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Articles

distanciation physique ou sociale ?

Fallait-il copier servilement l'anglais et parler de " distanciation sociale " ou fallait-il préférer " distanciation physique ", formule moins suspecte de ségrégation ? Ni l'un ni l'autre. Car notre langue dispose d'une ressource plus sobre : le pluriel du mot distance, grâce auquel "garder ses distances " dit tout, sans qu'il soit besoin d'un qualificatif. Encore fallait-il que les divers conseillers ministériels et les divers commentateurs linguistiques s'exprimant dans les médias n'aient pas pris trop de distance avec la simplicité et la subtilité intrinsèque du français courant. Illustration : épicier masqué conservant ses distances à Saint-Jean-de-Fos, France POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE,  CLIQUEZ ICI

de l'enfance à l'enfonce

Après l'éviction du son " -ê- " en fin de mots, remplacé par le son " -é- " ( sifflet devenant sifflé ; j'avais devant j'avez ), et la perte de distinction entre le " -o- " ouvert (o de bol ) et " -Ô- " fermé (o de beau ), le style oratoire médiatique de France nous apporte maintenant la mutation du son " -en- " en son " -on- ". Dans la bouche de l'excellente Fabienne Sintès comme celle de la chatoyante Léa Salamé (Radio France), par exemple, enfance devient on fonce ; pente devient ponte ; l'attente devient la tonte , etc. Pour comprendre ce phénomène apparu en France peu avant 2010, il faut savoir que la prononciation de la nasale " -on- " demande un tout petit peu moins de travail musculaire que la prononciation de la nasale " -en- ". L'économie d'effort est certes négligeable, mais elle suffit au mieux-être des orateurs enclins à cette paresse articulatoire. La Mi...

le ou la COVID : faut-il en faire une maladie ?

Après les tensions sociales et psychologiques suscitées par la peur du virus lui-même, des tensions d'ordre grammatical sont apparues à la faveur de la pandémie déclenchée par ce mal dénommé covid-19*. Ou plus exactement, à la suite d'une recommandation de l'Académie française préconisant tardivement de ne pas désigner cette affection par un neutre d'apparence masculine mais par un neutre d'apparence féminine : la covid. Les Académiciens, qui ne se prononcent pas à la légère, ont émis la justification suivante : covid est ne contraction de Corona Virus Disease . Or,  disease , se traduit en français par le substantif féminin maladie , en foi de quoi l'article féminin est préférable . Cette démonstration académique est plus qu'imparfaite. " Nous l'allons montrer tout à l'heure " comme eut dit l'Immortel La Fontaine. Mais soulignons déjà que l'Académie s'est limitée à juger "préférable" de basculer du masculin le covid ...

Alexandra Redde-Amiel, décideuse en chanson française non francophone #Eurovision2020

Notre protestation officielle, jointe à celle du ministre français de la Culture, a eu un certain effet. Il est admis que le groupe France Télévisions a commis une erreur et ne devra plus la commettre à l'avenir, dût-il en être empêché par décret.  Voici le texte de notre article publié   avant la révision symbolique de la chanson The Best in Me dont le titre a été francisé en Mon alliée. C'était l'époque - vieille d'un ou deux mois - où u n responsable de France Télévision soutenait encore que la langue anglaise était ce que la France avait de meilleur à offrir à l'Europe, et taxait de passéisme tout contradicteur.  Miss L.F. Voici le visage de la dame qui nous assène cette année encore le choix calamiteux d'une supposée "meilleure chanson de France" (puisqu'on la veut élue meilleure chanson d'Europe et d'Australie, il faut au moins commencer par là !) qui ne se chante en français que partiellement, puisqu'elle se réclame d...

l'intelligence des mots : bientôt un oxymore ?

Sans plaider pour notre propre parcours de matheux, nous avons tenté en Sorbonne de faire admettre que la distinction entre élèves matheux et littéraires n'était pas pertinente en matière d'évaluation scolaire et professionnelle de l'intelligence rationnelle . Car la vraie différence est entre les esprits rigoureux ou non, que leur logique se soit aiguisée par le juste maniement des signes mathématiques ou linguistiques. Encore faut-il qu'elle se soit aiguisée avant l'accès aux postes les plus en vue du journalisme. Cela seul pourra épargner aux masses placées devant le journal télévisé de TF1 d'entendre par exemple, en guise de lancement de sujet, cette perle d'absence de rigueur logique dans le maniement du français :  " Xavier Dupont de Ligonnès n'est pas l'homme arrêté " . (sic !) Avec de telles interversions entre sujet et complément, la question se pose : les malheureux enfants de Ligonnès ne sont-ils plus vivants, ou sont-...

l'orange et le viol

En France, on entend de plus en plus souvent les professionnels du micro nous prononcer la voyelle "O" comme si elle était ornée d'un accent circonflexe, dans des mots où elle en est pourtant dépourvue. Ainsi les journalistes de la presse parlée - dont l'art de prononcer de manière irréprochable devrait être une compétence première - évoquent-ils les déboires d'une entreprise dénommée Orange , comme s'il s'agissait de l'entreprise Aurange ou Ôrange . Plus tard, ils vous parlent de " viôlences " ou de " viaulences ", à charge pour nous de comprendre qu'il s'agit de violences . Ils évoquent ensuite une série de viols et le prix de l' or , mais cette fois-ci sans déformer la voyelle "O" d'aucun de ces deux mots. On peut s'étonner de cette incohérence. Le viol est une violence : la racine de viol et de violence est la même et la prononciation de leur syllabe commune ne doit différer en rien. L'or...

Lettre ouverte à Margaux Lacroux et autres tenants de la cacographie surnommée "écriture inclusive"

Cet article publié dès 2017 est remis à l'honneur pour détromper les personnes estimant sincèrement que "l'écriture inclusive ne doit pas être interdite par la loi [comme le préconise le Sénat français] car ce serait "faire reculer l'égalité entre les sexes". Pénible vision ségrégationniste, paranoïaque, irréfléchie et vindicative que celle irriguant le projet de cacographie dite "inclusive". Je suis une femme, donc à la fois une personne humaine et un individu social. Ce terme d' individu - mixte d'apparence masculine - m'est indolore et ne met en rien ma féminité en péril. Il ne m'apparaît pas comme sexiste mais comme neutre . Et de fait, les humains du sexe opposé ne m'apparaissent pas comme odieux par nature. Je suis un homme, un mec si vous préférez, et une personne discrète ou au contraire une célébrité locale. Ce terme de " personne discrète " ne met aucunement ma virilité en péril, non plus que l'...

veaux-l'ail (et autres chimères phonétiques)

Au journal télévisé de France 2*, une bonne nouvelle économique nous est annoncée : tel grand groupe rachète telle usine en faillite, sauvant ainsi deux cents emplois. Hélas, cette bonne nouvelle s'accompagne d'une autre, désastreuse : la journaliste qui relate cette information est payée pour massacrer la langue française aux heures de grande écoute et sans vergogne. Dans sa bouche, en effet, les volailles conditionnées dans cette usine deviennent des veaux -l'ail (sic). Et nul ne la corrige. La presse écrite, parce qu'elle est lue, traque sans merci les fautes d'orthographe dans ses articles. D'où vient que la presse parlée, alors qu'elle est écoutée, ne traque pas sans merci les fautes de prononciation de ses journalistes ? La Mission linguistique francophone rappelle charitablement aux rédacteurs en chef, journalistes et présentateurs de tous les médias parlés que le mot volaille est dépourvu d'accent circonflexe. Et que les orateurs profes...

le français est-il en danger ?

" Le français est-il en danger ?" Telle que posée par Mmes Candea et Véron, duo de conférencières militantes de la dégradation active du français au nom de la liberté des opprimés, c'est une question tendancieuse et sophiste, visant à ridiculiser quiconque s'attache à la vitalité de cette langue plutôt qu'à sa dislocation et son atrophie. > Le français est-il en danger parce que les orateurs professionnels (journalistes, politiciens, pédagogues) ont récemment perdu l'usage d'une soixantaine de qualificatifs précis, tous remplacés par " compliqué " ? > Le français est-il en danger parce que " sur " a supplanté en vingt ans toute autre préposition ; et ainsi phagocyté trente finesses de sens ?     > Le français es-il en danger parce que des amateurs de sophismes peuvent se faire mousser à expliquer que c'est pas grave, cet appauvrissement massif ? Oui bien sûr, si le pouvoir leur est confié d'inciter à cet appauvriss...

ponctions et pensions de retraite

Au soir du 5 décembre 2019, journée de grève dans ce pays francophone, un grand débat est diffusé sur la chaîne française de télévision publique France 2 autour de la réforme des retraites. Son animatrice s'inscrit dans un courant de diction transformant depuis peu les sons " en " ou " an " en son " on ". Quand on ne le sait pas, on croit dur comme fer l'entendre parler répétitivement des " ponctions de retraite ". Car notre cerveau a cette faculté magique de rétablir instinctivement du sens lorsqu'il entend un mot qui en est vide. Or, l'animatrice nous parlait en fait des "ponsions de retraite", ce qui est vide de sens. Comme elle plaçait l'accent tonique sur la première syllabe, dans le pur style oratoire journalistique et à l'inverse de la prononciation naturelle du français, notre cerveau a naturellement considéré comme important le son accentué, à savoir le son " pon ". D'où la recherche de...

Buckingham, subjonctif et conditionnel

Communiqué officiel de Sa Majesté le reine d'Angleterre, à en croire les médias de France et d'Andorre : " Bien que nous aurions préféré qu'ils restent des membres actifs de la famille royale à plein-temps, etc." Aïe... Cette colossale faute de conjugaison n'existe pas dans le communiqué original. Et pour cause. Il se trouve qu'Elizabeth II parle un anglais sans faille et un excellent français. On ne saurait en dire autant du traducteur improvisé ou de la traductrice improvisée de cette dépêche de presse, qui ne maîtrise impeccablement ni l'une ni l'autre langue, ni des rédacteurs en chef et journalistes français et andorrans qui ont tous, sans aucune exception constatée par nos soins, repris cette traduction calamiteuse telle quelle à la radio, à la télévision, sur internet et dans le presse imprimée. En anglais, la conjonction "although" qui signifie " bien que " est suivie de l'indicatif. Mais sa traduction francop...

les faux amis modestes et fastidieux

La traduction française du remarquable essai de Charles Sprawson sur la natation à travers les siècles et les cultures est de grande qualité. Héros et nageurs est le titre de cet ouvrage au sujet singulier. Dans les deux langues, le style en est soutenu autant que fluide, à l'image de l'effort natatoire. Le traducteur ne s'est pas noyé, loin de là. C'est pourquoi nous ne nous permettons pas sans cette précaution oratoire de relever un piège dans lequel même un bon traducteur a pu tomber. Selon un mode de pensée quelque peu... immodeste, l'anglais appelle aussi "modesty" la pudeur . Et quand des baigneuses se mettent à l'abri des regards sous des toiles tendues, ce n'est pas par modestie (p. 28) mais par pudeur bien sûr. Le livre n'en tombe pas des mains pour autant ! Contrairement au livret de CD d'un très grand éditeur discographique, dans lequel on peut lire que Maurice Ravel était un compositeur fastidieux (sic), au lieu de métic...

crimes et délits

Une ineptie comme " les crimes de tapage nocturne ont augmenté de 75% à New York " [journal télévisé de TF1] confirme que les journalistes francophones ont besoin d'un dictionnaire des faux amis , et de le potasser d'arrache-pied. Il en existe d'excellents qui ne devraient pas rester sur les étagères, mais équiper la table de travail, voire la table de chevet, de ces professionnels de l'approximation linguistique. L'anglais a crime désigne indistinctement un crime ou un délit - notions juridiques que le français ne confond pas. À propos d'une affaire politique concernant un ministre contraint d'avouer avoir menti, la presse française n'a pas cessé de nous expliquer ceci : " en France, contrairement aux USA, le crime de parjure n'existe pas ". Assertion rendue fausse par le même faux ami. Car aux USA non plus, " le crime de parjure " n'existe pas. Ce qui existe aux USA, c'est le délit de parjure ! ...