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Articles

progressistes, vraiment ?

Piégés par le discours ambiant, il nous arrive de reprendre à notre compte dans les conversations politiques l'adjectif laudatif " progressistes " (partisans du progrès, notamment du progrès social) pour désigner des gens au contraire régressifs, férus d'égarements doctrinaires férocement ennemis de la civilisation. En tout cas, d'une civilisation qui avait et aurait encore pour moteur l'idée du progrès . Progrès des libertés, des droits, des sciences, des arts, du confort, des accomplissements extraordinaires, avec pour idéal le recul des ignorances et indigences. Laissons à ces extrémistes paradoxaux l'exclusivité de se qualifier de " progressistes ", par antiphrase ou abus de langage. Exactement comme une dictature oligarchique aime à se qualifier de "république démocratique populaire"... illustration : rue carrossable [c'est-à-dire destinée à la circulation des voitures, jadis hippomobiles appelées carrosses, puis automobiles d...

l'aphone éthique radiophonique : à quoi bon savoir prononcer ?

N'y a-t-il pas de différences subtiles à faire entendre dans les médias parlés entre voyelles voisines, mais distinctes donc porteuses de significations précises ? Si. • poignet ou  poignée • épais ou  épée • archet ou  archer • râblé  ou  Rabelais • incarné ou un carnet • vous irez ou vous iraient • entrait ou  entrée • défaite ou des fêtes • côte ou  cote ou cotte • hotte ou  haute  ou  hôte • pas mâle ou  pas mal ou pas malle • de moi ou  deux mois • cela ou  ceux-là ?  Ou encore : • telle est faune  ou  téléphone ? La justesse phonétique n'est pas la marotte d'auditeurs râleurs mais la compétence première d'un journaliste ou animateur de radio. C'est même son devoir s'il œuvre dans le service public. Voilà pourquoi on attend légitimement d'un journaliste de la presse parlée spécialiste de la Pologne s'exprimant sur France Info et France Inter, qu'il sache parler en français de la ...

une grille descellée

«   Une grille a été décelée au sous-sol de l’Art que de Triomphe  » nous répète d'heure en heure telle journaliste de France Inter, puis de France Culture, puis de France Info. À charge pour nous de comprendre qu’une grille a été descellée et non décelée.  Et qu’on nous parle bien du célèbre Arc de Triomphe  (et non "arc-que de triomphe") dont la prononciation correcte n’a posé de problème à personne pendant deux siècles mais se dégrade partout en France depuis quatre mois, et à grande vitesse, le suivisme médiatique battant son plein dans la ressassement de la  paragoge  ''arc-que de triomphe"  [qui rejoint les indécrottabes "parc-e des princes" / "ouest-e du pays", et les plus récents "ex-e femme", "post-e natal", etc]. En France, contrairement à d'autres pays francophones, c'est sans doute la grille des programmes de l'audiovisuel public qui est mal scellée puisqu'elle ne comprend aucune é...

s'exposer (selon Alice Coffin)

"En ne conduisant pas, je m'expose à ne pas mourir sur la route." (paraphrase d'une déclaration faite par une élue municipale française du nom d'Alice Coffin à une chaîne de télévision étrangère) Nous paraphrasons ici avec la plus grande fidélité dans le contresens une déclaration d'une conseillère municipale parisienne dont la violence diffamatoire à l'encontre de la moitié masculine de ses électeurs a fait tressaillir d'indignation ou sauter de joie, mais dont le mauvais maniement de la langue n'a pas même été relevé dans ce tohu-bohu. Voici la déclaration accusatoire dans sa forme originale : " En n'ayant pas de mari, je m'expose à ne pas être violée, tuée, tabassée (...) et mes enfants non plus ". Or, la formule verbale " s'exposer à"  ne peut introduire qu'un complément négatif. On s'expose à mourir en allant à la guerre, on s'expose à échouer à un concours en s'y présentant. Mais on n...

une témoin, un tête, une membre : les genres en délire

La grammaire de notre langue vient de se fissurer en grand, et peu de gens s'en sont avisés. De dérive en dérive, voici que l'article ne s'accorde plus obligatoirement avec le genre du mot contrairement à ce qu'exige notre syntaxe (il faut dire une fleur, et non un fleur ). L'article d'un mot qui n'est pourtant pas féminin s'accorde maintenant plus ou moins  obligatoirement  avec toute féminité sous-jacente qu'il serait susceptible d'évoquer. Si le témoin est une femme, c'est désormais  une témoin . Oui, oui, on l'entend et on le lit dans la presse. Certes pas partout. Mais peu c'est déjà trop... Ainsi, ce que nous donnions comme exemple caustique et peu probable de future déformation catastrophique de la structure de notre langue, sous les coups de la bêtise, est-il bel et bien advenu au début de l'année 2019. La rupture du ligament logique article-mot se propage toujours plus et accroît ses ravages. Après avoir v...

cote à côte

Est-ce un jeu ? Le même journaliste d'une station de radio nationale française d'information en continu prononce "CÔTATION" au lieu de " cotation " [en bourse], et "COTTES bretonnes " au lieu de " côtes bretonnes ". Ce professionnel de la langue parlée fait entendre un accent circonflexe là où il n'y en a pas, et omet de le prononcer là où il y en a un. Ce tour de passe-passe dans une même bouche prouve que le prétexte de l'accent régional, censé rendre inapte à prononcer certains phonèmes , ne tient pas. Et qu'il s'agit tout simplement de fautes de phonétique non rectifiées, exactement comme il existe des fautes d'orthographe non corrigées. Sans doute l'étude du grec - ou simplement une courte leçon sur l'alphabet grec - devrait-elle être introduite dans la formation des journalistes de l'audiovisuel. Ainsi ces professionnels de la parole apprendraient-ils que le son Ô fermé (comme dans " tôt ...

naming

Les polyglottes s'esclaffent devant certaines bévues lexicales francophones, comme " le nommage ". Cette création malhabile est un néologisme québécois supposé traduire l'anglais " naming " [littéralement : acte de donner un nom]. Or, l'anglais naming se traduit parfaitement à l'aide de termes irréprochables inscrits depuis des siècles dans la langue française. Selon le contexte, l'un ou l'autre de ces mots fait l'affaire : désignation, appellation, dénomination, intitulé, ou même onomastique . "Défendre sa langue pour la protéger ou restaurer sa prétendue pureté originelle me répugne. Se résigner à ce qu’au fil des jours sa langue soit défigurée par de petits et grands outrages déclenche néanmoins en moi de petites et grandes colères." Jean-Marie Borzeix , Les carnets d’un francophone . Éditions Bleu Autour, 2006 (p 42). CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE

colère légitime

En France, le lieu commun concernant les manifestants appelés gilets jaunes consiste à les décrire comme liés par une même  colère . La colère de ces manifestants étant présentée - par eux-mêmes autant que par les commentateurs et les politiciens - comme éminemment respectable, et même qualifiée de  colère légitime , selon la formule rapidement devenue une précaution oratoire de rigueur. Les francophones à l'ouïe sensible entendent là un abus de langage périlleux. Car la définition du mot colère , ici puisée dans le dictionnaire Le Robert, ne laisse pas de doute sur le caractère déplorable de toute colère, fut-elle provoquée : " Mécontentement violent et passager qui s'accompagne d'agressivité ". Les manifestants qui se désolidarisent des violences commises ne peuvent que renoncer à l'invocation d'un droit à la  colère . Puisque la colère est violence. Sur les Champs-Elysées et alentour, dans le feu et le saccage, bref dans la violence, on a vu ...

l'attrait et non l'attractivité

 L'emploi malencontreux en français du faux ami anglais attractive , qui signifie attirant, séduisant, a donné naissance dans certains esprits au néologisme " attractivité " [comme dans " attractivité touristique du Morbihan "] dont l'usage est vivement déconseillé, voire prohibé. Ce barbarisme s'épanouit sans complexes - et sans doute irréversiblement - dans le discours politique et technocratique français, et jusque dans l'intitulé de certains organismes d'État ou travaux de recherche. Débarrassée de sa difformité anglomane, "l'attractivité" (sic) c'est pourtant dans notre langue l'attrait , la séduction , l'intérêt (que suscite quelque chose), le charme, le pouvoir d'attraction ou l'attirance. POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI  

la confiance clients : une purge vendue en pharmacie

Pour se faire une idée du mépris qu'inspire le souci du maniement le plus élémentaire de notre langue à certains membres de professions pourtant dites "professions intellectuelles supérieures", on peut pousser la porte d'une officine pharmaceutique et s'émouvoir d'y être accueilli par la proclamation publicitaire incongrue reproduite ci-contre. Signaler, comme nous l'avons fait dans une officine à Paris, l'aberration syntaxique de cette proclamation publicitaire ornant sa vitrine est un moyen très sûr de déclencher l'hostilité railleuse de la pharmacienne, dans le registre "oui, bon ben quoi, j'vois pas où est l'problème, j'y peux rien", le bras fermement croisés sur la poitrine, le sourire narquois et la mauvaise foi en bandoulière. Donc, on peut être titulaire d'un diplôme de docteur en pharmacie, membre d'un groupement de pharmaciens pour qui " notre santé est capitale " (autre proclamation publi...

diagnostic sur France Culture

Dans une émission de la station de radio française France Culture (on notera la présence du mot culture ), deux professeurs en médecine invités à exposer leurs travaux de recherche ont commis de bout en bout une boucherie syntaxique qui pourrait laisser penser qu'ils ne sont pas de langue maternelle française ou n'ont pas fréquenté l'école ni lu de bons livres ni écouté de bons orateurs. Or, si. Mais la passion du jargon est si forte que la perte des repères logiques les plus élémentaires s'impose aux beaux esprits comme une nouvelle élégance. C'est vieux comme le monde parlant. Ainsi avons-nous pu entendre dix fois évoquer par ces maîtres du massacre linguistique : " les patients diagnostiqués sur cette maladie ". Ce qui voulait dire, dans leur esprit : " les patients chez qui cette maladie a été diagnostiquée ". Désordre complet des mots et impropriété des termes. On ne diagnostique pas un humain et on ne dépiste pas non plus un humain...

modèles suréquipés

En 2010, une agence de publicité de grande marque automobile a une première fois décrit un modèle de voiture comme étant " suréquipé ". Toutes l'ont ensuite imitée. Un anonyme n'ayant pas perdu le sens des mots a légitimement pu s'interroger devant ce suivisme irréfléchi : " suréquipée, ma voiture, ça veut dire quoi ? Qu'elle a deux volants ?" Interrogation restée sans réponse autre que la propagation irritante de ce faux-sens, à coups de centaines de millions d'euros de dépenses publicitaires. Désormais, tout véhicule à vendre est présenté comme suréquipé . C'est le lieu commun obligé des bateleurs de ce secteur. Et bientôt, de tous les secteurs. Le qualificatif " suréquipé " n'a pourtant qu'un seul sens, et il est fortement péjoratif. Est suréquipé ce qui est encombré de trop d'équipements. Dans le verbe suréquiper , le préfixe sur- exprime un tort par excès. Exactement comme dans surcharger, surestimer, ...

le running et les runneurs

C'est quoi, le running ? Le "running", comme son nom l'indique aux anglophones, c'est l'acte de courir, c'est la course à pied . Mais la course à pied à l'usage exclusif des amateurs de termes anglais permettant de dire en moins clair ce qui se dit très bien en français, histoire de se la péter un max. C'est quoi, un runneur ? Dans l'hôtellerie, c'est un garçon de salle ("Hep ! Garçon !") ou une fille de salle , employé dont la mission consiste à courir à droite et à gauche pour se rendre utile au reste du personnel de service, maître d'hôtel compris. Ici, il ne s'agit pas seulement de se la péter en parlant un peu anglais mais sans perde complètement contact avec le français (on écrit runneur et non runner ), il s'agit aussi d'en finir avec l'infantilisation désobligeante du garçon ou de la fille de salle. Indulgence, donc, pour ce néologisme de métier. Mais c'est quoi au juste un runner, que l...