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Articles

quand tout est "sécurisé", plus rien n'est sûr...

Réédition de notre article de 2010 En France, le discours politique des premières années du vingt et unième siècle a été pétri de considérations sur la sécurité et le sentiment d'insécurité. Si le vif succès du mot " insécurité " n'appelle pas de mise en garde, il n'en va pas de même pour l'emploi des barbarismes " sécuriser ", " sécurisé ", " sécurisant " et " sécurisation ", actuellement omniprésents dans le vocabulaire des médias, des administrations et, par contrecoup, du public. Car quand tous est " sécurisé  ", plus rien n'est sûr ; ni certain. Des termes précis au sens exact, non interchangeables, sont anéantis par ce terme passe-partout au sens vague, emprunté à l'anglais, et qui semble avoir irrémédiablement appauvri notre langue. Si "évolution" il y a, elle se fait ici par atrophie, par infection. Il en résulte une infirmité dont les orateurs professionnels ne semblent pas s...

salle omnisport

On voit presque partout l'adjectif omnisport écrit comme un pluriel invariable : omnisports . L'ajout permanent d'un s de pluriel au singulier d'un adjectif sous prétexte qu'il comporte une idée de multiplicité est sans gravité pour la santé de notre langue - car c'est une aberration rarissime, voire unique - mais préoccupant quant à la faille d'intelligence collective capable d'aboutir à ce choix illogique. L'exemple désastreux fourni par " salle omnisports " (sic) est d'une grande ineptie. Car si les préfixes exprimant la multiplicité se mettaient à avoir le don de rendre les singuliers pluriels, alors il faudrait écrire "une femme polyvalentes" car elle a de multiples talents ! Il faudrait se mettre à écrire "un mammifère omnivores" ou "la multiplications" avec un s et "la polygamies" itou. Nous n'avons pas réussi à convaincre tous les professionnels du sport, toutes les col...

le français de paresse voulu par Laélia Véron

• Viser , trop éloigné du mot cible , a été changé par l'usage récent en  cibler . • Postuler , trop éloigné du mot candidature , a été changé par l'usage récent en  candidater . • Protéger , trop éloigné du mot sécurité , a été changé par l'usage récent en sécuriser . • Percuter, toucher, influencer, frapper ou affecter , verbes trop nombreux et précis, ont vu leurs diversités de sens gommées par l'apparition d'un fourre-tout anglomane : impacter.   Et ainsi de suite. Voici l'avènement des choix langagiers de pure paresse intellectuelle et verbale, paresse désormais revendiquée et normative, dont une certaine Laélia Véron [notre illustration] se déclare ouvertement la passionaria aux manières acerbes et punitives. Que son large sourire ne vous trompe pas. Avec Laélia Véron, ça ne rigole pas : elle nous enjoint de déglinguer le français, et plus vite que ça. Toute autre position - et bien sûr le partage bienveillant d'une langue fluide et alerte,...

misandrisme : vers un sexisme glorifié

" Il faut éliminer les hommes " (Alice Coffin, in Le génie lesbien). Car : " Tous les mecs sont des cons, même le tien ." (pancarte de manifestation de l'association Nous Toutes) Au détour des années 2020, une obscure conseillère municipale de la mairie du 12e arrondissement de Paris, Mme Coffin, se fait un nom en s'employant à instaurer le MISANDRISME : une imposture sexiste usurpant le nom de féminisme pour dénier aux hommes l'égalité avec les femmes. L'égalité de droit au respect, l'égalité de mérites, de considération, de compassion, de protection, de bienveillance, d'estime, de neutralité dans la discorde privée éventuelle ; et finalement, l'égalité de légitimité à exister. Pour analyser et déplorer ce dévoiement misandre de la vision des relations entre les femmes, les hommes et la société contemporaine, la philosophe Élisabeth Badinter a employé la locution néo-féminisme guerrier . Pour aller vers plus de concision et combler une ...

concertos et scénarios

Pas d'excès de zéle, pas de pédants  concerti ni  scénarii . Le pluriel de scénario est scénarios. Le pluriel de concerto est concertos . Tout comme le pluriel de lavabo est lavabos . L'Académie française a depuis longtemps tranché la question du pluriel des mots étrangers adoptés par le français : ils doivent être traités comme des mots français, c'est-à-dire équipés au pluriel d'un S final. On trouve pourtant encore de nombreux partisans des " concerti " et des " scénarii ", formes d'inspiration italienne. Mais d'inspiration, seulement, car le pluriel italien d'un éventuel mot italien scenario serait scenari , avec un seul i. Ces italianisations ostentatoires sont fautives en français, langue dans laquelle les pluriels corrects de ces mots français sont exclusivement concertos et scénarios . Car le mot scénario n'est pas un mot italien mais pleinement français, puisqu'il est équipé d'un accent aigu bien de che...

Poupée de cire, poupée de son

France 2, chaîne de télévision nationale, a coutume de diffuser et rediffuser chaque année un même documentaire sur le concours de la chanson de l'Eurovision. Bonne idée, car il est très bien fait. Mais ce serait une meilleure idée encore d'en supprimer un commentaire qui se veut élogieux mais se montre déconcertant d'incompréhension de l'art de Serge Gainsbourg dans son brillant maniement de la langue française et son talent d'auteur. Dans ce documentaire de France 2, pour vanter la chanson Poupée de cire, poupée de son ,  un sympathique ex-animateur nommé Patrick Sabatier en fredonne la mélodie et assène ensuite : "bon, avec une mélodie pareille, c'était pas grave d'avoir des paroles, "poupée de cire, poupée de son", disons-le, sans grand intérêt, assez enfantines."  Et paf dans ta gueule, Serge ! Puisque ce documentaire est diffusé et rediffusé, c'est que personne au sommet ni à la base de la direction des programmes de Franc...

parasportifs, paraathlètes

P A R A S P O R T I F S : hors de question ! Pire encore, son synonyme paraathlètes (pire car mal orthographié para-athlètes ou para athlètes dans la plupart des occurrences).  Apparus pour désigner des concurrents d'épreuves d' handisports , ces néologismes incultes sont totalement désobligeants. En effet, le français emploie deux préfixes homonymes, dont les significations sont voisines, l'une et l'autre chargées de défiance : PARA (latin) = qui protège de, qui empêche (parasol, parachute) PARA (grec) = en marge, presque (paramilitaire, parapharmacie, paraphrase, paranoïa) Qualifier donc les sportifs porteurs d'un handicap de "presque sportifs" ? NON ! Que les Jeux paralympiques aient été ainsi dénommés était pertinent car ils prenaient en effet place en marge des Jeux olympiques. C'étaient presque des Jeux olympiques. C'était aussi une scabreuse greffe entre paraly tique et o lympique . Avec l'évolution des esprits et des performances qui ...

dans les méandres de la Seine "baignable"

La Seine "baignable". C'est avec stupéfaction que les personnes qui n'ont pas encore perdu l'instinct de leur propre langue ont entendu proliférer ce néologisme moche, paresseux, inepte et suiviste, y compris dans la bouche du président Macron, pourtant lauréat du Concours général de français. Ainsi un maire-adjoint parisien chargé de l'eau écrit-il : " La Seine baignable (sic) porte un message rassurant ". Alors qu'il lui suffisait de dire, sans copier sur ses voisins : " Pouvoir nager dans la Seine porte un message rassurant ." Il pouvait aussi évoquer, sans violer notre langue : la Seine saine, la Seine propre, la Seine propre à la baignade (formule adoptée par Le Monde), la Seine où l'on peut nager, etc. Mais en aucun cas : la Seine nageable, la Seine baignable, ses berges marchables - qui sont autant de barbarismes irréfléchis. La langue est notre environnement premier. Ne la rendons pas imbuvable... RAPPEL : Ce qui est...

égoportrait : le selfie francophone

Francisation magistrale par les Québecois de l'anglais  selfie , on peut regretter que l' égoportrait n'ait pas pris un essor fulgurant dans notre langue, contrairement à tant de termes inutiles ou tournures maladroites. Le portrait de soi, c'était déjà de longue date l' autoportrait . Mais on sait qu'un selfie n'est qu'un autoportrait bâclé à bout de bras ou à bout de perche, sans réelle portée créatrice, et donc un miroir présenté à soi-même pour s'admirer ou se souvenir de soi, plutôt qu'une œuvre donnée à voir au monde pour se dépeindre. Abandonnant le préfixe grec auto- qui renvoie à soi après un détour par l'extérieur, les Canadiens lui ont substitué le latin ego signifiant moi. Moi, moi, moi, encore et toujours moi ! C'est bien l'état d'esprit que revendique la pratique de l' égoportrait -  dont la parenté sémantique avec égotisme et égoïsme n'est pas accidentelle. Illustration : cette image d'un j...

en interne, en individuel, en sous-scutané : triple faute

Les francophones qui ne s'alarment pas de la disparition du complément de nom correctement formé (" votre numéro de compte ") au profit de juxtapositions imitées de l'anglais (" votre numéro client ") ne s'alarment pas d'une altération profonde de la syntaxe du français. Ils invoquent l'intérêt de simplifier toute langue, et saluent l'économie d'effort d'articulation procurée par la suppression du mot " de "... On doit se réjouir que la paresse soit une si haute vertu à leurs yeux, car on s'en attristerait en pure perte. Mais alors, on s'étonne de leur acharnement à ajouter ailleurs des mots superflus. Dans l'entreprise, les réunions internes deviennent des réunions " en interne ". Selon le même travers, on peut lire ce matin dans la presse nationale française le compte rendu d'une expertise médicale concernant un rocker francophone : un épanchement " en sous-cutané " y est décrit. ...

deux poids, deux mesures

GRAMMAIRE et STYLE ORATOIRE : soupesons ici une faute récente et fulgurante, à éradiquer ensemble. L'expression FAIRE DEUX POIDS, DEUX MESURES n'est pas un mot composé mais un membre de phrase ; comprenant même une virgule en son milieu ! Il est donc particulièrement inepte et contraire à toute logique syntaxique de placer devant "deux poids, deux mesures" un article (le, un, du, etc) ou un pronom démonstratif ou possessif (ce, votre, etc), Cette manie irréfléchie est apparue très récemment en France dans le discours politique sur le soutien à apporter ou non à divers pays actuellement en guerre. Elle est ressassée sans discernement par presque tous les orateurs politiques, puis reprise à satiété par les journalistes et les militants qui - manifestement - boivent leurs paroles même quand elles ne sont pas potables. CORRECT : Pourquoi faire deux poids, deux mesures ? INEPTE : Pourquoi faire du deux-poids-deux-mesures ? La même affection s'est abattue dans les a...