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Articles

"sur" : la préposition qui tue

L'invasion de la préposition " sur ", phagocytant toutes les autres, est assurément le plus grand fléau d'appauvrissement qui ait frappé la langue française en France depuis un demi-siècle. Excellent locuteur, généralement au-dessus de toute critique langagière, l'académicien des sciences morales et politiques et éditorialiste français  Alain Duhamel s'y laisse piéger à l'occasion : " Nous sommes toujours sur la même difficulté ."   (CNEWS, 1er juillet 2020) La préposition sur est ici employée à tort à la place de : • face à  la même difficulté • devant   la même difficulté • confrontés à   la même difficulté . Autre éventualité : on note que les tournures  "vous êtes sur" ou  "on est sur" ou "nous sommes sur " sont désormais de banales calamités devenues synonymes du démonstratif " c'est ". Le gallicisme qu'on supposait irremplaçable est détrôné. Porté par cette tendance qui ne l'eut pas e...

colocataires

On a pu constater après l'an 2000 une tendance à la féminisation erronée du mot colocataire , transformé à tort en " colocatrice " (sic). Alors même que personne ne songe à parler d'une " locatrice " au lieu d'une locataire.  Cette tendance est en légère régression. On peut espérer sa disparition. Car la désinence -trice est le féminin de la désinence -teur , et d'elle seule. Un lecteur, une lectrice ; un inspecteur, une inspectrice ; un dessinateur, une dessinatrice . Mais les mots se terminant par -aire , eux, ne varient pas du masculin au féminin ! Un propriétaire n'a pas pour homologue une " propriétrice ", mais une propriétaire ... De même pour adversaire, récipiendaire, milliardaire, millionnaire ou locataire qui peuvent être masculins ou féminins. Le sachant, un locataire et sa colocataire vécurent heureux et eurent beaucoup de petits colocataires. Mais pas une seule "colocatrice"... CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER...

chefs cuisiniers et chefs cuisinières

Pourquoi le néologisme " cheffe cuisinière ", que l'Académie française vient d'entériner très à contre-cœur et donc bien à tort, est-il instinctivement perçu comme difforme par la majorité des lecteurs du français ? En raison de sa féminisation ? Pas du tout. Ou pas directement. Chef cuisinière est irréprochable. Mais la variante "Cheffe" heurte le sentiment linguistique francophone en raison de l'incongruité de sa graphie. La transformation du -ef terminal de chef en ce lourd -effe terminal de "la cheffe" est vain, puisqu'il suffit de former la féminisation sur le modèle de la nef en écrivant sobrement : la chef . Cette féminisation mieux inspirée ne se calque pas par erreur sur le modèle de '' la greffe '' au lieu de " la nef ". Pourquoi par erreur ? Parce les adeptes de cette lourdeur n'ont pas vu que " la greffe " n'était pas le féminin d'un quelconque "le gref" ! Plus...

confinement : chez soi, chez nous, chez vous, chez eux

Alerte à la faute de syntaxe dans le texte de l'annonce télévisée du gouvernement français à l'attention des enfants et adolescents, concernant le confinement à domicile. Elle se conclut par : " Il faut tous rester chez soi " (sic). Non. Car soi est le pronom d'un singulier indéfini, et non d'un pluriel comme tous . Pour respecter la grammaire élémentaire de notre langue et le sens de ce message, ce " tous " impératif ne peut s'analyser que comme un synonyme de nous , vous ou ils. Ce qui se conjugue ainsi :  "il NOUS faut TOUS rester à la maison" donc chez NOUS" ; "il VOUS faut TOUS rester à la maison" donc chez VOUS" ; "il LEUR faut TOUS rester à la maison" donc chez EUX". Pas trace de ON, donc pas de place pour SOI.   L'erreur se corrige facilement en supprimant TOUS, ce qui restitue au moins à l'ensemble concerné son caractère indéfini, sinon singulier : " Il ...

influenceuse, influenceur

Ce malheureux jeune homme, emporté par une surdose de produit stupéfiant à 17 ans, était " influenceur beauté ". Par ce charabia juxtaposant deux termes sans lien syntaxique, il faut comprendre qu'Ethan prodiguait aux internautes des conseils de maquillage et de coiffure.  Telles autres personnes seront " influenceuses voyages "si leur activité consiste à vous rendre désirables des destinations touristiques, par la publication sur internet de leurs propres séjours là-bas. Les destinations en question les rétribuent en retour, directement ou indirectement, Influenceurs ... Quel intitulé de fonction... Quel concept affligeant... Il suppose que nous aurions besoin des services de personnes dont le métier ne serait pas de nous conseiller, nous orienter ni nous aider, mais plus insidieusement de nous "influencer". Ce nom de métier résonne comme une revendication anti-darwinienne : c'est fini, l'homme ne descend plus du singe mais du mouton d...

avoir ou donner des enfants

Sous la diffusion en ligne d'un très intéressant documentaire vidéo de Yann Lagarde sur l'inventeur britannique du culturisme, Eugen Sandow, un auditeur de France Culture laisse ce commentaire réprobateur : " Je réagis à ceci : "Il épouse une femme dont il a deux filles"... étonnante manière de dire les choses. Je pensais qu'on avait des enfant avec une femme, alors que j'ai des poules dont je mange les œufs ." L'émotion de l'auditeur n'est pas fondée. Car cette manière d'évoquer la fertilité d'un couple humain n'est ni étonnante ni déplaisante. C'est une des expressions usuelles du français, courant et littéraire, pour exprimer la chose. Il ne faut pas voir le mal où il n'est pas. Car cela peut se dire de diverses manières courantes, dont aucune n'est critiquable.   Les deux premières sont interchangeables entre femme et homme : • " Elle épouse Lionel dont elle aura un fils " (le choix irréprochable de ...

esquimau

" Un glacier-pâtissier danois renonce au terme esquimau, qu'il juge offensant pour ce peuple " (information parue le 28 juillet 2020) Zut, il va falloir renoncer à lapin chasseur , offensant pour les lagomorphes et les fines gâchettes ; à charlotte aux fraises , offensant pour les Charlotte ; à Paris-Brest , blessant pour les cheminots ; à éclair au chocolat , moqueur envers Zeus et sa foudre ; à daube provençale car c'est pas de la daube quand même la Provence ! Il va falloir aussi renoncer à cravate , déformation sans doute offensante de l'adjectif ethnique croate ;  et ne plus pendre à nos oreilles des créoles ni nous chausser de spartiates . Cette stupidité bien-pensante procède d'une perte de repères linguistiques : dans de telles métonymies gourmandes ( esquimau pour crème glacée, flûte pour verre de champagne ou son contenu, Brillat-Savarin fromage empruntant le nom de famille d'un gourmet), il y a au contraire hommage aux notions déto...

réprimer ou réprimander ?

"Plusieurs villes réprimandent l'absence de port du masque" (nous dit un journaliste de télévision lisant son prompteur) C'est mignon tout plein, mais c'est faux : ces communes ont décidé de RÉPRIMER l'absence de masque. Au-delà de l' admonestation, puis de l' avertissement , leurs maires ont décidé que l'heure n'était justement plus aux réprimandes mais aux amendes à 130€. Donc à la répression, qui est le fait de réprimer et non de réprimander . De plus, on ne réprimande pas une faute mais une personne qui la commet. Car réprimander est synonyme de gronder . CLIQUEZ ICI  POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE

"sur" dépasse les bornes

"Ce dont on parlait sur les travailleurs." (Manuel Bompart, député français et docteur en mathématiques, 6 juillet 2020) La préposition SUR est ici employée inconsidérément à la place de l'un des termes POUR ou À PROPOS DE ou CONCERNANT, qu'elle phagocyte. " Ce dont on parlait concernant les travailleurs " ,  voulait probablement dire cet orateur politique de langue maternelle française ;  ou " ce dont nous parlions  à propos des travailleurs ", ou " quant aux travailleurs ".  Ou peut-être : "ce qu'on disait sur les travailleurs". Pour mieux comprendre quelle intrigue se noue autour du petit mot de trois lettres sur devenu fou dans la langue de France contrairement à la plupart des autres pays francophones, résumons les épisodes précédents de ses méfaits. En moins d'une semaine, sur a été surpris à torpiller sans sommations les mots suivants : • à (avec les tristement célèbres " sur Konakri" au li...

après la numéro un, voici la numéro une

Les commentateurs sportifs francophones sont connus pour leurs multiples entorses à la langue française. Parfois, ils vont jusqu'à en déchirer les ligaments, comme dans l'expression " la numéro un mondiale " (sic). Créée en France pour la joueuse de tennis Amélie Moresmo , cette expression fautive est maintenant appliquée sans relâche à toute championne du monde. Elle se décline à des échelons inférieurs [" la numéro un française ", " la numéro un de notre club "] et dans d'autres secteurs que le sport [telle entreprise est " la numéro un mondiale "]. Cette coutume nouvelle viole une règle élémentaire de notre langue : un mot féminin doit avoir un article féminin [ la femme et non le femme ], un mot masculin exige un article masculin. Sans exception aucune. Robert est une personne charmante, Robert n'est pas un personne charmant. Donc Amélie n'est pas une numéro un. Numéro étant un mot masculin, et non un adjectif vari...

des temps difficiles (et non compliqués)

"Merci de diffuser de la bonne musique en ces temps compliqués." (au courrier des auditeurs de France Musique, 11 juin 2020) Fausse note : le mélomane qui a eu la courtoisie de prendre le temps de remercier Radio France voulait en réalité évoquer des temps difficiles et non "compliqués". Nous avons déjà analysé en détail cette atrophie croissante du vocabulaire causée par la focalisation obsédante et paresseuse sur le qualificatif compliqué ,  au détriment de dizaines d'autres termes plus adaptés et plus fins. Mais il se confirme e mois en mois que la substitution s'effectue en premier lieu au détriment de difficile , comme dans cet exemple. Les temps difficiles sont un syntagme, une "expression figée" bien connue. Hélas, le déferlement des compliqués dans la langue des médias depuis 2010 a submergé les cerveaux au point que même le vocabulaire du plus aimable et du moins inculte des auditeurs s'y noie ou s'y enlise. Le recours ...