ne cesse de prendre de l'ampleur. Initialement adverbe de temps synonyme de simultanément , la locution  en même temps  fut employée par quelques...

à très vite ou à très bientôt ?

Évidemment, seuls " à bientôt " et " à très bientôt " sont corrects, tandis que " à très vite " est un monstre grammatical dont la présence étonne dans la bouche et sous la plume de personnes qui ne sont ni ennemies de la logique ni esclaves des bourdes en vogue. En effet, la préposition à ne peut introduire ici que l'annonce d'un moment dans le temps. Or, " très vite " n'est pas une indication de temps mais de manière. On ne peut donc pas faire précéder " très vite " d'une préposition introduisant une indication de moment dans le temps, comme à demain , à jeudi , à plus tard , à dans deux mois ou à bientôt . De fait, personne ne dit " à vite !" au lieu de " à bientôt !", comme si seul le petit mot très avait permis la propagation du barbarisme " à très vite " en empêchant la transmission de sens entre la préposition à et l’adverbe vite , nous déconnectant ainsi de l’instinct gram...