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Articles

troll

Emprunté dès le dix-septième siècle aux langues nordiques, le terme troll désignait une créature de contes, un peu informe et plutôt malfaisante. Réimporté récemment en passant par l'anglais, troll est devenu en français l'injure de l'ère numérique permettant aux faibles d'esprit de couper court à toute contradiction par le discrédit. Ce terme désobligeant n'est donc pas digne d'usage par les passionnés sincères d'échanges intellectuels par voie de réseau social ou d'édition collaborative, telle Wikipédia. Ni par quiconque fait preuve d'humanité, même envers ses contradicteurs. Troll n'est porteur que de violence verbale, morale et sociale. Dans les dictionnaires et dans notre esprit, il est temps de classer troll parmi les insultes, exactement au même niveau d'agressivité que sale con , bâtard, crevure, vieille pute  ou pauvre petite merde . Car sous couvert de diagnostic éclairé, de démasquage plein de sagacité, sa violence n'e...

demander à ce que

En France, on commence à entendre dire " je demande à ce que ". Et même : "il faut vérifier à ce que" (pour il faut vérifier que ) et "ça va permettre à ce que" (pour ça va permettre de ). Cette difformité grammaticale majeure est capable d'affecter aussi bien un colonel de pompiers s'exprimant au micro de France Inter qu'un premier adjoint de la mairie de Paris (notre photo) intervenant dans le journal de France 3. L'Académie française, elle aussi, a relevé cette fâcheuse apparition et en cerne mal l'origine dans l'esprit des orateurs ne sachant plus dire simplement et correctement " je demande que " ou " je vérifie que ". Ce télescopage fautif est peut-être le résultat de l'amalgame entre deux tournures correctes : je demande à [ je demande à être informé ] parasité par une dose de   je demande que   [ je demande que l'on m'informe ]. On peut aussi supposer que cela résulte d'une inte...

l'art du parolier francophone : Idylle Philoménale

Yves Montand avait fait connaître un texte drolatique , d'une ingéniosité rédactionnelle délectable et d'une vitalité francophone éclatante. Voici ces paroles d'une chanson aux rimes richissimes dans leur concept savoureux : une terminaison de sonorité féminine est appariée avec sa sonorité masculine équivalente, sans crainte du calembour ni de l'à-peu-près ; tel ce parallèle phonétique jouissif : Helvétienne > élever le sien  ! Sur ce plaisant pied d'égalité, le féminin et le masculin font route ensemble en toute légèreté. Voici ce texte sans autre commentaire qu'un hommage posthume à son auteur, René Rivedoux , dont nous ne savons à peu près rien. Idylle Philoménale   Quand j'ai croisé la Martine, C'était par un beau matin J'allais acheter des bottines Et lui trouvai très beau teint. Nous partîmes en limousine, Visiter le Limousin. Après, comme on le devine, Ma petite femme elle devint. Ma concierge qui est amène Tous les matins m's...

pour des chefs en meilleure forme

LETTRE OUVERTE À MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE  [France]. Nous vous vous écrivons respectueusement en votre qualité de ministre de tutelle de l'Académie française. Sous la pression d'une partie exaltée mais peu éclairée de l'opinion publique, cette institution vénérable a reçu injonction d'entériner un choix malencontreux. Au nom du droit à l'erreur, et du devoir de ne jamais s'y entêter, peut-on espérer que vous repenserez ce choix ? Voici de quoi il retourne. Comme en atteste le greffe  (du tribunal) terme masculin homographe du mot féminin la greffe  (de peau), la terminaison - effe  n'est aucunement la marque distinctive du féminin. Dès lors, il est bien regrettable que la féminisation de le chef  sous la forme dogmatique "la cheffe" ait été artificiellement imposée à notre langue dans son pays d'origine, au lieu de LA CHEF, féminisation naturelle et immédiate, calquée sur les sobres et justes modèles de la nef et la clef . Reje...

vous ne développez pas de maladies (et vous n'en déclarez pas)

Nombre de professionnels de santé se hasardent à dire : " le patient développe telle maladie ". Non, c'est la maladie qui se développe en lui. Le patient s'efforce de l'en empêcher. Au prix du même abus de langage , certains professionnels français de l'information se sont hasardés ces jours-ci à s'exprimer ainsi : " Les patients sont anxieux de déclarer la maladie ". Hors contexte, comment comprendre une telle information ? On pourrait penser que les malades en question sont angoissés à l'idée de déclarer à leur caisse d'assurance la survenue d'un mal ou la nature de ce mal : " Les patients sont anxieux de déclarer la maladie ". (Parce qu'elle est honteuse ? Parce qu'on va la leur facturer au prix fort ?). Ou qu'ils sont anxieux à l'idée de déclarer à leurs proches : " je suis atteint de cette maladie ". En réalité, les journalistes qui s'expriment ainsi demandent une fois encore au p...

s'avérer vrai n'est pas un pléonasme

Ne vous laissez pas reprendre à ce sujet par des super puristes, en retard de plusieurs métros : S’AVÉRER VRAI  N’EST PLUS UN PLÉONASME depuis plusieurs générations. Au contraire, c'est de l'excellent français, aussi irréprochable que s'avérer faux ou s'avérer ignorant . En effet, le verbe avérer [à ne pas confondre avec sa forme pronominale s’avérer - celle qui nous intéresse ici] est devenu désuet puis défectif : nul ne dit plus « j’avère qu’il fait froid » ; ni même « le froid avère l’hiver ». Il ne reste plus que deux formes bien vivantes du verbe originel  avérer  : 1/ Le participe passé « avéré », devenu adjectif : « la faute est lourde et avérée ».  2/ la forme pronominale « s’avérer », dont le sens s’est écarté du sens strict de la forme non-pronominale « avérer » pour devenir, par catachrèse *, un simple synonyme de « se révéler », « dévoiler sa vraie nature ». Or, être faux ou être vrai sont deux natures susceptibles de se révéler ; donc de s’a...

l'arque de triomphe

Pendant 212 ans (soit depuis 1806), l'Arc de triomphe de la place de l' Étoile à Paris s'est appelé Arc de triomphe, et tous les Francophones l'avaient toujours appelé Arc de triomphe. Depuis le 1er décembre 2018 exactement, les choses ont évolué. La plupart des jeunes journalistes de la presse parlée et audiovisuelle l'ont rebaptisé Arque de triomphe. Ou peut-être Art-queue-de-Triomphe Les locuteurs moins jeunes et moins sourds à leur propre langue, eux, se reconnaissent à ce qu'ils continuent à parvenir à prononcer correctement Arc de triomphe. Mais pour combien de temps encore ? On sait quelle est la force du suivisme et de la négligence phonétique. Le même suivisme et la même négligence qui nous donnent les prononciations médiatiques  ex-e-femme  au lieu de  ex-femme ,  ils voulez  au lieu de  ils voulaient  ou  ôrange  au lieu d' orange  (avec un  o  bien ouvert comme dans  or,  puisque l'o...

dédication

En anglais, dedication , c'est le fait de se consacrer pleinement à quelque chose. Ce qui pourrait se traduire en français soit par dévouement soit par implication , selon la nature et le cadre de ce plein investissement de soi. Depuis la fin des années 1990, de mauvaises traductions de cette notion anglophone de dedication nous ont donné, dans le français négligent des médias et des affaires, une myriade de personnes et de choses " dédiées " à quelque chose ou quelqu'un, alors qu'elles sont en réalité consacrées, destinées, vouées, dévolues, réservées à , impliquées dans , chargées de ou spécialisées ;  voire spéciales ou spécifiques . Mais nullement " dédiées ", comme un poème est dédié à l'être aimé. Puisque le verbe dédier n'a que cette seule signification dans notre langue : rendre hommage. Depuis 2010, l'invasion du faux ami dedictaed s'intensifie. Au point que la locution dédié à [dans son sens inexact] soit en train...

bientraitance

La Mission linguistique francophone  a constaté dès 2014 l'expansion du néologisme bientraitance , employé dans l'univers de l'action sanitaire et sociale comme antonyme de maltraitance . Cette création peut incommoder par son parfum technocratique ou surprendre par sa nouveauté, mais elle est irréprochable sur le plan étymologique et sémantique. Autrement dit, elle est bien construite et son sens n'est ni incohérent ni obscur. Maltraitance et bientraitance s'inscrivent dans la lignée de bienfaisance et malfaisance . Faire le bien et faire le mal ; traiter bien et traiter mal. Pour confirmer sa légitimité, il reste aux Francophones à assurer la vitalité de ce terme dans notre langue, en veillant à ce que son emploi ne soit pas à la fois accaparé et restreint par le secteur sanitaire et social, comme l'est depuis quelques années l'adjectif durable par le discours environnemental. • • • POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUIST...

ne révélez pas la fin du film (mais oubliez le barbarisme "divulgâcher")

Avec tout le respect dû à la Direction de la langue française et des langues de France (DGLFLF) et à l'académicien français Frédéric Vitoux , qui applaudissent ensemble le vain et vilain néologisme " divulgâcher " (sic), on aimerait rappeler à l'une et à l'autre que cette création artificielle est sans nécessité puisque plusieurs verbes français existent déjà pour exprimer le verbe franglais " spoiler " (prononcé spoï-lé), au sens de " révéler le détail ou le dénouement d'une intrigue ". Les premiers de ces verbes existant déjà sont très beaux et ne comportent que trois syllabes (contre quatre à "divulgâcher" et sa surcharge bien vaine). Ce sont DÉFLORER et DÉVOILER . " Ne déflorez pas la fin du film !" et " Ne dévoilez pas la fin du film !" sont les très exactes traductions, en français sobre, du franglais snob et ado " Ne spoilez pas la fin du film !". On peut aussi demander à ne pas évente...

dénoter, détoner et détonner

Un journaliste inexpérimenté interroge une journaliste expérimentée et lui prête cette réponse : " Notre magazine dénote dans le paysage médiatique et politique ". Que nenni, jeune ami. Votre interlocutrice n'a pas pu commettre pareille confusion entre les verbes dénoter et détonner . Son magazine détonne . C'est-à-dire qu'il est d'un ton différent, d'une coloration différente. Et cela dénote une certaine audace de la part de son équipe de rédaction. C'est-à-dire que cette audace est notable . Si le contenu de la publication est explosif, il peut même  détonner dans le paysage médiatique au point d'y détoner ! Avec un seul n, comme dans la  détonation qu'il fait entendre. Pour éviter cette confusion fréquente, il suffit de ne pas perdre de vue le fait que détonner se construit toujours sans complément d'objet : ça détonne, tout court, car c'est d'un autre ton - tout est dit. Tandis que dénoter exige toujours un compléme...

caméra piéton ou caméra-piéton, appellations ineptes

Caméra d'intervention fixée à l'épaule Les services de police municipaux et nationaux sont invités à bannir de leur langue de travail le barbarisme ''' caméra piéton ''' (parataxe fautive, pour ''caméra de piéton'') par lequel certains ont malencontreusement désigné un dispositif d’enregistrement vidéo et sonore utilisé par les forces de l’ordre pour filmer des interactions avec le public, avec des délinquants, voire des criminels. Bref, une caméra légère et compacte attachée à la poitrine ou à l’épaule des agents de la sécurité publique. L'Office québécois de la langue française n'a pas admis l'appellation " caméra-piéton " (sic) parce qu'elle relève du pur charabia, et a entériné sans détours une formule impeccablement claire et nette : caméra d'intervention . La Mission linguistique francophone entérine aussi cette appellation irréprochable, et a été suivie par l' Académie française . Nous pr...

permettre de pouvoir

" Il faut que cela puisse pouvoir permettre aux Parisiens de, etc " (Anne H., maire de la capitale mondiale de la francophonie, 14/02/2020). Certes, cette énormité est extraite d'une allocution improvisée ; pas d'un texte écrit ni lu. Mais tout de même... L'allocution était improvisée par une professionnelle de l'allocution improvisée. Et présidente de l'association internationale des maires francophones. Sans aller jusqu'à ce triple " puisse pouvoir permettre " (au lieu de " permette "), nous observons dans les médias des pays francophones d'Europe que sont la Suisse, la Belgique et la France, une multiplication des adeptes de l'enchaînement des verbes permettre et pouvoir : " cela permet de pouvoir etc ". Or, par définition, ce qui permet une chose la rend possible. Ce qui nous permet de faire nous met en situation de pouvoir faire . Dire " cet outil permet de pouvoir ouvrir une porte ", c'e...