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Articles

Flyboard : vite, un nom !

Difficile de réprimer un cocorico  à l'idée qu'une équipe française et son meneur Franky Zapata soient en train de donner corps aux images de surhommes volants issues de la bande dessinée et du cinéma, ces intrépides sauveurs de l'humanité se mouvant en " scaphandre autonome " aérien. Il faut craindre une réaction de jalousie de la part de tel ou tel pays, des réflexes de mauvais perdants, du même ordre que ceux ayant accueilli l'éblouissant Concorde franco-britannique. Mais il faut aussi se réjouir de l'estime qui va retomber du ciel sur les Français et leur légendaire ingéniosité - puisqu'on doit aussi à notre culture non seulement le champagne, les châteaux de la Loire et la haute couture mais la boîte de conserve, le vaccin, la photographie, le cinéma, la découverte de Neptune, le ballon dirigeable, la révélation de la radioactivité, l'écriture pour aveugles et la carte à puce. Il serait désolant de ne pas trouver immédiatement un terme...

Franky Zapata a traversé le lac de Genève à pied-d’ange

Un nom commun cohérent permettant de parler d'une invention aéronautique française dans la langue de Saint-Exupéry et de Mermoz plutôt que dans une imitation maladroite de l'anglais adolescent de Back to the Future . Quel pays francophone n'en voudrait pas ? Juste un mois après la traversée de la Manche ( English Channel pour le monde anglophone) réussie sans encombre par Franky Zapata avec son engin dont le nom de marque est Flyboard Air , nous remettons ce jour au président de la Commission d'enrichissement de la langue française du ministère français de la Culture et à la présidente-directrice générale de l' Office québecois de la langue française nos propositions de désignation de l'invention en question par un nom commun. Pour les raisons expliquées ici , un mot français nouveau doit être défini sans délai. Ne manquons pas l'occasion d'inscrire en toute cohérence cette invention française dans le lexique des engins volants de langue ...

relation client et taxe carbone

Un directeur commercial dont nous tairons charitablement le nom se plaît à disserter sur " La relation client et la connaissance client ". Cette vogue sans doute irréversible de l'expression " relation client " (et tous ses dérivés) consterne les gens qui sont passés par l'école maternelle, le collège puis le lycée, sans aller ensuite se fourvoyer dans une école de commerce, où l'on désapprend, point par point, et avec beaucoup de détermination semble-t-il, les fondements de la langue française. Le jour où tout le monde accolera ainsi les mots à la façon des " relation client " et " taxe carbone " ou " structure bois ", c'est-à-dire sans lien syntaxique, on verra éclore des " robes mariée " [robes de mariée], " chefs service " [chefs de service], " jardins plantes " [jardins botaniques, jardins des plantes], " directeurs argent " [directeurs financiers], etc. On n'en fréti...

à très vite ou à très bientôt ?

Évidemment, seuls " à bientôt " et " à très bientôt " sont corrects, tandis que " à très vite " est un monstre grammatical dont la présence étonne dans la bouche et sous la plume de personnes qui ne sont ni ennemies de la logique ni esclaves des bourdes en vogue. En effet, la préposition à ne peut introduire ici que l'annonce d'un moment dans le temps. Or, " très vite " n'est pas une indication de temps mais de manière. On ne peut donc pas faire précéder " très vite " d'une préposition introduisant une indication de moment dans le temps, comme à demain , à jeudi , à plus tard , à dans deux mois ou à bientôt . De fait, personne ne dit " à vite !" au lieu de " à bientôt !", comme si seul le petit mot très avait permis la propagation du barbarisme " à très vite " en empêchant la transmission de sens entre la préposition à et l’adverbe vite , nous déconnectant ainsi de l’instinct gram...

communauté de communes : un contre-pléonasme

Il existe en France mille et une communautés de communes [en 2019 : 1001 exactement !]. Appellation politique tellement grotesque que les francophones sains d'esprit et de langue ont d’abord cru à un canular. Cette désignation apparue en 1995 doit son ridicule involontaire à ce qu'on appelle en littérature un contre-pléonasme . Le pléonasme juxtapose des termes différents exprimant une idée très semblable ( la pluie humide ). Dans communauté de communes , il y a juxtaposition de termes très semblables exprimant deux idées différentes :  commune signifie ici ville ou village, tandis que communauté signifie union. Ceux qui sont instinctivement heurtés par le contre-pléonasme de la communauté de communes ont donc une bonne raison de l'être. Mais tous les créateurs de néologismes administratifs n'ont pas l'ouïe si chatouilleuse ni l'esprit aussi vif. Ils ne nous surprendront guère en inventant bientôt la " communauté communautaire de communes communales com...

fraude et crime

Dans le cadre d'une bataile judiciaire entre un très célèbre acteur américain et son ex-épouse, la presse mondaine (alias presse people ) nous informe que le mari a enregistré sa femme en train d'admettre que c'était elle qui le frappait et non l'inverse comme elle s'en était plainte à la justice. On entend l'épouse demander à son mari, qui l'enregistre à son insu, d'admettre qu'elle ne lui faisait pas grand mal et parier que de toute façon il n'oserait jamais aller se ridiculiser à claironner : " moi, le Pirate des Caraïbes, je suis battu par une femme de 52 kg ". Les agences de presse francophones diffusent un communiqué à ce propos et le traduisent au pifomètre, comme souvent, en s'y laissant piéger par chacun des faux amis qui leur tombe sous les yeux : l'utilisation de cet enregistrement effectué à l'insu de la jeune femme, traduisent-elles,  " est une fraude et un crime ".  • Faux ami number one : CRI...

mandat et mandature

Terme réprouvé par les a cadémicien s français et pa r tout l ocuteur soucieux de sobriété, il semble que la mandature , malgré sa jolie sonorité évocatrice de législ ature et de robe de bure, n'existe pas.  Ce ne serait qu'un néologisme élégant mais vai n, installé dans le vocabulaire des orateurs politiques et de ces journalistes que la durée d es mandats électifs passionne. Aucune mandature ne serait légitime, et seuls le seraient les mandats : le mandat de maire, de député, de sénateur, par exemple. " Oui mais... " protest ent divers journalistes et politiciens " ... la mandature c'est la période durant laquelle s'exerce le mandat ". Eh bien non. L'Académie française ne laisse planer aucun doute là-dessu s : le mot m anda t désigne auss i bien la fonction que la période pendant laquelle ce tte fonction est exercée. Mais le monde francophone comprend une vaste population de grenouilles fortement désireuses de sembler plus savan...

Mbappé ne s'appelle pas M-Bappé

La prononciation correcte du patronyme camerounais Mbappé ne tend aucun piège. Les journalistes de France et de Navarre s'en inventent pourtant un, et le prononcent majoritairement de façon fautive, en créant une séparation fictive entre la consonne M et les autres lettres. Ce qui donne l'étrange lecture "Êm' Bappé", qui est une absurdité comme le serait "Êss' Tendhal" au lieu de Stendhal, "Zêd Idane"" au lieu de Zidane, ou "Tom Cé Ruise" au lieu de Tom Cruise. Si les professionnels de la parole ont du mal à articuler la succession de consonnes - mb -, ils peuvent s'y exercer en répétant sans la moindre difficulté : " sa mba pé rilleuse sans Mba ppé rieur ". Ou encore : " je m'bats  contre Mba ppé", puis " Mba ppé m'bat ", et finalement "si tu m'bats , je m'ba rre !" PS : L'articulation subtile d'un M directement accolé à un B, nous la réussissons sa...

rapporteuse et rapporteur

Les féminins corrects des termes • porteur • colporteur • rapporteur sont évidemment • porteuse • colporteuse • rapporteuse . Tandis que "la porteure" et "la rapporteure" sont des barbarismes. Quant à écrire : " En tant que rappor teure , je suis por teuse de mauvaises nouvelles ", on voit l'indéfendable absence de cohérence de ce caprice. La charge parlementaire de rapporteur   (d'un projet de loi, d'une enquête, etc)  est pourtant la cible d'une féminisation erronée et très entêtée dans l'erreur : " rapporteure ", que ces dames préfèrent au féminin multiséculaire et seul correct rapporteuse , exactement aussi noble et indéniable dans sa forme que le sont chercheuse , semeuse, fileuse, chanteuse ou conteuse . Il leur semble que rapporteuse évoque les cafardages de cour d'école. Et alors ? En va-t-il autrement pour les  rapporteurs ?  Non. Mais dans le rejet des titres neutres, coupables de sembler masculins, comme ch...

oups.gouv et data.gouv

L'onomatopée " oups ", imitant une glissade savonneuse, un dérapage, est l'interjection que les anglophones émettent quand ils s'aperçoivent avoir commis une gaffe ou une maladresse. Le mot " data ", pluriel neutre du participe passé du verbe latin  dare  signifiant  donner ,  est le terme adopté par les anglophones pour désigner les données, notamment les données archivées sous forme numérique. C'est pourtant le ministère français de l'Économie qui oriente ses contribuables vers deux sites internet des services de l'État dont les noms et adresses sont " OUPS.GOUV " et " DATA.GOUV ". On voit que l'inféodation des conseillers ministériels au snobisme anglomane est intense, et que la vigilance du ministère de la Culture à l'égard de telles attaques contre la culture francophone au sein même du gouvernement français est pour le moins timide. Mais puisqu'il existe désormais un droit à l'erreur, ...

elle s'élevait avec Beaumarchais

Eh ! Voilà : de négligences articulatoires bénignes en confusions sonores moins bénignes, les distorsions de sens radicales sont là. " Elle s'est levée avec lui " nous dit ce matin une voix de radio. Bon, pourquoi pas. Pourquoi pas ? Parce qu'aussitôt, le contexte nous fait comprendre que l'oratrice médiatique voulait dire autre chose : elle ne s'est pas levée avec lui,  " elle s'élevait avec lui " ! Par un esprit de contradiction phonétique qui est la nouvelle préciosité langagière de la génération montante,  "- vait " devient "- vée " ; et inversement, " s'é- " devient " s'est ". Nul accent n'est donc en cause, juste une interversion systématique en voie de généralisation aujourd'hui, en France, entre les sons É et Ê. Des nouvelles des gilets jaunes à Paris ? Tous les journalistes de presse parlée nous les situent boulevard "Beau marché" au lieu de "Beaumarchais...