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Articles

en charge de : un anglicisme envahissant

" Vous avez été ministre en charge de la santé. " (Brigitte Bourguignon, Assemblée nationale française, 2 juillet 2020) Depuis des années, c'est la tournure anglophone " in charge of " qui est ici francisée mot à mot, par négligence et par suivisme, pour donner  EN CHARGE DE  au détriment de  CHARGÉE DE " Vous avez été ministre CHARGÉ DE la santé" ou plus simplement encore "vous avez été ministre DE la Santé", voulait dire la présidente de la commission parlementaire, elle-même  chargée de  se pencher sur les éventuels faux pas du bal masqué sanitaire. Les organisations publiques et privées seront bien inspirées de mettre à profit les semaines d'été pour rectifier cette faute dans leurs organigrammes. Nous invitons leurs dirigeants et leurs interlocuteurs à se convaincre de cette nécessité en se souvenant que l'on porte le titre de Chargée ou Chargé de mission et non celui de "En charge de mission". De même, ...

lynchage et bavure

  À propos du passage à tabac d'un suspect par un trio de policiers en marge d'une manifestation ayant échauffé les esprits et quelques véhicules livrés aux flammes, de nombreux commentaires médiatiques, juridiques et politiques ont été faits. Il s'est avéré que le sens du mot lynchage , que l'on croyait terriblement limpide, en venait à faire débat. Ainsi, le Premier-Adjoint au maire de la plus grande ville de France, dans laquelle cette manifestation violente eut lieu, déclara-t-il sur le plateau de FranceInfo TV mot pour mot ceci : " Nous sommes plus proches d'un lynchage que d'une bavure ". Or, non. Nous sommes pile dans une bavure et hors du lynchage . Car la terminologie est la suivante : • la bavure est un abus commis par des représentants de la force publique égarés ; • le lynchage est une exécution sommaire commise par une foule emportée ; • le crime de guerre est une atrocité commise par des militaires dévoyés. Mais il y eut simultanémen...

présumés coupables et présumée ignorante

"Pourquoi est-ce que les médias ne donnent pas les noms des présumés assassins, des présumés violeurs ?" (Marine Le Pen, présidente de parti politique, 16 juillet 2020) Encore débutante ou déjà chenue, lorsqu'on est une oratrice professionnelle de langue maternelle française, on connaît le sens du verbe présumer : "Croire d'après certains indices, se faire une conviction sans preuves" . On obtient du même coup la réponse à la question ci-dessus, faussement naïve et délibérément dévastatrice des libertés primordiales : on ne désigne pas comme coupables des personnes que l'on croit violeuses ou meurtrières selon certains indices mais SANS PREUVES . Cela évite les lynchages et, plus généralement, les dénonciations calomnieuses et les condamnations sans preuves ni jugement, qui sont des barbaries. Par ailleurs, Mme Le Pen - qui est juriste de formation - exploitait ici la légitime émotion suscitée par un homicide par violences volontaires ayant ...

"sur" : la préposition qui tue

L'invasion de la préposition " sur ", phagocytant toutes les autres, est assurément le plus grand fléau d'appauvrissement qui ait frappé la langue française en France depuis un demi-siècle. Excellent locuteur, généralement au-dessus de toute critique langagière, l'académicien des sciences morales et politiques et éditorialiste français  Alain Duhamel s'y laisse piéger à l'occasion : " Nous sommes toujours sur la même difficulté ."   (CNEWS, 1er juillet 2020) La préposition sur est ici employée à tort à la place de : • face à  la même difficulté • devant   la même difficulté • confrontés à   la même difficulté . Autre éventualité : on note que les tournures  "vous êtes sur" ou  "on est sur" ou "nous sommes sur " sont désormais de banales calamités devenues synonymes du démonstratif " c'est ". Le gallicisme qu'on supposait irremplaçable est détrôné. Porté par cette tendance qui ne l'eut pas e...

colocataires

On a pu constater après l'an 2000 une tendance à la féminisation erronée du mot colocataire , transformé à tort en " colocatrice " (sic). Alors même que personne ne songe à parler d'une " locatrice " au lieu d'une locataire.  Cette tendance est en légère régression. On peut espérer sa disparition. Car la désinence -trice est le féminin de la désinence -teur , et d'elle seule. Un lecteur, une lectrice ; un inspecteur, une inspectrice ; un dessinateur, une dessinatrice . Mais les mots se terminant par -aire , eux, ne varient pas du masculin au féminin ! Un propriétaire n'a pas pour homologue une " propriétrice ", mais une propriétaire ... De même pour adversaire, récipiendaire, milliardaire, millionnaire ou locataire qui peuvent être masculins ou féminins. Le sachant, un locataire et sa colocataire vécurent heureux et eurent beaucoup de petits colocataires. Mais pas une seule "colocatrice"... CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER...

chefs cuisiniers et chefs cuisinières

Pourquoi le néologisme " cheffe cuisinière ", que l'Académie française vient d'entériner très à contre-cœur et donc bien à tort, est-il instinctivement perçu comme difforme par la majorité des lecteurs du français ? En raison de sa féminisation ? Pas du tout. Ou pas directement. Chef cuisinière est irréprochable. Mais la variante "Cheffe" heurte le sentiment linguistique francophone en raison de l'incongruité de sa graphie. La transformation du -ef terminal de chef en ce lourd -effe terminal de "la cheffe" est vain, puisqu'il suffit de former la féminisation sur le modèle de la nef en écrivant sobrement : la chef . Cette féminisation mieux inspirée ne se calque pas par erreur sur le modèle de '' la greffe '' au lieu de " la nef ". Pourquoi par erreur ? Parce les adeptes de cette lourdeur n'ont pas vu que " la greffe " n'était pas le féminin d'un quelconque "le gref" ! Plus...

confinement : chez soi, chez nous, chez vous, chez eux

Alerte à la faute de syntaxe dans le texte de l'annonce télévisée du gouvernement français à l'attention des enfants et adolescents, concernant le confinement à domicile. Elle se conclut par : " Il faut tous rester chez soi " (sic). Non. Car soi est le pronom d'un singulier indéfini, et non d'un pluriel comme tous . Pour respecter la grammaire élémentaire de notre langue et le sens de ce message, ce " tous " impératif ne peut s'analyser que comme un synonyme de nous , vous ou ils. Ce qui se conjugue ainsi :  "il NOUS faut TOUS rester à la maison" donc chez NOUS" ; "il VOUS faut TOUS rester à la maison" donc chez VOUS" ; "il LEUR faut TOUS rester à la maison" donc chez EUX". Pas trace de ON, donc pas de place pour SOI.   L'erreur se corrige facilement en supprimant TOUS, ce qui restitue au moins à l'ensemble concerné son caractère indéfini, sinon singulier : " Il ...

influenceuse, influenceur

Ce malheureux jeune homme, emporté par une surdose de produit stupéfiant à 17 ans, était " influenceur beauté ". Par ce charabia juxtaposant deux termes sans lien syntaxique, il faut comprendre qu'Ethan prodiguait aux internautes des conseils de maquillage et de coiffure.  Telles autres personnes seront " influenceuses voyages "si leur activité consiste à vous rendre désirables des destinations touristiques, par la publication sur internet de leurs propres séjours là-bas. Les destinations en question les rétribuent en retour, directement ou indirectement, Influenceurs ... Quel intitulé de fonction... Quel concept affligeant... Il suppose que nous aurions besoin des services de personnes dont le métier ne serait pas de nous conseiller, nous orienter ni nous aider, mais plus insidieusement de nous "influencer". Ce nom de métier résonne comme une revendication anti-darwinienne : c'est fini, l'homme ne descend plus du singe mais du mouton d...

avoir ou donner des enfants

Sous la diffusion en ligne d'un très intéressant documentaire vidéo de Yann Lagarde sur l'inventeur britannique du culturisme, Eugen Sandow, un auditeur de France Culture laisse ce commentaire réprobateur : " Je réagis à ceci : "Il épouse une femme dont il a deux filles"... étonnante manière de dire les choses. Je pensais qu'on avait des enfant avec une femme, alors que j'ai des poules dont je mange les œufs ." L'émotion de l'auditeur n'est pas fondée. Car cette manière d'évoquer la fertilité d'un couple humain n'est ni étonnante ni déplaisante. C'est une des expressions usuelles du français, courant et littéraire, pour exprimer la chose. Il ne faut pas voir le mal où il n'est pas. Car cela peut se dire de diverses manières courantes, dont aucune n'est critiquable.   Les deux premières sont interchangeables entre femme et homme : • " Elle épouse Lionel dont elle aura un fils " (le choix irréprochable de ...

esquimau

" Un glacier-pâtissier danois renonce au terme esquimau, qu'il juge offensant pour ce peuple " (information parue le 28 juillet 2020) Zut, il va falloir renoncer à lapin chasseur , offensant pour les lagomorphes et les fines gâchettes ; à charlotte aux fraises , offensant pour les Charlotte ; à Paris-Brest , blessant pour les cheminots ; à éclair au chocolat , moqueur envers Zeus et sa foudre ; à daube provençale car c'est pas de la daube quand même la Provence ! Il va falloir aussi renoncer à cravate , déformation sans doute offensante de l'adjectif ethnique croate ;  et ne plus pendre à nos oreilles des créoles ni nous chausser de spartiates . Cette stupidité bien-pensante procède d'une perte de repères linguistiques : dans de telles métonymies gourmandes ( esquimau pour crème glacée, flûte pour verre de champagne ou son contenu, Brillat-Savarin fromage empruntant le nom de famille d'un gourmet), il y a au contraire hommage aux notions déto...

réprimer ou réprimander ?

"Plusieurs villes réprimandent l'absence de port du masque" (nous dit un journaliste de télévision lisant son prompteur) C'est mignon tout plein, mais c'est faux : ces communes ont décidé de RÉPRIMER l'absence de masque. Au-delà de l' admonestation, puis de l' avertissement , leurs maires ont décidé que l'heure n'était justement plus aux réprimandes mais aux amendes à 130€. Donc à la répression, qui est le fait de réprimer et non de réprimander . De plus, on ne réprimande pas une faute mais une personne qui la commet. Car réprimander est synonyme de gronder . CLIQUEZ ICI  POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE